magazine / mars 2013

Des marques de mode deviennent des héros

Martin : "De nombreuses enseignes vont vers une production sans substances chimiques toxiques."

Martin : "De nombreuses enseignes vont vers une production sans substances chimiques toxiques."

Greenpeace/Dirven

Sous la pression de Greenpeace, 16 grandes marques de vêtements se sont engagées en faveur d'une mode non toxique. Le Belge Martin Besieux a contribué à rallier les chefs d’entreprise à cette cause. Voici plusieurs années qu’il travaille dans les coulisses au succès de la campagne Detox.

En quoi consiste votre travail ?

Je suis ce que l’on appelle un « global campaigner » et, dans le cadre de cette fonction, je mène les négociations avec les entreprises de la mode. Cela signifie que je dois préparer le dossier et que je suis responsable de l’accord qui sera conclu. Il est fondamental, pour la crédibilité de Greenpeace, que nous soyons cohérents dans nos exigences et que nous mettions toutes les entreprises sur un même pied. Naturellement, je ne suis pas seul face aux dirigeants d'entreprises : je suis toujours accompagné d'experts qui connaissent le monde des affaires et le contexte politique.

Comment devient-on négociateur en chef pour Greenpeace ?

Je dispose d’une expérience de 28 ans en tant que chargé de campagne « substances toxiques » et c’est pourquoi j’ai été détaché par le bureau belge auprès de Greenpeace International. J’ai participé pour une large part à l’histoire de Greenpeace et la pratique m’a appris ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. C’est ce qui explique en partie le succès de cette campagne.

Les entreprises tombent-elles des nues lorsque vous les visez publiquement ?

Action devant une enseigne Zara, à StockholmNous menons d'abord des discussions avec elles. Concrètement, nous faisons des suggestions, elles réagissent, nous expliquons pourquoi nous ne pouvons faire certaines concessions.... Ce n'est que si ce jeu de ping-pong ne donne aucun résultat que nous envisageons de mener une action. Ce principe est sacré pour moi ! Nous avons mené, avec toutes les entreprises concernées, des négociations qui ont parfois duré plusieurs mois et, dans le cas de Zara, toute une année. Il y a bien sûr une stratégie derrière tout cela. Nous choisissons les entreprises les plus grandes ou celles qui peuvent jouer un rôle de pionniers. Ce sont dans un premier temps des « victimes », mais nous leur offrons l’opportunité de devenir des héros.

Ces entreprises n’ont-elles pas le sentiment de faire l’objet d’un chantage ?

Usine textile en ChineAbsolument pas. Elles acceptent nos méthodes. Nous dénonçons le greenwashing des entreprises et nous nous appuyons pour cela sur des rapports 100% concluants et scientifiques. Greenpeace agit contre les substances toxiques qui ne se dégradent pas dans l’environnement et qui s’accumulent dans les organismes vivants. Pour cette campagne, nous avons ciblé un groupe de substances toxiques dont les effets perturbateurs pour le système hormonal ont été prouvés, à savoir les alkyphénols. Ces produits chimiques sont surtout utilisés dans l’industrie textile, pour plusieurs centaines d’applications. Nous avons retrouvé ces substances dans les rivières chinoises et dans les tuyaux d’évacuation des entreprises textiles ; nous en avons également trouvé des traces dans les vêtements ainsi que dans l’eau de nos machines à laver alors qu’elles sont interdites en Europe et aux États-Unis. Il est difficile de nier le sérieux de notre démarche.
Cinq années de préparation ont précédé cette campagne. Il faut dire que nous plaçons la barre très haut : les entreprises doivent garantir, noir sur blanc, que la pollution diminuera. N’oubliez pas que 80 à 90% de tous les vêtements dans le monde sont fabriqués dans le Sud. C'est donc surtout là que l’impact sera sensible.

« Notre but : une révolution dans l'industrie textile »

Les 16 entreprises se sont engagées en faveur d’une mode sans substances toxiques à partir de 2020. Cela semble bien loin...

Nous devons être réalistes. Le cycle d’un vêtement (de la conception à la production) peut être de deux ans. Les marques doivent avoir le temps d’opérer la conversion. Il ne faut pas oublier non plus que chaque grande entreprise a jusqu’à 2000 fournisseurs. Les 16 entreprises qui se sont engagées à ne plus utiliser de substances toxiques d’ici 2020 exigent la même chose de leurs fournisseurs qui livrent également à d'autres enseignes. Nous obtenons ainsi un effet démultiplicateur qui génère une véritable révolution dans l’industrie textile.

Martin BesieuxNom:

Martin Besieux

Age :

62 ans

Profession :

global campaigner pour Greenpeace International

Comment savoir si les chaînes tiendront leurs engagements ?

En procédant à des tests pour déterminer si ces substances sont encore présentes dans les vêtements ou dans les conduites d’évacuation. Il faut savoir aussi que ces entreprises doivent à présent rendre publiques leurs données environnementales. Concrètement, elles doivent faire toute la clarté quant aux substances toxiques qui pénètrent dans le cycle de fabrication et celles qui sont relâchées via par exemple l'eau ou l'air. Cela permet à la population et aux consommateurs de vérifier par eux-mêmes.



 Consultez notre vidéo "Désintoxiquez la mode!"