magazine / mars 2014

Devenez éco-citoyen!

Les citoyens s'engagent pour les renouvelables!

Les citoyens s'engagent pour les renouvelables!

Steffen Giersch/Greenpeace

L’avenir énergétique nous concerne tous. Et nous pouvons tous montrer la voie à suivre pour que cet avenir soit le plus durable possible. Certains citoyens l’ont bien compris et ont décidé d’agir.

Agissez pour la planète! Devenez coopérateur

 

 

Anne-France et sa famille devant sa maisonAnne-France Nowicki et sa famille affectionnent un petit quartier très vert de Liège, à deux pas du centre-ville et de la gare de Liège-Palais. Lorsqu’une maison mitoyenne de 1890 y est en vente en 2005, ils n’hésitent pas… et en deviennent les heureux propriétaires!

Ils retroussent leurs manches pour faire de leur maison «courant d’air» un modèle sur le plan énergétique. Objectif: devenir une «famille à (très) faible impact». Ils commencent par installer une chaudière à condensation et de grands radiateurs. «Car plus les radiateurs sont grands, plus la température de l’eau peut être basse» selon Anne-France. Place ensuite à de nouveaux châssis double vitrage super-isolants, en bois FSC du Brésil. En 2006, ils installent des panneaux solaires thermiques pour la production d’eau chaude (les panneaux photovoltaïques suivront en 2010) et achètent une machine à laver et un frigo, tous deux très basse énergie.

Entre-temps, ils installent aussi un poêle à bois à haute rendement, servant de chauffage principal. La preuve : le rez-de-chaussée, d’une pièce, est chauffé à 90% avec ce seul poêle. Les autres pièces de la maison ne sont pour ainsi dire pas chauffées, surtout depuis que des travaux d’isolation ont été réalisés dans certaines d’entre elles, à l’exception de la salle de bains. «La salle de bains doit être bien chaude pour les enfants!» affirme encore Anne-France.  Et au programme de 2014: une nouvelle couche d’isolant de 20 centimètres dans la toiture, qui viendra s’ajouter à la couche de 15 cm déjà existante.

«Nous avons aussi installé une citerne pour l’eau de pluie» poursuit notre Liégeoise. «L’eau ainsi récupérée sert pour la chasse d’eau et le nettoyage des vélos. Et pour la petite histoire, mes fils, Timour et Robin (5 et 3 ans) adorent tirer la chasse de cette façon!»

Grâce à tous ces aménagements, les émissions de CO2 de la famille sont le tiers de celles d’un ménage belge moyen. Plus concrètement, leur facture pour le gaz et l’électricité est de moins de 20 euros par mois! Bien sûr, il a fallu faire des investissements mais le surcoût a été rapidement remboursé, aussi grâce aux diverses primes. 

Nos investissements profitent à la planète et à notre portefeuille!

Timour et Robin sont conscients de la nécessité de protéger l’environnement. Ce qui ne les empêche pas de poser des questions. Ainsi, lorsque Timour demande pourquoi ils n’ont pas de voiture, le marie d’Anne-France répond : «ça pollue, on n’en a pas besoin et avec l’argent économisé, on peut travailler moins...  et passer plus de temps avec vous!» Un argument qui fait mouche auprès des deux enfants.

 

Famille Van SymaeysCap sur Tournai, où Gaëtan Van Simaeys, sa femme et ses trois enfants se sont installés voici quatre ans dans un quartier entièrement passif. 20 familles y ont élu domicile. Gaëtan et sa famille ont opté pour un logement neuf. C’était un choix voulu. Gaëtan: «avant d’emménager ici, nous vivions dans une maison très mal isolée. Il y a quelques années, nous avons été séduits par un projet de quartier passif développé par deux architectes. Nous n’avions jamais envisagé cette option car nous pensions qu’elle était hors de prix. Or, dans le cadre d’un habitat groupé, c’est tout à fait possible. La localisation était importante aussi pour nous : ici, nous sommes à un kilomètre de la Grand-Place.»

Cet habitat groupé passif présente bien des avantages, selon Gaëtan : «Nous avons des panneaux solaires thermiques qui sont installés sur différents toits mais ils n'appartiennent pas aux propriétaires de la maison sur laquelle ils sont posés : ils sont tous raccordés à la chaufferie commune. La distribution de l’eau de pluie est aussi centralisée, grâce à deux citernes de 60.000 litres installées dans le parc autour des maisons.»

On ne chauffe quasi pas

Et le chauffage? «Cette année, nous n’avons pas encore utilisé notre petit chauffage d’appoint. On a eu de la chance car les matinées ont souvent été ensoleillées, ce qui permet de faire monter la température jusqu'à 21 degrés. On guette la météo tous les jours et on se dit que chaque jour de soleil, est un jour de gagné ! Je pense que nous sommes les seuls du quartier à ne pas chauffer à l'heure actuelle. Il ne faut pas oublier que nous sommes cinq à la maison et puis, nous ne sommes pas là de la journée. On travaille et les enfants sont à l’école. Pour nous, c’est super d'avoir 21 degrés en fin de journée. Et puis, on peut aller n’importe où dans la maison, il ne fait pas froid. Mais les personnes plus âgées sont peut-être plus frileuses et ont besoin de plus de chauffage,» explique la femme de Gaëtan.

Les habitants de ce quartier passif organisent un tas d’activités pour améliorer la convivialité. Alors que les enfants se retrouvent les uns chez les autres, les adultes ont notamment créé un compost commun, subventionné par Ipalle, l’intercommunale chargée de la collecte et de la gestion des déchets ménagers. Une chose est sûre: Gaëtan et sa famille conseillent ce type de maison à tout le monde et si c’était à refaire, ils sauteraient de nouveau à pieds joints dans le projet!

 

EspoirL’Espoir est le nom d’un bâtiment passif inauguré à Molenbeek, au cœur de Bruxelles, en 2010. L’Espoir, c’est aussi l’histoire des 14 familles à faible revenu à l’origine de ce projet. Avec le soutien de partenaires locaux, elles décident de se regrouper il y a une dizaine d’années pour créer un logement «où il fait bon vivre» avec un budget de 1.200€/m2, soit un prix inférieur à celui d’une construction ordinaire à Bruxelles.

Ensemble, elles trouvent un architecte commun et finissent par opter pour un logement passif en bois, qui a pour effet de réduire considérablement le coût énergétique. Le prix initial est respecté, grâce notamment au fait que la structure du logement (des duplex) est à peu près la même pour tout le monde. Ce projet, solidaire et écologique, a depuis largement fait ses preuves…

 

De ArkGeert Orgaer est directeur d’une école primaire de 350 élèves près de Roeselare. Il  multiplie les initiatives pour conscientiser ses élèves à la question énergétique.

Il faut dire que l’écologie a toujours occupé une place centrale au sein de l'école. Qu’il s’agisse du directeur, des professeurs ou des élèves, tout le monde s’y met! Et tout ce petit monde peut compter sur un comité des parents extrêmement actif: c’est sous son impulsion que des actions ont été menées sur le plan de la mobilité. Désormais, un bus scolaire se charge du ramassage des enfants, avec une plus-value double à la clé: réduction du trafic automobile aux abords de l’école et diminution de l’impact environnemental. C’est aussi sous l’impulsion du comité des parents que des panneaux solaires ont été installés sur le toit de l’école. Le jour de l’inauguration des panneaux, Geert Orgaer et son équipe ont organisé une action très visuelle pour que les enfants comprennent le rôle joué par les panneaux solaires: ils ont relié un câble depuis le toit jusqu’à un château gonflable qui a été gonflé grâce à l’électricité provenant des panneaux.

Dans l’école même, les élèves ont été invités à faire la chasse au gaspi. A tel point qu’à un moment donné, l’école était pleine de post-it avec des recommandations sympathiques : «merci de m’éteindre» sur l’interrupteur ou «pourquoi me laisser grande ouverte?» sur une fenêtre. Les enfants étaient à ce point motivés que les post-it ont même envahi leur maison!

Tout le monde s'y met!

Et c’est ainsi que les parents ont été à leur tour amenés à surfer sur cette vague… Et à prendre des initiatives écologiques à la maison. Ils ont été invités par leurs enfants à faire des économies d’énergie à la maison dont le total équivaudrait à la consommation énergétique de l’école. Grâce à une association, Ilanga, les parents ont pu télécharger un programme informatique leur permettant de compléter en ligne les initiatives prises à domicile et de suivre en direct le gain écologique. Parmi ces initiatives, citons l’acquisition d’une multiprise avec interrupteur qui permet d’arrêter tous les appareils en un seul geste ou l’installation d’un boudin au pied des portes pour éviter les entrées d’air.

Chacun s’est pris au jeu et même les voisins et les grands-parents ont été invités à participer à l’opération. Une belle façon d’étendre la sensibilisation.  Les résultats ont dépassé les espérances!

 

Eolienne des enfantsDes milliers de personnes sont impliquées dans l’éolien et ont pris des parts dans l’une des nombreuses coopératives disséminées sur le territoire.

A Houyet, au Sud de Namur, nous avons rencontré Bernard Delville. Cet ingénieur de formation de 65 ans, actif depuis longtemps dans le domaine des énergies renouvelables, est entre autres, le «père» de l’éolienne des enfants. Et cette éolienne, on la voit tourner de loin en arrivant à Houyet. Ce projet pas comme les autres, il a réussi à le mettre en place grâce à son acharnement et au soutien actif d’un groupe d’amis. Le nom «éolienne des enfants» ne relève pas du hasard: le moulin est entre les mains d’enfants.

Le projet est né dans la tête de Bernard Delville en 2000. Son objectif? Faire quelque chose dans le domaine des énergies renouvelables mais à proximité, dans sa région. Et un projet pour les enfants. Ils représentent le futur. Cette idée était d’autant plus forte dans la tête de ce militant qu’à l’époque, sa fille était enceinte. Céleste, sa petite-fille, est d’ailleurs la première coopératrice du projet alors en gestation, en 2001.

Bien sûr, il fallait trouver des fonds à hauteur de 200.000 euros. On parlait peu d’éoliennes à l’époque et il régnait un gros scepticisme par rapport à cette technologie verte. Les gens se sont décoincés quand ils ont compris que le projet serait destiné aux enfants. «Nous avons fait un emprunt de 120.000 euros. Au fur et à mesure que les enfants devenaient coopérateurs, grâce aux nombreux parents, parrains, marraines qui ont acheté des parts pour 100 euros, nous nous sommes retirés du projet. En 2006, année de l'inauguration de l'éolienne, l’emprunt a été entièrement remboursé. L’éolienne était la propriété des enfants», explique Delville. 

Aujourd’hui, l’éolienne d’une capacité de 800 KW permet d’alimenter en électricité 300 ménages. Ce projet fonctionne grâce à quelque 900 enfants coopérateurs venant de la région, de plus loin en Belgique et même de l’étranger. Céleste, tout comme les autres, reçoit des dividendes, plafonnés à 6%. 

«Parfois, on part de pas grand-chose mais si le projet est solide, il suffit de s’organiser pour arriver à ses fins!» conclut notre sexagénaire. 

 

 

Dirk VansintjanComme 50.000 citoyens,  Dirk Vansintjan est coopérateur chez Ecopower. Il dirige aussi cette plus grande coopérative énergétique belge et européenne. Rencontre avec ce passionné de l’écologie qui voudrait faire de chacun d’entre nous un citoyen participatif!

Qu’est-ce qui vous a incité à développer le concept de coopératives?

Il faut remonter pour cela aux années 1980. J’étais très actif dans le mouvement anti-nucléaire. Mais je me suis vite rendu compte que manifester n’était pas suffisant pour convaincre véritablement le citoyen. Il faut développer des alternatives, notamment à l’énergie nucléaire, et démontrer leur faisabilité. C’est ainsi que progressivement a germé en moi l’idée de créer une coopérative, dans laquelle chacun aurait son mot à dire.

Devenons des citoyens participatifs!

 Quel est l’avantage pour le citoyen de devenir coopérateur?

Vous vous assurez que votre argent soit injecté au niveau local et non, dans les pays grands producteurs de gaz et de pétrole par exemple. Plus concrètement, sur le terrain, vous aurez aussi votre mot à dire sur la tournure que prendra cette transition. Chaque coopérateur a le même impact, quel que soit le nombre de parts qu’il détient dans une coopérative. Bref, les décisions y sont prises démocratiquement. Vous pouvez par exemple décider de commun accord que les bénéfices de la production d’électricité seront reversés sous forme de dividendes, vous pouvez aussi décider d’investir dans de nouveaux projets durables…

En tant que coopérateur aussi, vous finissez en quelque sorte par vous approprier le projet dont vous êtes copropriétaire. Et logiquement, vous en acceptez plus facilement les éventuels inconvénients. Je me souviens de ce que m’ont raconté des citoyens-coopérateurs à Eeklo, où a été installé l’un de nos premiers projets éoliens.

Chaque citoyen peut-il devenir coopérateur?

Bien sûr ! L’objectif est de rassembler autant de citoyens que possible. L’idée est simple, les énergies renouvelables, que ce soit par exemple le vent ou le soleil, sont un « bien commun. » Elles devraient donc «appartenir» à autant de personnes que possible.

Beaucoup de gens se voient dans un premier temps comme de simples clients d’une coopérative. Mais petit à petit, ils réalisent qu’ils sont plus que de simples clients. De clients passifs, ils deviennent clients participatifs. Et cela ne se limite pas à « s’approprier » les projets renouvelables. La consommation d’électricité chez les citoyens-coopérateurs a diminué de 46% en moyenne en sept ans. C’est énorme. Bon nombre d’entre eux ont installé des panneaux solaires, ce qui explique en partie cette baisse. Mais il y a aussi une compétition saine entre les différents citoyens pour parvenir à diminuer leur facture. Et ça marche!