magazine / mars 2014

Prête à prendre des risques pour la planète!

"Je préfère être sur le terrain que de rester assise dans mon fauteuil"

"Je préfère être sur le terrain que de rester assise dans mon fauteuil"

Sharonov/Greenpeace

Ana Paula était parmi les «30 de l’Arctique» arrêtés en septembre dernier pour une action pacifique contre un géant russe du pétrole. Dans cette interview, elle revient sur ses deux mois de détention.

Protection de l'Arctique Agissez!



Vous avez bénéficié d’une amnistie… Soulagée?

Oui bien sûr, mais l’heure n’est pas à la fête pour autant! En fait, la Russie me pardonne pour un crime que je n’ai pas commis. Je suis inquiète aussi pour mes collègues russes qui eux, risquent un casier judiciaire. Ce n’est pas tout: notre bateau est toujours bloqué à Mourmansk et surtout, l’Arctique ne bénéficie pas de l’amnistie Or, la région en aurait bien besoin. Bref, mes sentiments sont partagés et je ne compte pas sabler le champagne.

Vous venez du Brésil. Pourquoi avoir décidé de participer à des actions en Arctique?

Nous n’avons qu’une planète. La façon dont nous nous comportons avec elle, que ce soit en Arctique, en Amazonie, où dans le parc en face de chez moi, a des répercussions mondiales. L’Arctique en particulier est un de ces endroits encore intacts qui doit être protégé. C’est une région loin de tout, et peu de personnes ont eu la chance de faire ce que j’ai fait.  

Ana Paula Alminhana Maciel Nom:

Ana Paula Alminhana Maciel

Age:

31 ans

Profession:

Matelot à bord des bateaux de Greenpeace

 

Vous parlez de chance… Vous avez quand même fait deux mois de prison. Etiez-vous au courant des risques avant de vous embarquer dans cette aventure?

Nous savions que nous courions potentiellement un risque déraisonnable. Mais pour moi, il est nécessaire de courir des risques. Si j’étais restée dans mon fauteuil, je n’aurais pas fait de prison mais je n’aurais pas non plus eu cette chance d’essayer de faire bouger les choses...

Comment étaient les conditions de détention?

A Mourmansk, nous, les filles, étions isolées chacune dans une cellule de 2,5 mètres sur 5, 23 heures sur 24. Les seules visites étaient celles de mon avocat et du consul du Brésil. Contrairement à d’autres, j’avais la chance d’avoir une télévision en cellule, ce qui m’a permis de regarder la seule chaîne que je comprenais. Pour le reste, j’ai passé beaucoup de temps à lire, grâce aux bénévoles de Greenpeace à l’extérieur de la prison qui nous faisaient parvenir des livres, dans différentes langues. Une heure par jour, nous avions le droit de sortir dans une sorte de box en béton de 5 mètres sur 5. Impossible de voir la couleur du ciel mais au moins, nous pouvions respirer de l’air frais. C’étaient des box individuels, on ne se voyait pas mais parfois on parvenait à communiquer d’un box à l’autre. Les 10 derniers jours à Mourmansk, j’ai dû partager ma cellule avec une Russe. Nous passions  des heures à essayer de communiquer. Cela a permis de casser la routine.

Vous n’aviez pas trop froid dans cet extrême nord, vous qui venez du Brésil?

Il ne faisait pas si froid. Durant les journées les plus froides, le thermomètre descendait jusqu’à -10°C. Mais je voyage depuis des années à bord de bateaux Greenpeace et je me suis rendue en de nombreux endroits très froids. Bref, j’y suis habituée.

Vous avez ensuite été transférée à Saint Pétersbourg?
Oui, les cellules y étaient plus grandes. Je partageais la mienne avec une autre détenue et cela se passait plutôt bien. Certains de mes compagnons, par contre, ont vécu des problèmes de «cohabitation». Il faut dire que ce n’est pas facile de vivre ensemble dans des espaces si restreints…

L'Arctique aussi doit bénéficier de l'amnistie

 Vous n’avez jamais eu de regrets?

Jamais! Je n’ai rien fait de mal en participant à cette action pacifique. Depuis ma cellule, j’étais au courant de cet énorme élan de solidarité mondiale. Même le vice-président de l’Iran nous a ouvertement soutenus. Notre situation a fait la une des journaux un peu partout dans le monde, les gens ont pris conscience de ce qui se tramait en Arctique. C’est essentiel à mes yeux.

Vous avez été libérée sous caution le 20 novembre. Quelle a été votre première pensée?

J’étais heureuse et choquée. Heureuse de pouvoir sortir et de revoir ma mère. Mais j’ai eu un vrai choc aussi, identique à celui que j’ai éprouvé le jour où j’ai été condamnée, deux mois auparavant. Je ne m’attendais pas à cette libération sous caution mais plutôt à une prolongation de ma détention. Cette fois, c’était donc une bonne surprise.

Retrouvailles avec sa mère...

Quelle est la première chose que vous avez faite en rentrant au Brésil?

Revoir mes amis et ma famille. Retourner dans l’anonymat aussi : il paraît que  je suis devenue célèbre au Brésil! Et bien sûr, me remettre au travail.

Vous êtes déjà prête pour de nouvelles actions?

Peut-être pas contre une compagnie pétrolière russe! Mais pour le reste, oui, bien sûr.

Votre mot de la fin?

Je voudrais remercier tous les sympathisants. Sans eux, nous n’aurions jamais pu faire tout ce que nous avons déjà fait et ferons encore pour l’Arctique.