Yaoundé, 16 juin 2026 Entre 2021 et 2025, 44.000 Kilogrammes (44 tonnes) d’or auraient quitté le Cameroun pour Dubaï, alors que les douanes camerounaises n’ont déclaré que 148 Kg à l’exportation. La valeur de cet or est estimée à près de 2 000 milliards de FCFA (soit USD 3,4 milliards), soit l’équivalent du budget annuel du Ministère de la santé publique, sur cinq années consécutives. Ce pillage représente une hémorragie de souveraineté que l’État ne peut plus ignorer. Greenpeace Africa exige la suspension immédiate de l’attribution de nouveaux titres miniers et l’ouverture d’une réforme structurelle du secteur.
Les données ont été rendues publiques le 25 mai 2026 par le Directeur Général de la SONAMINES, lors d’une sortie media. Elles confirment ce que l’ Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) documentait déjà dans son rapport 2023 : cette seule année, la douane camerounaise déclarait 22 kg exportés, pendant que la base internationale UN Comtrade enregistrait 15 194 kg d’or d’origine camerounaise à l’importation, principalement vers les Émirats arabes unis.
“L’État camerounais ne perd pas de l’or, on le lui vole. Et le système légal d’attribution des titres miniers est l’une des portes d’entrée de ce vol. Continuer à délivrer des titres sans réformer le cadre et améliorer la gouvernance, c’est perpétuer le pillage. ”, déclare Stella Tchoukep, chargée de campagne Forêts chez Greenpeace Africa.
Ce pillage repose sur un système structuré d’impunité. Le 13 mai 2026 le Ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement Technologique (MINMIDT), a rendu public que plus de 200 sociétés opèrent illégalement dans les régions de l’Est et de l’Adamaoua, dont plus de 95% d’entreprises étrangères. Ces opérateurs agiraient souvent via des partenariats de façade avec de petites coopératives locales, exploitent des zones forestières enclavées et bénéficiant de complicités internes pour faire sortir l’or du territoire sans le déclarer.
« La corruption est le principal carburant de ce système. Des acteurs privés, nationaux et étrangers, s’enrichissent massivement, pendant que le Camerounais moyen perçoit un SMIG encore inférieur à 50 000 FCFA (à peu près 76 euros) », poursuit Stella.
L’or illégal a un coût environnemental documenté. Un rapport de l’ONG FODER publié en avril 2025 révèle que la superficie des sites miniers dans les seules zones de Batouri, Ketté et Kenzou est passée de 82 hectares en 2010 à plus de 4 600 hectares en 2024. Une explosion de 5 000 % en quatorze ans. Les terres agricoles des communautés riveraines sont détruites et les cours d’eau dégradés. Le rapport ITIE Cameroun 2023 établit par ailleurs que le Fonds de restauration et de réhabilitation des sites miniers, pourtant prévu par le Code Minier, n’est toujours pas opérationnel faute de décret d’application, et qu’aucune amende environnementale n’a été perçue en 2023. L’impact est réel mais la réparation inexistante.
Pour Greenpeace Afrique, la priorité est claire : mettre fin à l’attribution de nouveaux titres d’exploitation minière et poursuivre avec une réforme structurelle du secteur afin de renforcer la gouvernance, protéger les peuples autochtones et communautés locales, et préserver les écosystèmes. ”Les pertes déjà enregistrées ne sont qu’un signal qui devrait retenir notre attention: en l’absence du contrôle effectif et efficace des opérations dans le secteur minier et tant que le Cameroun continuera à délivrer des titres miniers sans mécanismes de traçabilité, les 44.000 Kg d’or volés entre 2021 et 2025 ne seront qu’un autre bilan ”, conclut Stella.
CONTACT PRESSE :
Luchelle Feukeng Tabo, Chargée de la Communication et du storytelling, Greenpeace Afrique [email protected] / +237656463545
Stella Tchoukep, Chargée de la Campagne Forêt, [email protected] / +237 6 94 59 06 79


