
Yaoundé, 21 août 2026 – Alors que le Cameroun continue à célébrer le triomphe des Lionnes Indomptables sur la scène africaine, l’attention doit aussi porter sur un autre patrimoine national qui se trouve à la croisée des chemins : la forêt d’Ebo et la sécurisation des droits fonciers coutumiers des communautés Banen qui revendiquent ces territoires ancestraux depuis des générations.
Depuis plus de 60 ans, les communautés Banen ne peuvent pas retourner sur leurs terres ancestrales dans la forêt d’Ebo, après avoir été déplacées de leurs villages en 1963. Pourtant, la question historique de leurs droits sur ces terres demeure sans réponse. Et les enjeux deviennent de plus en plus importants. En 2023, le gouvernement camerounais a classé une partie de la forêt d’Ebo et l’a ouverte à l’exploitation forestière industrielle. Au total, les deux concessions forestières couvrant Ebo représentent 133 392 hectares. Des entreprises forestières ont depuis obtenu des droits d’exploitation dans ces espaces.
Pour les communautés Banen, il ne s’agit donc pas simplement de savoir si des arbres seront coupés. Il s’agit de savoir qui a le droit de décider de l’avenir de leurs terres ancestrales.
« Notre terre n’est pas simplement un espace sur une carte. Elle porte notre histoire,notre identité, nos villages, nos lieux sacrés et nos moyens de subsistance. Nous voulons que nos droits fonciers coutumiers soient légalement reconnus et sécurisés. Nous ne pouvons pas construire l’avenir de nos communautés si nous ne savons pas si, demain, nous aurons encore le contrôle de nos terres. » déclare Sa Majesté Victor Yetina, Chef traditionnel Banen
Quinze ans de réforme foncière inachevée mais les terres coutumières continuent d’être affectées
En 2011, le Gouvernement camerounais a engagé une réforme du cadre foncier national avec entre autres pour objectif de répondre aux défis persistants de la gouvernance foncière. Pourtant, quinze ans plus tard, cette réforme n’est toujours pas achevée et les droits fonciers coutumiers ne sont pas légalement reconnus et sécurisés.
Le paradoxe est préoccupant : alors que le cadre juridique destiné à mieux sécuriser les droits fonciers est encore en construction, des terres forestières historiquement occupées ou revendiquées par des communautés continuent d’être classées dans le domaine privé de l’État et affectées à d’autres usages, notamment l’exploitation forestière industrielle.
La forêt d’Ebo n’est pourtant pas un espace vide en attente d’affectation. Elle porte l’histoire, la culture, les moyens de subsistance et les perspectives d’avenir des communautés Banen. Lorsque leurs droits sur ces terres ne sont pas sécurisés, c’est aussi leur capacité à gérer, protéger et décider de l’avenir de leur territoire qui est fragilisée.
Quand la perte de la forêt devient la perte de la terre, protéger la forêt passe par la protection des droits.
Lorsque les communautés perdent la capacité d’accéder à leur forêt ancestrale, de la gérer et de la protéger, la perte de la forêt devient une perte de contrôle sur leurs terres.
« La sécurisation des droits fonciers des communautés n’est pas seulement une question de justice, c’est aussi une stratégie de conservation. Les travaux du GIEC montrent que la sécurité foncière est associée à une meilleure gestion des forêts et à une réduction de la déforestation et la dégradation. À Ebo, reconnaître et sécuriser les droits des Banen, c’est donc aussi créer les conditions d’une protection durable des forêts. » affirme Stella Tchoukep
Cette approche est d’autant plus importante dans un contexte où la gouvernance et la gestion des ressources forestières doivent encore être renforcées. Le rapport 2025 de la Banque mondiale sur le capital naturel du Cameroun montre que les activités d’exploitation du bois répondent à des besoins économiques immédiats, mais génèrent une valeur nettement inférieure aux services écologiques fournis par les forêts intactes, en particulier leur capacité à retenir le carbone.
Autrement dit, préserver une forêt debout n’est pas renoncer à sa valeur économique : c’est préserver l’essentiel de cette valeur sur le long terme. Le même rapport appelle d’ailleurs le Cameroun à donner la priorité aux écosystèmes forestiers intacts et à forte valeur écologique et économique. C’est pourquoi Greenpeace Afrique estime que dans un contexte où les forêts restent exposées à de fortes pressions économiques et où leur gouvernance doit encore être renforcée, le Cameroun ne peut pas continuer à privilégier la valeur immédiate tirée de l’exploitation au détriment de la valeur durable de ses forêts.
La protection de la forêt et la sécurisation foncière des communautés doivent dès lors être traitées comme deux dimensions indissociables d’un même enjeu.
Faire de la seconde chance d’Ebo une victoire durable.
Ebo a déjà montré que les décisions concernant l’avenir des forêts peuvent changer.
En 2020, la forte mobilisation des communautés Banen, de la société civile et d’autres acteurs a contribué à obtenir la suspension des projets visant à ouvrir Ebo à l’exploitation forestière. Cette mobilisation avait montré qu’une autre voie était possible : protéger la forêt tout en travaillant à la reconnaissance des droits des communautés qui entretiennent des liens ancestraux avec elle. Cette opportunité existe toujours.
Greenpeace Afrique appelle ainsi le Gouvernement camerounais à :
- Annuler les concessions forestières attribuées à Ebo et geler l’attribution de nouvelles concessions dans les territoires où les communautés locales et les peuples autochtones revendiquent des droits fonciers coutumiers,
- Considérer des alternatives durables à l’exploitation forestière et associer les communautés locales vivant aux abords de la forêt à l’élaboration d’un plan d’aménagement du territoire inclusif.
- Accélérer et finaliser le processus de réforme foncière engagé en 2011, avec la pleine reconnaissance et la protection juridique des droits fonciers coutumiers, y compris sur les terres forestières traditionnelles.
- Garantir une participation effective des communautés aux décisions affectant leurs territoires, notamment à travers la planification et la cartographie participatives de l’utilisation des terres, un cadre juridique clair et le respect du consentement libre, préalable et éclairé (CLIP).
Ebo a besoin de sa forêt. Ses communautés ont besoin de leurs terres.
Les communautés d’Ebo n’ont pas seulement besoin que leur forêt reste debout. Elles ont besoin de droits sécurisés sur les terres qui rendent leur avenir possible.
Après avoir appelé à donner une seconde chance à Ebo, Greenpeace Afrique invite aujourd’hui les citoyens camerounais et toutes celles et ceux qui souhaitent défendre les forêts du Bassin du Congo à faire de cette seconde chance une protection réelle, durable et fondée sur les droits.
FIN
Contact média :
Raphael Mavambu, Communication & Storytelling Manager, [email protected], Greenpeace Afrique
Stella TCHOUKEP, Chargée de la campagne forêt, [email protected], Tél: +237 694 590 679, Greenpeace Afrique


