
Une communauté rasée par les flammes – et la volonté farouche de la reconstruire
Patrick Michell et Tina Grenier veulent une maison qui résiste aux flammes.
Après avoir perdu leur maison et leur ville natale dans l’incendie qui a ravagé Lytton le 30 juin 2021, le couple fait tout en son pouvoir pour ne plus jamais revivre une telle situation.
« J’ai soixante ans et j’ai vécu toute ma vie dans cette ville. Partout où je vais, l’environnement change », affirme Patrick. « Les conditions qui ont permis à nos ancêtres de survivre et de vivre changent rapidement, et cette évolution est très préoccupante. »
Sachant que les feux de forêt ne feront qu’augmenter en fréquence et en intensité en raison des changements climatiques, Tina et lui ont soumis une proposition pour reconstruire leur maison en utilisant des matériaux résistants au feu et adaptés aux phénomènes climatiques. Les travaux de reconstruction dans la communauté de Tl’kemtsin (Première Nation de Lytton), d’où Tina est originaire, ont bénéficié d’un financement fédéral du Programme d’aide à la gestion des urgences de Services aux Autochtones Canada, mais le mois dernier, le couple a essuyé un nouveau revers lorsque le conseil n’a pas approuvé leur proposition.
« Il est difficile de faire quelque chose de nouveau ou de différent – et c’est tout à fait compréhensible », me dit Patrick sur Zoom, quelques semaines après la décision du conseil et plusieurs mois après ma visite en territoire Nlaka’pamux en août dernier. La maison que le couple espérait construire aurait été la première de la région à utiliser des matériaux peu communs (mais testés) qui peuvent résister aux températures extérieures et aux flammes plus longtemps que les matériaux conventionnels.
La Première Nation de Lytton a approuvé la reconstruction d’une habitation de 2 400 pieds carrés, ce qui est beaucoup plus petit que la maison originale de la famille, qui comptait six chambres et regroupait quatre générations sous un même toit. Malheureusement, cela signifie qu’il n’y a pas de place pour leur fille Serena, son mari et leurs deux jeunes garçons.
En l’absence d’option parfaite, Patrick et Tina ont dû se rabattre sur le modèle le plus modeste et les matériaux les plus connus. Même si leur maison était entièrement payée, elle n’était pas assurée, si bien qu’il serait extrêmement coûteux de la reconstruire sans soutien externe. Le couple est très reconnaissant du soutien qu’il reçoit du Canada et de la Première Nation de Lytton, et il espère quitter son foyer temporaire pour emménager dans son nouveau domicile l’année prochaine. La famille de Serena continuera à louer un appartement en territoire T’eqt »aqtn’mux (Première Nation de Kanaka Bar), à une vingtaine de kilomètres au sud.


La nouvelle a été difficile à encaisser.
« L’impact des changements climatiques est à la fois mental, émotionnel, physique, spirituel et, bien entendu, financier », affirme Patrick. « Plus vous restez longtemps sans maison, plus la situation s’aggrave. »
Le poids d’un trop grand nombre de catastrophes
Des régions telles que le canyon du Fraser, en Colombie-Britannique, ont été durement touchées. Dans le sillage de la pandémie de COVID-19 en 2020, les catastrophes se sont succédé rapidement en 2021 : l’incendie de Lytton en juin, la rivière atmosphérique et les inondations à l’automne, et la chute des températures lors du gel hivernal de décembre. Depuis lors, l’endroit a été le théâtre d’incendies de forêt, d’alertes et d’ordres d’évacuation pendant quatre années consécutives. Pendant ce temps, les communautés autochtones qui y vivent continuent de se remettre et de guérir des traumatismes causés par les pensionnats, dont les effets se répercutent d’une génération à l’autre.
« Ces traumatismes cumulés et consécutifs font qu’il est difficile pour les gens de surmonter le désespoir et d’aller au-delà du schéma combat-fuite », explique Patrick. C’est pourquoi, en 2022, il a pris sa retraite en tant que chef des T’eqt »aqtn’mux afin d’aider sa famille à se relever. Et une fois la situation stabilisée, il a travaillé à la Première Nation de Lytton en tant que directeur de la reconstruction.
Un homme qui contribue à la cohésion de plusieurs mondes en tant que mari, père et leader
Patrick concilie ces rôles multiples avec intention et lucidité. En tant que mari, Patrick est heureux que Tina et lui auront bientôt un nouveau foyer. L’incertitude (et l’épuisement) de cette étape de leur cheminement est terminée. Et malgré sa déception à l’égard de la décision concernant leur domicile familial, le couple continue d’aller de l’avant. En tant que père et grand-père, Patrick tâche maintenant de trouver un nouveau toit permanent pour Serena et sa famille à proximité de chez lui. Et dans son ancien rôle de directeur de la reconstruction au sein de la Première Nation de Lytton, il s’était fixé pour objectif de renforcer la résilience climatique et l’autosuffisance dans la région.
Je dois y croire. Si je ne garde pas espoir et si je ne me mobilise pas aujourd’hui, qui s’occupera de mes enfants et de mes petits-enfants demain? – Patrick Michell
« L’espoir jaillit de l’action » : un mantra pour l’Anthropocène

Patrick est le moteur de nombreuses histoires de résilience climatique. Lorsqu’il était chef de la Première Nation de Kanaka Bar, il a supervisé des équipes chargées de mettre en œuvre des projets visant à favoriser l’autodétermination de la communauté, tels que la mise en place de systèmes de stockage d’eau par gravité, l’utilisation de l’énergie solaire à petite échelle, des initiatives d’agriculture en milieu contrôlé, et bien plus encore.
Il s’efforce d’être une « flamme éternelle d’optimisme », et vous auriez du mal à trouver une personne plus déterminée. Il donne des conférences lorsqu’on le lui demande – partout où on le lui demande – et les photos de ses enfants et petits-enfants parsèment ses nombreuses interventions publiques.
Toujours taquin, il utilise la diapositive ci-dessous pour expliquer ce qu’il appelle « un flux logique et une cascade d’investissements stratégiques ». Autrement dit, il faut d’abord financer les fondements physiologiques de la vie, puis s’occuper des autres besoins et systèmes. (Et selon les petits-enfants de Patrick, le WiFi est un besoin fondamental).

La détermination de Patrick est plus grande que nature. Elle est également contagieuse, comme on le lui rappelle sans cesse. Et malgré sa modestie, j’ai pu constater la manière réfléchie avec laquelle il aborde chaque conversation et à quel point il est conscient de l’apathie engendrée par les traumatismes passés, le deuil climatique, l’aggravation des crises et un modèle économique défaillant.
Patrick estime que l’action constitue le seul remède viable, comme il le précise dans un article qu’il a écrit pour l’Institut climatique du Canada :
« L’espoir jaillit de l’action. C’est pourquoi il faut cesser de parler et commencer à agir! », dit-il, sourire en coin.
Pour ce faire, il faut trouver la raison qui vous pousse à vous réveiller et à affronter le monde chaque jour. Celle de Patrick est manifeste. L’amour qu’il voue à sa famille sous-tend tout ce dont nous avons parlé en août, lorsque moi, mon partenaire Charlie et notre petite fille Meroë l’avons visité en territoire Nlaka’pamux.
« Lorsque nous avons une raison, nous nous levons et nous passons à l’action », explique-t-il. « Lorsque j’ai remporté des victoires, c’est parce que j’étais entouré de personnes qui étaient motivées par la même “raison” ».
Une communauté qui s’élève, une maison et un souffle à la fois
Depuis 2021, la Première Nation de Lytton a aidé 42 familles déplacées qui étaient logées à l’hôtel à s’installer dans des habitations modulaires temporaires. L’année dernière, elle a amorcé la mise en chantier de 80 nouvelles maisons qui devraient être achevées vers la fin 2026. Elle espère construire 175 demeures de plus au cours de la prochaine décennie.
Lorsque nous lui avons parlé pour la première fois (à l’époque où il était directeur de la reconstruction), Patrick nous a dit que la communauté prenait également des mesures pour réduire les risques liés aux flammes, aux braises et à la chaleur rayonnante. Celles-ci incluent notamment l’installation de toitures métalliques, de soffites et de panneaux de bordure convenables, la réparation des bouches d’aération, le remplacement du revêtement extérieur par des matériaux ininflammables et (surtout) l’élimination de toute matière combustible telles que les herbes et la broussaille aux alentours des demeures et des infrastructures essentielles.
La Première Nation de Lytton a également aménagé des installations temporaires, notamment un café, un magasin général, une grande salle communautaire et une quincaillerie, pour desservir l’ensemble de la région. Un nouveau centre de transformation alimentaire, le Y’Kem Food Hub, est présentement en train d’être construit. Les personnes intéressées pourront y apporter leurs viandes, leurs fruits et leurs légumes pour les transformer et les stocker en les congelant, en les mettant en conserve, en les séchant, en les salant, en les fumant, en les transformant en confiture et en les pressant en jus de fruits. Quant aux surplus de nourriture dont la famille n’a pas besoin, ils peuvent être vendus pour générer des revenus.
Alors que nous nous rassemblons, nos Aîné·es nous racontent des histoires du passé, de la vie foisonnante qui prospérait ici, de nos traditions et de notre lien profond avec la terre… en nous rappelant que le feu, bien que destructeur, est aussi synonyme de renouveau.
– Rainbow Djo,responsable des communications de la Première Nation de Lytton (voir vidéo ci-dessous)
La Première Nation de Lytton parle de son expérience de reconstruction et de rétablissement communautaire dans cette brève vidéo, qui met en avant des témoignages issus de différentes générations.
Quand le soutien est insuffisant et que les communautés sont laissées à elles-mêmes
Les communautés rurales autochtones comme celle de Tina et Patrick sont depuis longtemps en première ligne des catastrophes climatiques, et savent mettre à profit leurs connaissances pour orienter les efforts de rétablissement et de reconstruction. Malgré leurs innovations, et bien qu’elles aient identifié des besoins clairs en matière d’infrastructures pour atténuer l’impact des phénomènes météorologiques extrêmes, nombre d’entre elles ne bénéficient toujours pas d’un financement adéquat de la part des programmes de partenariat fédéraux.
En 2022, un rapport de la vérificatrice générale a révélé que le gouvernement fédéral dépense 3,5 fois plus d’argent pour répondre aux urgences et s’en remettre que pour aider les communautés à les prévenir ou à s’y préparer. C’est en Colombie-Britannique et en Alberta que les besoins non satisfaits en matière d’atténuation structurelle sont les plus importants.
Chaque dollar consacré aux mesures d’adaptation rapporte jusqu’à 15 $ en avantages économiques futurs. « Mieux vaut prévenir que guérir », me rappelle Patrick. Lorsque la reconstruction de Lytton sera terminée, il espère que le coût des travaux incitera les décisionnaires à prioriser les mesures préventives plutôt que les interventions réactives.
« Si le gouvernement fédéral avait simplement fourni des ressources monétaires et autres avant l’incendie pour effectuer des travaux de rénovation, de mise aux normes et de débroussaillage pour éliminer les matériaux combustibles, nous aurions peut-être perdu deux ou trois maisons », explique-t-il. « Au lieu de cela, nous avons perdu 42 maisons en 2021 et 7 autres en 2022. »
« Nous devons nous préparer à d’autres événements de ce type », convient Amanda Adams, conseillère de la Première Nation de Lytton, s’adressant aux membres de la communauté de Tl’kemtsin dans une vidéo récente qui faisait le point sur une réunion organisée pour lancer le plan de résilience communautaire de la Première Nation de Lytton.
« Le plan sera élaboré par la Première Nation de Lytton pour le bénéfice de la communauté, et sera guidé par les voix de ses membres, de ses jeunes et de ses Aîné·es », précise-t-elle. La communauté recueillera l’avis de la collectivité par le biais d’enquêtes, d’événements communautaires et de visites en porte-à-porte et entend finaliser le plan d’ici 2026. « Notre peuple possède déjà le savoir nécessaire pour prendre soin de nos terres en pleine évolution et assurer sa survie. »
Revenir aux enseignements qui ont toujours assuré notre sécurité
« Le renouement avec les pratiques traditionnelles tel que le brûlage dirigé commence par leur enseignement aux jeunes de la communauté. », affirme-t-elle. « Et une fois adultes, elles auront la confiance nécessaire pour appliquer ces connaissances et les transmettre à leur tour à leur famille. »
En finir avec le délire fossile

Regarder la vérité en face : le mal fait et les personnes qui doivent en répondre
Les communautés comme la sienne font leur part, mais Patrick ne mâche pas ses mots lorsqu’il s’agit de nommer les entités qui doivent être tenues pour responsables de la crise climatique.
« Le tort que nous faisions sans le savoir jusqu’en 1988, nous le faisons maintenant en pleine connaissance de cause. Nous avons quadruplé notre empreinte carbone depuis 1988. Les personnes qui profitent du statu quo paient-elles leur juste part en matière de prévention et de lutte contre les changements climatiques? Absolument pas. »
En 1988, des entreprises pétrolières comme Shell prédisaient déjà que leurs produits risquaient de doubler les niveaux atmosphériques de CO2 en l’espace de quelques décennies, mais elles ont ensuite étouffé l’affaire. Les effets néfastes de la pollution par les gaz à effet de serre résultant de l’expansion des combustibles fossiles – tout comme leur impact attendu sur les générations à venir – sont la raison pour laquelle Patrick a passé des années à se mobiliser contre le projet d’expansion du pipeline Trans Mountain.
Le monde a désormais franchi le seuil de 1,5 °C qui avait été établi en matière de réchauffement climatique. Et bien que l’humanité ait dépassé sept des neuf limites planétaires définies par des scientifiques du Stockholm Resilience Center, il est encore temps d’inverser le cours des choses.
Patrick estime que les entreprises de combustibles fossiles qui génèrent des risques climatiques devraient payer leur juste part des coûts associés aux mesures d’adaptation, d’atténuation et de rétablissement. Il suggère que ce type de mécanisme financier pourrait fournir des logements aux familles à faible revenu qui ont perdu leur maison à la suite d’une catastrophe climatique, comme celle de Serena, et qui n’ont pas les ressources financières ou les garanties nécessaires pour obtenir un prêt ou une hypothèque. Il pourrait aller plus loin en finançant des projets de démonstration de faisabilité en vue de concevoir des modèles de logements innovants et résilients face aux changements climatiques.
Proposée par Greenpeace Canada, la création d’un fonds de réparation climatique en Colombie-Britannique permettrait au gouvernement provincial d’adopter une loi obligeant les grandes entreprises pétrolières, gazières et charbonnières à assumer une partie des coûts croissants liés à la reconstruction des infrastructures et à la protection des communautés face aux dommages causés par les changements climatiques.

« Ce que l’on fait à la terre, on se le fait à soi-même », me rappelle Patrick. « Si trop de carbone est rejeté dans l’atmosphère, le jour viendra où nous devrons faire face aux conséquences. Les grands pollueurs ont reporté le fardeau des impacts climatiques sur les générations futures, mais ces conséquences ne sont plus théoriques ou lointaines – elles sont concrètes et se font sentir partout. »
« Les changements climatiques sont un grand égalisateur, car ils créent des conditions telles que la combinaison dangereuse de vent, de sécheresse et de chaleur qui a transformé Lytton en une véritable poudrière », ajoute-t-il. « Ces conditions toucheront l’ensemble de la vie sur Terre. Je ne peux pas vous dire quelle forme cela prendra ni quand cela se produira, mais cela impliquera probablement du feu, de la fumée et une absence d’eau. »
« Mes enfants et mes petits-enfants méritent d’avoir une chance »

Parcourir le territoire qui l’a élevé
En août dernier, alors que nous étions en territoire Nlaka’pamux, Patrick nous fait traverser le fleuve Fraser à bord d’un bac à traille et nous emmène sur une route de gravier sinueuse à l’ouest de la ville de Lytton. Il veut vérifier si les ruisseaux Nickeyeah et Nohomin contiennent encore de l’eau.
« Les familles environnantes dépendent de ces ruisseaux glaciaires pour s’approvisionner en eau », me dit-il alors que nous roulons dans son camion. Derrière nous, Charlie suit dans un autre véhicule avec notre fille qui fait la sieste.
Une question d’eau, de nourriture et de lutte silencieuse pour préserver l’avenir
« Il fait de plus en plus chaud et de plus en plus sec. Les glaciers qui alimentent ces ruisseaux? Ils disparaissent à vue d’œil. Cette sécheresse signifie que les précipitations de surface se font moins importantes. Ce qui reste maintenant, ce sont les derniers écoulements », dit Patrick. « Les familles n’ont plus de source fiable d’eau potable. Elles l’ignorent peut-être pour le moment, mais moi, je le sais. »
Nous nous arrêtons à Nickeyeah Creek et descendons du véhicule.
« Y a-t-il encore de l’eau? », me demande-t-il, presque trop nerveux pour regarder de lui-même.
Heureusement, il y en a.
Patrick est visiblement soulagé. Il a grandi en jouant dans ce ruisseau.
Il nous fait part de son ambition de construire un réservoir d’eau sur un plateau, à quelques dizaines de mètres de l’endroit où le ruisseau traverse la route. « J’appelle cela “jouer au castor” », dit-il en riant. « Si vous recevez de l’eau au printemps, vous avez besoin d’étangs de castors. Il s’agit de capter l’eau douce, puis de la libérer au moment voulu en été pour étancher notre soif, irriguer et nous protéger des incendies. Même si les pompes à eau cessent de fonctionner en raison d’une panne de courant, les batteries, les pompes solaires ou les génératrices peuvent constituer une solution de secours essentielle lorsqu’il y a encore de l’eau dans les réservoirs. »
Convaincu qu’il est possible de conjuguer les pratiques traditionnelles et les façons de faire contemporaines (l’« approche à double perspective » de l’Aîné mi’kmaq Albert Marshall), Patrick espère qu’un fonds de réparation climatique pourrait améliorer la résilience des systèmes d’approvisionnement en eau Nlaka’pamux. Ce n’est pas une stratégie de rétablissement ou de reconstruction, mais bien d’adaptation. La communauté doit trouver de nouvelles façons de composer avec des sources d’eau moins prévisibles.
« J’ai 10 000 ans de connaissances cellulaires et je sais que ce ruisseau a coulé toute l’année pendant 10 000 ans, pas vrai? Je sais qu’il touche à sa fin. L’écosystème environnant disparaît, la population de truite arc-en-ciel aussi et, pour couronner le tout, vous n’avez plus d’eau. »
Sur le chemin du ruisseau Nohomin, Patrick nous présente les projets agricoles de la communauté. « Le peuple du saumon peut devenir le peuple de la pomme de terre », dit-il avec pragmatisme.
L’augmentation récente des populations de saumon chinook, coho, rose et rouge dans le fleuve Fraser est porteuse d’espoir, bien que le saumon du Pacifique soit en déclin dans la majeure partie de la Colombie-Britannique. Selon un rapport publié en 2025 par la Pacific Salmon Foundation, les deux tiers des populations sont inférieures à leurs moyennes à long terme, y compris celles de truite arc-en-ciel dans le fleuve Fraser.
Cela met en évidence le coût élevé de l’adaptation climatique pour cette communauté et l’ampleur des sacrifices qu’elle doit faire pour survivre. Patrick transmet son savoir traditionnel et aide sa communauté à se préparer afin qu’elle puisse prendre soin d’elle-même dans un avenir où l’eau sera moins abondante et l’insécurité alimentaire plus grande.
« Mes enfants et mes petits-enfants méritent d’avoir une chance », déclare-t-il.


L’eau coule aussi au ruisseau Nohomin.
La douleur du feu et les foyers qui auraient dû être en sécurité
Ce site, où l’incendie de Nohomeen Creek s’est propagé en 2022, fait figure de petite victoire.
Les cimes brûlées des pins restants qui parsèment les champs et les collines verdoyantes témoignent de la rapidité avec laquelle le feu s’est propagé.
Alors que Patrick nous montre les dégâts causés par cet incendie, j’essaie d’imaginer les maisons qui se trouvaient ici avant d’être rasées par les flammes. Certaines ont survécu (l’arrosage de la pelouse et le défrichage de la végétation autour des bâtiments y ont grandement contribué). D’autres familles vivent encore dans de petites maisons vertes modulaires, livrées par hélicoptère après l’incendie afin de servir de foyer temporaire.
Alors que nous circulons dans ce quartier isolé, il nous montre l’endroit où se trouvaient les maisons des sept familles sinistrées. « Ces gens veulent également construire leurs nouvelles maisons avec des matériaux résistants au climat et aux incendies. Ils ne veulent plus jamais passer au feu. »
Et Patrick fait de son mieux pour que cela n’arrive pas.


Nous finissons par arriver à la rivière Stein, notre dernière escale.
Apprendre à lâcher prise au bord de l’eau
Les gens viennent ici pour prendre des bains médicinaux. Et en contemplant l’eau froide et cristalline qui s’écoule, je comprends pourquoi.
« Parfois, il faut savoir lâcher prise », explique Patrick. « Vous pouvez faire une cérémonie de purification et demander au vent, à la terre ou à l’eau de vous libérer de ce qui vous accable. »
Patrick se souvient d’être venu ici en 2022, après l’incendie de Nohomin Creek. « Je me suis assis et j’ai pleuré pour les familles, car c’était un nouveau traumatisme pour elles. Elles avaient survécu à l’incendie de Lytton 2021, et une année plus tard, cela leur arrivait à nouveau. »
En faisant usage des réservoirs d’eau des ruisseaux Nohomin et Nickeyeah et en aidant ces familles à sécuriser leurs maisons contre les incendies, lui et la Première Nation de Lytton veulent leur « donner quelque chose de bon ».
L’eau prend soin des gens, mais elle a aussi besoin qu’on s’occupe d’elle. Mon regard se porte sur une jauge d’eau, récemment installée par la communauté pour surveiller la quantité d’eau. Fonctionnant 24 heures sur 24, elle transmet en continu des données sur le débit de l’eau, la température et la quantité de particules en suspension. Patrick veut faire de même pour les ruisseaux Nohomin et Nickeyeah (et pour toutes les eaux de surface sur les terres de la Première Nation de Lytton).
Quand la flamme vacille, l’espoir devient un choix quotidien
Garder espoir n’est pas toujours facile, même pour les personnes éternellement optimistes. Mais l’espoir jaillit de l’action.
Patrick tourne son regard vers les replats qui s’élèvent au-dessus de nous et nous indique l’endroit où les ancêtres des Nlaka’pamux bâtissaient des habitations semi-souterraines. Construites partiellement sous terre, ces bâtiments traditionnels à ossature de bois permettaient aux gens de la communauté de rester au frais pendant les fortes chaleurs de l’été et au chaud pendant l’hiver.
« Nos ancêtres savaient quoi faire à l’époque, et je peine aujourd’hui à comprendre pourquoi il est si difficile de revenir à des méthodes qui ont déjà fait leurs preuves. »
La flamme vacille », admet Patrick. « J’ai de plus en plus de mal à garder le cap… J’ai peur pour ma femme, j’ai peur pour mes petits-enfants et j’ai peur pour les Canadien·nes. Mais je ne laisserai pas la peur me paralyser ou me définir.
Comme il l’a dit à Sarika Cullis-Suzuki, il se souvient que « l’avenir de nos enfants n’est pas prédéterminé. Ce qui compte, c’est ce que vous dites et faites aujourd’hui. »
Un moment s’écoule. Puis, avec son enthousiasme caractéristique, il se tourne vers moi avec un sourire ironique et lève les bras.
Alors, que devons-nous faire? Comment garder espoir? Comment faire pour adopter la même perspective que Jon Bon Jovi face à ce bordel? (en référence au succès « Keep the Faith » du groupe, sorti en 1992)
Sa réponse?
« En persévérant et en faisant ce qui doit être fait. »
Voilà ce que je retiens de notre conversation : faire quelque chose. N’importe quoi.
Puis continuer à agir.
Ma raison de passer à l’action est juste en face de moi. En regardant ma fille fraîchement réveillée de sa longue sieste et qui grimpe sur les rochers qui nous entourent, je sens ma propre détermination se renforcer. D’abord, finir de rédiger cet article à travers les nombreuses joies et contraintes du quotidien. Et ensuite, continuer à agir afin de maintenir les combustibles fossiles dans le sol, permettre à mes communautés de renforcer leur résilience et léguer une planète plus sure aux générations à venir.
Nous sommes toujours là

Nous sommes toujours là, et cela compte pour quelque chose
Alors que Charlie, Meroë et moi nous éloignons de Lytton, le vent balayant le canyon du Fraser derrière nous, je repense au temps que nous avons passé au bord de la rivière Stein.
« En étant moi, je transcende le bruit, pas vrai? » avait dit Patrick, en référence à sa façon désarmante, spontanée et irrévérencieuse de communiquer. Derrière lui, le grondement régulier de la rivière se faisait entendre. « Savez-vous pourquoi nos ancêtres vivaient en hauteur? Parce que si la communauté était restée ici, les membres n’auraient pas pu entendre les prédateurs, les groupes envahisseurs ou les inondations. Il fallait s’éloigner du bruit qui nous empêche d’être en sécurité. »
Le bruit de la désinformation propagée par les entreprises de combustibles fossiles et les responsables politiques qui minimisent les risques liés au pétrole et au gaz, ou les algorithmes des réseaux sociaux de la Silicon Valley qui nous mettent en colère, nous divisent et nous détournent de notre objectif.
« Les scénarios les plus sombres que nous avions commencé à prévoir il y a 15 ans sont en train de se concrétiser beaucoup plus rapidement que nous ne l’imaginions », prévient Patrick. « Le danger qui se profile à l’horizon est grave, mais il n’est pas trop tard pour changer nos habitudes. L’humain est caractérisé par sa capacité d’adaptation. Nous avons encore le temps de nous en sortir. »
C’est cette détermination et cette volonté de se retrousser les manches pour faire collectivement ce qui doit être fait qui caractérisent le mantra « l’espoir jaillit de l’action ».
L’optimisme de Patrick n’a rien de naïf; c’est celui d’un homme qui sait que l’avenir n’est pas une réalité immuable.
Patrick fait ce qu’il fait parce qu’il y a encore des générations actuelles et futures qui méritent notre espoir, et parce que (comme il le dit souvent) il a encore « les dons du Créateur que sont la vie et le choix ». Et il continuera à faire le bien « jusqu’à ce que je fasse une connerie », dit-il en riant.
Son optimisme n’est pas seulement un trait de personnalité. C’est une décision qu’il prend chaque jour en se levant. Voilà ce qu’il faut retenir.
Alors que Patrick parle, un saumon surgit de la rivière derrière lui – une dernière danse, un acte de fière résistance… ou peut-être simplement parce qu’il est encore là et qu’il peut encore le faire. À vous de décider.
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Merci à Patrick Michell pour le temps passé ensemble en territoire Nlaka’pamux et pour ses histoires, son savoir et son cœur.
Par souci de clarté et de concision, le présent article condense des conversations ayant eu lieu entre août et novembre 2025.


