L’un des problèmes associés au fait de vieillir est que dès que l’on découvre une nouvelle tendance, celle-ci est déjà révolue. Voilà qui résume bien la proposition du Canada d’accélérer la construction d’usines de GNL.

D’un point de vue environnemental, il n’a jamais été judicieux de consacrer des milliards à l’expansion de la fracturation hydraulique du gaz naturel, puis d’utiliser d’énormes quantités d’énergie pour le refroidir jusqu’à ce qu’il devienne liquide afin de pouvoir l’exporter par navire-citerne. Et aujourd’hui, cette activité ne parvient pas non plus à répondre aux attentes économiques.

Une surabondance qui n’augure rien de bon : l’offre excédentaire imminente de GNL compromet la rentabilité des nouveaux projets

Selon l’agence Reuters, Shell et le conglomérat japonais Mitsubishi étudient la possibilité de vendre leurs parts respectives dans le projet LNG Canada, d’une valeur de 40 milliards de dollars. L’article remarque que Shell (qui détient 40 % du projet) et Mitsubishi (15 %) pourraient avoir du mal à obtenir un bon prix, car « les propriétaires actuels et potentiels prendront en compte les préoccupations du secteur quant à une éventuelle surabondance de l’offre mondiale de GNL, à mesure que de nouvelles installations de production seront mises en service ».

À en juger par le nombre de projets déjà en chantier, l’Agence internationale de l’énergie prévoit que le marché mondial du GNL fera face à une offre excédentaire après des années de pénurie. Cela entraînerait une baisse des prix et constituerait une mauvaise nouvelle pour les promoteurs de projets encore en phase de pré-construction tels que Ksi Lisims LNG et la phase 2 de GNL Canada, que Mark Carney souhaite accélérer.

La croissance rapide des énergies renouvelables réduit la demande future de gaz fossile

Les promoteurs de GNL veulent nous faire croire que le seul choix possible est entre le charbon et le gaz, et que ce dernier est le moindre des deux maux. Mais avec la baisse fulgurante du coût des éoliennes, des panneaux solaires et des batteries, nul besoin de choisir une option polluante. Nous pouvons répondre à nos besoins énergétiques grâce aux ressources renouvelables, qui continuent à ravir des parts de marché au charbon et au gaz dans le monde entier. Au Pakistan, par exemple, l’expansion rapide de l’énergie solaire a déjà entraîné l’annulation de contrats de GNL.

L’énergie éolienne et solaire offre une sécurité économique aux importateurs d’énergie dans un monde où les exportations fossiles sont employées comme arme

L’importation de pétrole et de gaz est coûteuse et place les pays à la merci de pays exportateurs autoritaires, comme le montrent l’invasion de l’Ukraine par la Russie et l’utilisation par Trump de la puissance militaire et économique des États-Unis pour aider les entreprises américaines à accéder aux marchés étrangers et à s’approvisionner en pétrole. Une transition rapide vers l’« électrotech », qui exploite l’énergie éolienne et solaire produite localement pour alimenter les véhicules électriques et les thermopompes, permet de réduire les coûts et d’accroître la sécurité énergétique des pays, tout en contribuant de manière significative à la lutte contre les changements climatiques.

Il s’agit d’une bonne nouvelle pour la planète, mais d’une mauvaise nouvelle pour les exportateurs de combustibles fossiles et les acteurs friands de conflits.

Les exportations de GNL aggravent la crise de l’accessibilité financière dans les pays exportateurs

La réduction des exportations de GNL est peut-être mauvaise pour Exxon et les autres, mais elle est bonne pour les consommateur·rices. L’objectif de l’exportation de gaz naturel est d’atteindre des marchés où le prix est plus élevé (parce qu’il n’y a pas d’approvisionnement local), obligeant ainsi les consommateur·rices au niveau à concurrencer les consommateur·rices à l’étranger. L’Agence d’information sur l’énergie des États-Unis prévoit que l’augmentation des exportations de GNL sera le principal moteur d’une hausse de 33 % du prix du gaz domestique en 2027.

En résumé, maintenant que nous disposons d’alternatives claires et moins coûteuses, l’augmentation de la production de GNL est mauvaise pour le climat, mauvaise pour l’économie, mauvaise pour la sécurité et mauvaise pour la facture énergétique des consommateur·rices.