Au cours de la dernière décennie, j’ai été bénévole auprès de nombreuses organisations caritatives de secours alimentaire. Ces organisations reçoivent des dons de nourriture invendue provenant de magasins ou de restaurants, et les redistribuent à des banques alimentaires ou à des refuges. Bien que cela représente un moyen efficace et mutuellement bénéfique d’éliminer le gaspillage, vous en éprouvez également le faux sentiment de sécurité que ce problème a été résolu. Travailler avec les secours alimentaires vous permet certes de bien comprendre la quantité de nourriture qui est donnée; mais vous n’avez toujours pas la moindre idée de la quantité de nourriture qui finit à la poubelle.

Trevor, un ancien employé de supermarché, décrit le coût du gaspillage alimentaire: 

« C’était une partie très triste du travail. Chaque jour, de grandes poubelles remplies de nourriture étaient placées à l’extérieur, dans un endroit fermé à clé, pour être ramassées et jetées. Les employé·es n’étaient pas autorisé·es à en avoir. Les œufs étaient un produit particulièrement frustrant : si un œuf dans un carton se fend, la douzaine entière est jetée. Cela m’a brisé le cœur de savoir que les gens de la communauté luttaient pour se nourrir alors que nous jetions tellement de produits comestibles chaque jour ».

Résultat d’une journée de fouille dans une Panera de Frederick, Maryland. Photo: Rob Greenfield

Lorsque j’ai commencé à fouiller les poubelles et que j’ai vu la quantité de nourriture qui était gaspillée, j’ai compris que les aliments ne sont pas jetés parce qu’ils sont avariés. Ils sont jetés parce que le concept de supermarché repose sur l’idée qu’il peut fournir tout ce dont vous avez besoin, tout le temps, sous un même toit. Cela signifie que les supermarchés doivent constamment être sur-approvisionnés afin de garantir la fraîcheur et la demande, ce qui crée une marge de gaspillage gigantesque. Ainsi, chaque semaine, d’énormes chargements de produits frais arrivent par camion, et tout ce qui n’a pas été vendu la semaine précédente est jeté pour faire place aux nouveaux produits.

Des articles tels que les fruits, les légumes, les œufs et le lait sont souvent jetés en raison de leur courte durée de conservation. Mais des produits sont également mis à la poubelle simplement parce qu’ils ne se vendent pas. Parfois parce qu’il s’agit de produits de niche, généralement parce qu’ils sont ridiculement hors de prix. Tout ce qui est paléo, sans gluten, végétalien ou biologique a de fortes chances d’être mis à la poubelle par les supermarchés commerciaux style “grand public”, qui ne s’adressent pas à cette clientèle particulière. 

Résultat d’une ou deux journées de fouille dans les supermarchés de San Diego, Californie. Photo: Rob Greenfield © Rob Greenfield

La qualité et la quantité des déchets sont choquantes, non seulement du point de vue de la justice alimentaire, mais aussi du point de vue commercial. Chaque produit alimentaire gaspillé représente le travail et le labeur de quelqu’un·e. Les agriculteurs et agricultrices se lèvent à l’aube et travaillent jusqu’au coucher du soleil pour cultiver et récolter ces produits, tout en subissant la pression constante des chaînes de supermarchés pour faire baisser leurs prix. Si les supermarchés insistent de manière si agressive sur la nécessité de maintenir des prix compétitifs, un meilleur moyen d’y parvenir serait peut-être de réexaminer leur chaîne interne d’approvisionnement et de demande, au lieu de compresser les profits de leurs fournisseurs et fournisseuses les plus important·es. Il ne faut pas s’attendre à ce que les agricultrices et agriculteurs portent seul·es le fardeau des produits abordables.

Les supermarchés fournissent un service essentiel précieux à des millions de personnes issues de tous les milieux économiques, sans parler des millions d’emplois qu’ils génèrent. Ils constituent une part importante de notre économie et de notre vie quotidienne. Mais les consommatrices et les consommateurs s’intéressent de plus en plus à l’éthique des entreprises qu’ils et elles soutiennent, et les supermarchés devraient faire attention à cette image s’ils souhaitent rester compétitifs sur le plan commercial. 

Il est temps de reconnaître que nous pouvons faire mieux.

C’est pourquoi les bénévoles de Greenpeace du groupe local de Toronto appellent les géants de la grande distribution canadienne à faire leur part et à s’engager à atteindre l’objectif de zéro déchet alimentaire. Soutenez-nous: ajoutez votre voix!