Cette année, pour Noël, ma fille a annoncé qu’elle voulait le même jouet en forme de licorne qu’elle avait vu chez une de ses amies et dont elle rêvait depuis. Je n’ai pas pu lui en vouloir puisque c’est un jouet quand même mémorable : il a une corne lumineuse magique, émet des bruits insolites et possède plusieurs séquences de mouvements qui sont activées par le toucher. 

Pour ce qui est d’une licorne, on ne peut pas faire plus réel. Mais la production et la consommation en masse de jouets pour enfants a également de réelles conséquences environnementales (et comme ils comportent des pièces mécaniques, ces jouets contribuent à la crise croissante des déchets électroniques).

J’ai donc fait ce que je fais chaque année pendant les fêtes de fin d’année: j’ai opté pour l’une des nombreuses plateformes qui rendent le marché de l’occasion si accessible à l’ère d’Internet. Une recherche rapide et quelques clics plus tard, j’avais trouvé exactement le même jouet qu’elle voulait au bout de ma rue et pour une fraction de son prix neuf. Il s’est avéré être dans un état impeccable et la famille qui avait aimé ce jouet auparavant avait même gardé la boîte. Mais le meilleur ? Les piles étaient incluses !

La recherche d’objets de seconde main est devenue une seconde nature pour moi depuis que j’ai commencé mon incursion vers une vie zéro déchet en 2014, quand avec un groupe d’ami·es nous avons lancé une bibliothèque d’objets, la Toronto Tool Library. Avant que l’économie du partage ne soit ubérisée et transformée en sa cousine moins agréable, l’économie à la tâche, nous avons entrepris de changer les attitudes en matière de consommation : est-ce vraiment une perceuse dont vous avez besoin ou serait-ce plutôt juste un trou dans le mur ?

Nous avons pris l’habitude d’associer l’expérience que nous voulons ou dont nous avons besoin à la possession d’une chose. Cet amalgame entre les choses et les expériences mène à l’inévitable : dans la plupart des maisons de votre ville vous trouverez une perceuse installée au sous-sol, et chacune de ces perceuses ne sera utilisée qu’environ 13 minutes en moyenne. Et ensuite, que leur arrive-t-il ?

Un rapport publié au Royaume-Uni estime que 80 % des produits que nous achetons, y compris les emballages en plastique, finissent en décharge, en incinération ou en recyclage de mauvaise qualité, souvent après une très courte durée de vie. La plupart des matériaux dont ces objets sont faits ne seront utilisés qu’une seule fois.

Ce niveau de gaspillage est toutefois loin d’être inévitable. Il est le résultat d’un défaut de conception du modèle économique linéaire « produire-consommer-jeter » appliqué à l’utilisation et la consommation des ressources. Les matériaux sont prélevés dans la nature, transformés en quelque chose dont nous pensons avoir besoin, puis jetés à la poubelle lorsque nous avons terminé. Certaines pièces seront peut-être démontées et incorporées dans de nouveaux objets, mais une grande partie de nos déchets terminera sur les rivages des pays en développement et dans l’environnement. Une fois que le plaisir procuré par l’objet s’est estompé, cela devient le problème de quelqu’un d’autre, n’est-ce pas ?

Mais c’est en fait le problème de tout le monde, car lorsque vous structurez une économie autour d’une croissance infinie via la consommation d’une quantité infiniment plus importante de choses sur une planète aux ressources limitées, vous allez inévitablement vous heurter au mur impitoyable des limites naturelles (qui c’est qui frappe à nos portes collectives ? Alloooo la perte de biodiversité, l’effondrement des écosystèmes et le changement climatique). Nous ne pouvons pas continuer à consommer au rythme actuel si nous voulons que notre planète soit plus juste, plus équitable et plus sûre à l’avenir.

Cela signifie-t-il que nous devons nous serrer la ceinture et nous en passer ? Peut-être un peu, mais probablement pas autant que nous pourrions l’imaginer.

Transformer une ligne droite en un cercle

Comme le précise le rapport « Building a Circular Economy », l’élimination de la quantité massive de déchets que génère notre consommation nécessite le passage à une infrastructure différente, d’une économie linéaire à ce que l’on appelle l’économie circulaire. Pour que cela fonctionne, il faudrait de nouveaux modèles opérationnels, des installations et une logistique entièrement nouvelles pour réduire la consommation grâce à des systèmes sophistiqués de réparation, de reconditionnement et de recyclage des produits.

Dans un tel système, les choses sont conçues pour durer le plus longtemps possible, avec la possibilité d’être facilement mises à niveau et réparées. À la fin de sa vie, un tel produit serait facile à démonter, et un maximum de ses matériaux pourraient servir pour créer autre chose.

Les bases de l’infrastructure qui permettra d’étendre l’économie circulaire sont déjà en train d’être construites.  Des cafés de réparation comme La Remise à Montréal apparaissent un peu partout dans le monde, où des « expert·es » bénévoles aident les gens à réparer leurs objets cassés. Les bibliothèques d’outils, d’objets et de vêtements permettent aux gens de se réunir et de partager des objets en tant que communauté. Des organisations comme Boomerang Bags enseignent aux gens à donner une nouvelle vie à des matériaux. Et des centres commerciaux de réparation/réutilisation comme Retuna Återbruksgalleria rassemblent tout cela dans le premier centre commercial d’occasion au monde.

Le prochain gouvernement doit lancer une révolution des ressources et changer le système, en commençant par l’infrastructure qui permet à une économie circulaire de prospérer.”

– Phil Purnell, professeur de matériaux et de structures

Nous ne transformerons pas du jour au lendemain notre économie linéaire de gestion des déchets en une boucle durable – mettre la réparation, la réutilisation et la recirculation au cœur de notre système économique nécessitera le soutien et l’intervention des pouvoirs publics pour que notre modèle de consommation soit véritablement circulaire. Mais il y a déjà une chose que nous pouvons tous et toutes faire dès maintenant pour changer la mentalité autour des objets: nous pouvons normaliser les cadeaux d’occasion.

Le marché d’occasion n’a jamais été aussi vivant

Grâce à Internet, le monde des biens d’occasion s’est transformé en un réseau pratique et facile à utiliser composé de barres de recherche et de localisation spécifique. Des plateformes en ligne comme Bunz Trading Zone et le Freecycle Network permettent de rechercher facilement des articles spécifiques. Les groupes de trocs sur Facebook offrent un lieu de rencontre numérique aux voisin·nes en les aidant à obtenir ce dont ils ont besoin sans dépenser d’argent. Les marchés en ligne comme Facebook Marketplace et Kijiji facilitent la recherche d’articles répertoriés près de chez vous. Et en cette année rythmée par la pandémie de COVID-19, les ramassages sous le porche et les dépôts socialement distancé rendent l’obtention de cadeaux assez sécuritaire.

Mais cela ne se limite pas à Internet.  Les magasins et les marchés gratuits offrent aux gens des espaces physiques pour échanger des articles gratuitement au sein de leur communauté (pensez aux petites bibliothèques gratuites mais pour toutes les choses !). Les échanges communautaires comme le Holiday Gift Swap de Toronto (normalement organisé chaque année) offrent la même expérience, mais en se concentrant spécifiquement sur les articles à offrir en cadeau.

Alors que les préjugés entourant l’offre de cadeaux d’occasion s’estompent et que la demande pour les objets d’occasion augmente, les plateformes populaires de seconde main réagissent en conséquence. Poshmark a lancé un marché des cadeaux, Kijiji mène des campagnes pour les fêtes et Bunz Trading Zone a introduit le hashtag #GiftIt sur son application. Cela normalise le fait d’offrir des objets d’occasion et prépare le terrain pour qu’une économie véritablement circulaire prenne racine.

En plaidant pour une action gouvernementale visant à développer l’économie circulaire, nous pouvons commencer à peser collectivement sur la consommation traditionnelle et à accroître la demande pour le monde merveilleux des objets d’occasion.

Et cela peut commencer par ce que vous mettez sous votre sapin de Noël cette année et les années à venir. Joyeux échange de cadeaux !

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