Luxembourg, le 16 février 2026 – À l’occasion du Jour du dépassement de la Terre 2026, qui tombe ce mardi 17 février au Luxembourg, Votum Klima dévoile une carte du monde inédite où les pays sont représentés selon leur empreinte écologique. Le résultat est saisissant : le Luxembourg y apparaît comme une puissance mondiale, deuxième “plus grand” pays de la planète derrière le Qatar. Face à ce constat, la plateforme appelle à un changement de cap politique pour sortir d’un modèle qui viole les limites planétaires et les droits humains.

© Esmeralda Wirtz

Le 17 février 2026, le Luxembourg épuisera l’ensemble des ressources naturelles à sa disposition pour l’année. Selon la méthodologie du Global Footprint Network, le reste de l’année se fera à crédit, un crédit payé par les écosystèmes, les générations futures et, trop souvent, par les populations les plus vulnérables ailleurs dans le monde.

Pour illustrer cette réalité, Votum Klima présente une cartographie mondiale développée par Esmeralda Wirtz d’Amnesty International Luxembourg. Cette représentation replace chaque pays selon son empreinte écologique par habitant. Le résultat est frappant : le Luxembourg, petit territoire de 2 586 km², y apparaît comme un géant rouge qui écrase visuellement l’Europe, occupant la 2e place mondiale. À l’inverse, des pays comme l’Inde ou une grande partie de l’Afrique subsaharienne apparaissent minuscules en vert, la couleur des pays qui consomment moins que les ressources renouvelables de la planète.

Si toute la population mondiale vivait comme les résident·es luxembourgeois·es, nous aurions besoin de 6,88 planètes pour supporter notre mode de vie, bien au-delà de la moyenne européenne déjà insoutenable de 3,14 planètes. Cette visualisation révèle l’ampleur démesurée et les injustices de notre consommation de ressources.

Cette empreinte record n’est pas une fatalité, mais le résultat de choix politiques et économiques délibérés. Une étude du Conseil Supérieur pour un Développement Durable (CSDD) publiée en 2023, en collaboration avec le LIST, a identifié les secteurs les plus impactants : tourisme à la pompe, alimentation, produits manufacturés, consommation des ménages, construction, industrie des services et fret aérien. Ce modèle favorise la surconsommation d’énergie et de matières premières, la dépendance aux énergies fossiles et un système financier déconnecté des limites planétaires, avec pour conséquences l’accaparement des ressources, les atteintes aux droits des communautés locales et l’aggravation des inégalités Nord-Sud.

Ce déficit écologique est possible parce que nous liquidons les stocks de ressources et accumulons du CO₂ dans l’atmosphère. Comme le dépassement ne peut durer indéfiniment, la question est de savoir s’il prendra fin par une action délibérée ou par une catastrophe (by design or by disaster). Continuer sur cette trajectoire revient à externaliser nos impacts environnementaux et sociaux vers d’autres pays, tout en fragilisant la cohésion sociale au Luxembourg même. La crise écologique est indissociable d’une crise des droits humains. La transition ne peut réussir que si elle est juste, solidaire et démocratique.

Votum Klima appelle le gouvernement et les acteur·rices économiques à changer de cap sans délai. Dans un récent discours à Harvard, le Premier ministre Luc Frieden vantait les mérites d’« économies européennes qui poursuivent la croissance tout en respectant les limites sociales et écologiques ». Pourtant, avec un Jour du dépassement au 17 février, le Luxembourg ne respecte aucune limite écologique. Au lieu de déclarer 2026 « l’année luxembourgeoise de la compétitivité », nos responsables politiques doivent engager une réduction structurelle de la consommation de ressources, accélérer la sortie des énergies fossiles, et réorienter la place financière vers des investissements compatibles avec les droits humains et le climat. Les politiques publiques doivent fixer un cadre clair, ambitieux et contraignant, fondé sur la justice sociale et environnementale.

Le Jour du dépassement ne doit pas être une simple date symbolique. Il doit devenir un électrochoc collectif. Réduire l’empreinte du Luxembourg, c’est assumer notre responsabilité globale et construire un avenir digne, ici et ailleurs.


Votum Klima est une plateforme regroupant 15 associations luxembourgeoises sans but lucratif qui militent pour plus d’action collective et politique contre la crise climatique.  Membres de Votum Klima : Amnesty, ASTM, CELL, Cercle de Coopération, Etika, Eurosolar Lëtzebuerg, Fairtrade Lëtzebuerg, Frères des Hommes, Greenpeace, natur&ëmwelt, Partage, ProVelo, SOS Faim, Vereenegung fir Biolandwirtschaft Lëtzebuerg a.s.b.l.