Greenpeace a-t-elle vu juste en déplaçant le bataille de l’opinion jusqu’aux confins de la Manche ? Apparemment, oui, si l’on se fie aux réactions des autorités des pays africains, qui, habituellement, n’ont cure des protestations de la Société civile, des défenseurs de la mer et autres lanceurs d’alerte. Les communautés de pêcheurs ouest-africains sont de plus en plus impactées par ce commerce inéquitable qui profite aux grands industriels de la farine et de l’huile de poisson. Au cœur du combat, la présence de plus en plus active de sociétés de fabrication d’huile et de farine de poisson pour les animaux de compagnie, l’élevage et l’aquaculture des pays d’Europe et d’Asie, laissant derrière elles, des populations autochtones qui ne voient même plus « la queue » du poisson.

Rainbow Warrior Intercepts Fish Oil Tanker Key Sund. © Kristian Buus / Greenpeace
The Rainbow Warrior and its inflatable boat intercept the fish oil tanker Key Sund in the English Channel/ La Manche. Banner reads: Protégez les oceans et les communautés côtières (Protect the oceans and coastal communities – in French) Greenpeace activists held banners while audio recordings by fishers and fish processors from West Africa who could not join the action due to the COVID-19 pandemic were played by the audio system on the inflatable. Greenpeace and West African activists are demanding that European and Asian importers stop sourcing fishmeal and fish oil from West Africa, and are calling on the region’s governments to phase out the use of fish fit for human consumption in the production of aquafeed and animal feed. © Kristian Buus / Greenpeace

A bord d’un canot, des activistes de Greenpeace (Rainbow Warriors)  sont allés à l’abordage d’un bateau transportant de l’huile de poisson provenant d’Afrique de l’Ouest. Aujourd’hui, elles sont plus de 50 usines à produire de l’huile et de la farine de poisson, au Sénégal, en Mauritanie et en Gambie. En ce qui concerne la Gambie, selon BBC Afrique, « une usine en Gambie absorbe à, elle seule, plus de 7 500 tonnes de poisson par an, principalement une espèce locale d’alose appelée bonga – un poisson argenté d’environ 25 cm de long ».

The Rainbow Warrior and its inflatable boat intercept the fish oil tanker Key Sund in the English Channel/ La Manche. Greenpeace activists held banners while audio recordings by fishers and fish processors from West Africa who could not join the action due to the COVID-19 pandemic were played by the audio system on the inflatable. Greenpeace and West African activists are demanding that European and Asian importers stop sourcing fishmeal and fish oil from West Africa, and are calling on the region’s governments to phase out the use of fish fit for human consumption in the production of aquafeed and animal feed.

« Protégez les océans et les communautés côtières », tel est le message lancé par ce groupe d’activistes de Greenpeace au bateau d’huile de poisson intercepté  et  à la communauté internationale. Les communautés côtières vivent de plus en plus difficilement la surexploitation des ressources de la mer, le pillage de leurs ressources et aujourd’hui, les plus jeunes de ces communautés sont devenus candidats à l’émigration clandestine, faute d’avenir.

The Rainbow Warrior and its inflatable boat intercept the fish oil tanker Key Sund in the English Channel/ La Manche. Kite banner reads: ‘Stolen fish stolen future’ Greenpeace activists held banners while audio recordings by fishers and fish processors from West Africa who could not join the action due to the COVID-19 pandemic were played by the audio system on the inflatable. Greenpeace and West African activists are demanding that European and Asian importers stop sourcing fishmeal and fish oil from West Africa, and are calling on the region’s governments to phase out the use of fish fit for human consumption in the production of aquafeed and animal feed.

La petite équipe de Greenpeace n’a pas hésité à interpeller, entre autres sociétés, le géant américain Cargill. A titre d’information, Cargill est une entreprise spécialisée dans la fourniture d’ingrédients alimentaires et dans le négoce de matières premières. Son chiffre d’affaires en 2014 était de 134,9 milliards de dollars américains ! N’est-elle pas suffisamment riche pour contribuer à paupériser davantage les communautés côtières d’Afrique ?

Rainbow Warrior Intercepts Fish Oil Tanker Key Sund. © Kristian Buus / Greenpeace
The Rainbow Warrior and its inflatable boat intercept the fish oil tanker Key Sund in the English Channel/ La Manche. Kite banner reads: ‘Stolen fish stolen future’ Greenpeace activists held banners while audio recordings by fishers and fish processors from West Africa who could not join the action due to the COVID-19 pandemic were played by the audio system on the inflatable. Greenpeace and West African activists are demanding that European and Asian importers stop sourcing fishmeal and fish oil from West Africa, and are calling on the region’s governments to phase out the use of fish fit for human consumption in the production of aquafeed and animal feed. © Kristian Buus / Greenpeace

« Poisson volé, avenir confisqué » peut-on lire sur cette banderole. Le fait est que selon le site « Hub rural », les sept pays membres de la Commission sous-régionale des pêches (Csrp) (Sénégal, Mauritanie, Guinée-Bissau, Guinée, Sierra-Léone, Gambie, Cap-Vert), du fait de l’absence de matériels performants de surveillance et de contrôle pour lutter contre la pêche illicite, non réglementée (Inn), se voient chaque année, délestés de près de 170 milliards de francs Cfa !

Fish Processors Protest in Mbour, Senegal. © Ibrahima Kebe Diallo / Greenpeace
Female fish processors denounce European aquafeed producers at Mballing processing site in Mbour, Senegal. They hold signs reading in French “Protecting the oceans is protecting our jobs” and “Stealing our fish is stealing our future”. © Ibrahima Kebe Diallo / Greenpeace

Autre lieu, même discours pour cette dame devant la mer. Au Sénégal, la pêche fait vivre environ 600 000 Sénégalais selon l’Institut d’études de sécurité (ISS) dans son rapport 2016. Mais ce secteur peine aujourd’hui à nourrir son homme, affecté qu’il est par toutes sortes de maux tels que la surpêche, la pêche illégale, les mauvaises pratiques de pêche, le changement climatique, entre autres.

Fish Processors Protest in Mbour, Senegal. © Ibrahima Kebe Diallo / Greenpeace
Female fish processors denounce European aquafeed producers at Mballing processing site in Mbour, Senegal. They hold signs reading in French “Protecting the oceans is protecting our jobs” and “Stealing our fish is stealing our future”. © Ibrahima Kebe Diallo / Greenpeace

Les géants de l’alimentation aquacole mondiale BioMar, Skretting, Cargill et le géant de la salmoniculture Mowi, ont, selon le site Intrafish, « approuvé la proposition du Conseil européen de passer à une production de poisson durable ». A quand pareil accord pour la  pêche dans les pays africains, fortement pillée avec la complicité desdites firmes mondiales ?

Female fish processors denounce European aquafeed producers at Mballing processing site in Mbour, Senegal. They hold signs reading in French “Protecting the oceans is protecting our jobs” and “Stealing our fish is stealing our future”.

Cheikh Bamba Ndao – Greenpeace Afrique

Être impliqué ×