Par  Stella Tchoukep, Greenpeace Afrique et Madame Marie Crescence NGOBO du RADD

Dans le sud du Cameroun, à Niété, un village du département de l’Océan, la vie a profondément changé. Abomo Mariette, habitante de la région et membre d’un collectif de jeunes (RAJORNY), raconte ce qui leur est arrivé, depuis que la forêt a disparu.

Avant : une forêt qui protégeait la vie

Autrefois, Nyété était entouré d’une forêt dense et ancienne. Les arbres étaient hauts, solides, et jouaient un rôle essentiel : ils retenaient l’eau, protégeaient des vents venus de la mer et maintenaient l’équilibre du climat local. Cette forêt, c’était aussi la source de nourriture et de revenus des habitants. On y cultivait, on y chassait, on y vivait tout simplement.

Aujourd’hui : une forêt remplacée par des plantations et des exploitations

Peu à peu, de grandes entreprises se sont installées autour du village. Aujourd’hui, Niété est encerclé par un quarteron d’industries extractives : HEVECAM et ses plantations d’hévéas, SOCAPALM et ses palmiers à huile, CAMVERT, et les exploitants de bois qui sillonnent la forêt avec leurs tronçonneuses et leurs grumiers. Des plantations industrielles d’hévéa et de palmier à huile, ainsi que des exploitations forestières, ont remplacé une grande partie de la forêt naturelle. Pour Mariette, le constat est clair : les arbres plantés par ces entreprises ne remplacent pas la forêt originelle. Ils sont plus petits, moins résistants, et ne remplissent pas les mêmes fonctions.

Les conséquences sont visibles et graves

  • Des inondations de plus en plus fréquentes
    Sans la forêt pour absorber l’eau, les pluies provoquent désormais des inondations. Des zones autrefois sèches sont constamment sous l’eau. Les champs sont détruits, et certaines parties de la forêt sont immergées.
  • Des vents plus violents
    La forêt servait de barrière naturelle contre les vents. Aujourd’hui, les tempêtes frappent directement le village. Des maisons ont été endommagées ou détruites, y compris celle du père de Mariette.
  • Des terres agricoles devenues inutilisables
    Entre les inondations et les impacts des activités industrielles, cultiver devient très difficile, voire impossible pour de nombreuses familles.
  • Des routes dégradées et un village isolé
    Les camions qui transportent le bois abîment les routes qui ne sont pas réparées. Résultat : le village est de plus en plus enclavé. 

Ce qui révolte le plus, c’est le mécanisme légal qui rend tout cela possible et presque irréversible. Selon Mariette, les entreprises arrivent avec des autorisations officielles signées par des autorités. Face à ces documents, les chefs de village ont peu de pouvoir. Et bien souvent les décisions sont prises à des niveaux élevés, souvent sans consultation des populations locales. « Quand les exploitants forestiers arrivent, ils ont déjà des autorisations signées au plus haut niveau. Dans ces conditions, que peut dire un chef de village ? Entre pression administrative et arrangements discrets, le silence s’impose;» s’indigne  Abomo Mariette

Ce que demandent les habitants

Mariette ne veut pas seulement dénoncer. Elle demande des changements concrets : « Ce que je voudrais, c’est que nous puissions faire entendre nos voix par les décideurs, ceux qui font et votent les lois au Cameroun. Nous ne voulons plus du changement climatique — nous demandons des réparations. » affirme Abomo Mariette

  • Que soit légalement reconnu, protégé et respecté le droit des communautés locales au consentement libre, informé et préalable  dans tout nouveau processus d’attribution de terres ou de forêts sur leurs terres coutumières;
  • Qu’une distance de sécurité soit respectée entre les activités industrielles et les villages et un espace vital délimité pour permettre aux communautés de continuer de mener leurs activités;
  • Que les entreprises réparent réellement les dégâts causés et paient pour les dommages subis par les communautés;
  • Que les habitants, en particulier les femmes, soient impliqués dans les décisions liées au climat.
  • Que les droits fonciers coutumiers des communautés sur leurs terres soient reconnus dans la loi foncière en chantier depuis 2011;

Ce qui se passe à Niété n’est pas un cas isolé. De nombreuses communautés vivent des situations similaires, sans être entendues. Pour Mariette, il est urgent que ces voix arrivent jusqu’aux décideurs politiques, au Cameroun comme à l’international. Documenter, témoigner, s’organiser : c’est ainsi que ces communautés peuvent faire valoir leurs droits et défendre leurs territoires.