Une délégation de chefs autochtones de Papouasie occidentale (Indonésie) se trouve actuellement en Europe et viendra bientôt en Belgique. Son périple vise à attirer l’attention de toute urgence sur la déforestation à grande échelle qui sévit là-bas et sur les violations flagrantes des droits humains qui y sont liées, et à demander des mesures pour y mettre fin. Nos collègues de Greenpeace Indonésie ont contribué à un documentaire sur cette problématique qui ne passe pas inaperçu : le film « Pesta Babi » suscite une vive indignation non seulement en Indonésie, mais aussi dans le monde entier. Le 19 septembre, il sera projeté et présenté à Bruxelles par des activistes de Papouasie occidentale.

Une diversité culturelle et biologique inestimable

Les forêts tropicales de l’île de Nouvelle-Guinée comptent parmi les dernières forêts relativement intactes du monde. La « Papouasie occidentale » désigne ici la partie occidentale de l’île, qui appartient officiellement à l’Indonésie, l’autre partie appartenant à l’État de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Les forêts et les marécages de cette immense région stockent des quantités colossales de carbone et recèlent une biodiversité exceptionnelle et des trésors culturels d’une fabuleuse diversité. En Nouvelle-Guinée, des centaines de langues différentes sont parlées par des peuples autochtones très divers qui dépendent encore fortement de leur environnement naturel pour subvenir à leurs besoins.

Les forêts tropicales et les peuples autochtones sont sous pression

La partie indonésienne de la Nouvelle-Guinée abrite environ 40 pour cent de la forêt tropicale qui subsiste sur l’archipel indonésien. Une grande partie de cette forêt tropicale a déjà disparu au cours des dernières décennies. De vastes zones ont fait l’objet de concessions attribuées par le gouvernement en vue de l’exploitation forestière commerciale et de la création d’immenses plantations de palmiers à huile. La plupart de ces projets ont été lancés sans consultation préalable ni accord de la population locale. Les communautés autochtones sont souvent chassées de manière très brutale de leur territoire au profit de l’agriculture industrielle.

Le plus grand projet de déforestation au monde

Ces dernières années, la situation s’est considérablement aggravée en Papouasie occidentale. Le gouvernement indonésien mène actuellement une série de projets de déforestation à grande échelle afin de créer 1,3 million d’hectares de rizières, de cultiver 560 000 hectares de canne à sucre (destinée à la production de bioéthanol) et 400 000 hectares de palmiers à huile (destinés au biodiesel), et de consacrer encore 380 000 hectares à l’élevage commercial. Au total, pour l’ensemble de ces nouveaux projets, ce ne sont pas moins de 2,5 à 3 millions d’hectares de forêts tropicales et de zones humides qui risquent d’être anéantis. La surface des terres menacées est donc presque équivalente à la superficie de la Belgique ! L’impact d’une déforestation d’une telle ampleur est considérable : elle risque d’entraîner des cycles de sécheresse et d’inondations, d’aggraver la perte de biodiversité et de réduire encore la quantité de carbone stockée. En outre, les communautés autochtones sont ainsi coupées de leur environnement naturel, qui revêt pour elles une importance capitale tant sur le plan culturel que pour leur accès à la nourriture.

An aerial view of forest clearance and sugarcane plantation development in PT. Global Papua Abadi (GPA) in Senayu village, Sermayam district, Merauke regency, South Papua province on September 18, 2025.
Déforestation pour la création de plantations de canne à sucre dans la province de Papouasie méridionale, en Indonésie. © Ulet Ifansasti / Greenpeace

La déforestation à grande échelle sous protection militaire

Le gouvernement indonésien considère ces projets en Papouasie occidentale comme des « projets nationaux stratégiques » destinés à garantir la sécurité alimentaire et l’approvisionnement énergétique du pays. Afin d’assurer la mise en œuvre des projets et d’étouffer autant que faire se peut les protestations, plus de 50 000 militaires et plus de 20 000 policiers sont actuellement déployés en Papouasie occidentale. Cette militarisation croissante entraîne une multiplication des conflits sociaux, car la population est contrainte de céder ses terres et son environnement naturel est détruit sous ses yeux. 

Un groupe de rapporteurs spéciaux des Nations unies a averti le gouvernement indonésien, l’an dernier, que ces projets entraînaient des violations des droits humains et que « plus de 50 000 personnes autochtones issues d’une quarantaine de villages différents, vivant à proximité et au sein même de la zone concernée par les projets, en subiront directement les conséquences négatives ».

Le film « Pesta Babi », une arme contre la colonisation et l’accaparement des terres

Jusqu’à récemment, la déforestation à grande échelle et les violations des droits humains causées par ces projets n’attiraient guère l’attention de la communauté internationale. Mais la situation a changé soudainement, ces derniers mois : le récent documentaire « Pesta Babi – Colonialism in our time » les a rendus visibles pour la communauté internationale. Le film présente une série de portraits poignants de personnes qui tentent courageusement de lutter contre la destruction de la forêt là où elles vivent.  

Ce documentaire est le fruit d’une collaboration entre les cinéastes Dandhy Laksono et Cypri Dale, très connus en Indonésie, et Greenpeace Indonésie, le Legal Aid Institute, Jubi TV, Watchdoc, Ekspedisi Indonesia Baru et Yayasan Bentala Pusaka. 

L’élite indonésienne semble beaucoup s’inquiéter des réactions que ce film pourrait susciter. En effet, il montre très concrètement que sont impliqués des personnalités politiques de premier plan, des hommes d’affaires et des membres de l’appareil militaire, qui ont tous des intérêts commerciaux dans les projets mis en cause. En Indonésie, de nombreuses projections du film ont été perturbées, et à cause des manœuvres d’intimidation de l’armée indonésienne, certaines projections ont même été annulées. Mais ces tentatives de censure se sont retournées contre les autorités, par effet boomerang. Le film « Pesta Babi » est désormais disponible gratuitement sur YouTube, sous-titré en anglais. À ce jour, 15 millions de personnes l’ont déjà vu.

Le soutien de Greenpeace aux populations autochtones de Papouasie occidentale

Greenpeace Indonésie aide les populations autochtones depuis la sortie du film, notamment par l’organisation de débats publics à l’échelle nationale sur les projets destructeurs, des campagnes de sensibilisation et un soutien juridique. Afin de protéger la nature et les communautés de Papouasie occidentale, Greenpeace exige que le gouvernement indonésien :

  • mette fin immédiatement à la destruction de la forêt tropicale dans le cadre de projets à grande échelle ;
  • reconnaisse officiellement les droits fonciers des peuples autochtones et ne lance plus aucun projet sans leur Consentement Libre, Informé et Préalable (CLIP) ;
  • retire l’armée des territoires des populations autochtones.
Indigenous Papuan people of Awyu gather during a ceremony of installing cross sign in Kowo village, Boven Digoel, South Papua.
La tribu des Awyu s’oppose à la déforestation à Boven Digoel, en Papouasie. L’installation de croix rouges sur le territoire autochtone est devenue le symbole de la résistance autochtone. © Jurnasyanto Sukarno / Greenpeace

Le titre du film « Pesta Babi » signifie « le festin du cochon ». Il a un double sens : il fait référence d’une part à la tradition des peuples papous consistant à abattre rituellement des cochons dans le cadre d’une cérémonie importante, et d’autre part à la riche élite indonésienne qui a transformé l’exploitation de la Papouasie occidentale en une véritable « porcherie ».

Le samedi 19 septembre, le film « Pesta Babi » sera projeté à la salle Ten Weyngaert à Forest, suivi d’une discussion (en anglais) animée par une délégation de cinq activistes de Papouasie occidentale. Pour y assister, il suffit de s’inscrire ici.

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