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Ce 11 mars, il y aura 9 ans qu’un tsunami a frappé la centrale nucléaire de Fukushima. L’électricité y a fait défaut, mettant à l’arrêt les pompes chargées de refroidir en permanence le combustible radioactif. Celui-ci a fondu dans trois réacteurs, émettant des nuages de radioactivité qui se sont principalement dirigés vers l’océan. Le 15 mars, les événements se sont corsés pour la population de la province de Fukushima. En effet, le vent s’est mis à souffler vers l’intérieur des terres et a redirigé le nuage radioactif vers l’ouest. La neige a rabattu la radioactivité vers le sol, qui s’est retrouvé gravement contaminé jusqu’à plus de 50 km de la centrale. Après l’accident, Jan Vande Putte, expert en énergie à Greenpeace, s’est rendu sur place pour enquêter. Voici son témoignage.

Fukushima, c’était il y a 9 ans...
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Ce 15 mars-là, j’ai pris un avion pour le Japon avec un collègue de l’équipe de radioprotection de Greenpeace. Notre destination n’était pas Tokyo, parce que trop proche de Fukushima, mais Osaka, à environ 600 km. Après cinq jours de préparation logistique, nous avons pu partir pour Fukushima afin de cartographier la contamination, accompagnés de deux collègues japonais. Il était urgent de mener une enquête indépendante, car il est vite apparu que le gouvernement japonais dissimulait des informations cruciales. Depuis lors, notre équipe a continué à surveiller l’évolution de la radioactivité au fil des ans. 

La désinformation à propos de Fukushima reste importante

Fukushima, c’était il y a 9 ans...

Au cours des neuf dernières années, nos recherches sur la radioactivité se sont avérées cruciales pour la population locale. Il est très pénible de constater que le gouvernement japonais tente de forcer les personnes évacuées à retourner rapidement dans des zones qui sont encore fortement contaminées. À l’approche des Jeux olympiques prévus cette année, le Japon veut donner l’impression que la situation est revenue à la « normale » et parfaitement sûre. Cette attitude lui a valu de vives critiques de la part des Nations Unies.

Heureusement, tout Fukushima n’est pas fortement contaminé. Une grande partie ne présente aujourd’hui plus de danger pour les habitants et l’agriculture. Nous avons donc également pu rendre de l’espoir aux agriculteurs. En effet, la désinformation gouvernementale a pour conséquence que de nombreuses personnes ne savent plus que croire et restent inquiètes même là où ce n’est pas nécessaire. Dans ce contexte, une voix indépendante qui apporte des certitudes vaut son pesant d’or, et c’est une chose dont Greenpeace peut être fière.

La politique énergétique désastreuse du Japon

Fukushima, c’était il y a 9 ans...

Dans le même temps, la politique énergétique du Japon est un désastre total. Sur les 54 centrales nucléaires d’avant la catastrophe, seules 7 ont été redémarrées, et encore, avec beaucoup de difficultés. Après la catastrophe, chaque réacteur a dû faire l’objet d’un examen qui a démontré que les tremblements de terre comportent des risques inacceptables qui étaient autrefois dissimulés. La plupart de ces réacteurs ne pourront jamais redémarrer. 

Néanmoins, le gouvernement pronucléaire continue de parier obstinément qu’il sera en mesure d’y parvenir, ce qui se traduit par des investissements insuffisants dans les énergies renouvelables. De plus, les entreprises énergétiques s’opposent au développement des énergies renouvelables pour assurer l’avenir de leurs centrales nucléaires. Pourtant, comme l’a démontré l’année dernière l’Agence internationale de l’énergie, le Japon dispose d’un immense potentiel d’éolien offshore. Mais le pays est désespérément en retard. Plus encore que chez nous, les grandes entreprises énergétiques y mènent la danse, ce qui se traduit par une augmentation de l’utilisation du gaz et du charbon, et donc par une hausse des émissions de CO2

Autrement, c’est possible ! 

En Europe, l'éolien offshore est une réussite

Heureusement, les choses peuvent être différentes. En Europe, par exemple, l’éolien offshore est une réussite, et la Belgique est un précurseur (numéro 5 dans le monde !). Au cours des trois dernières années, les coûts ont diminué, de sorte qu’il n’est plus nécessaire d’accorder des subventions. En Belgique, la capacité supplémentaire en éolien offshore prévue cette année est suffisante pour remplacer Doel 1. D’ici 2026, 2000 MW supplémentaires d’éolien offshore seront rajoutés, ce qui permettra de produire annuellement autant d’électricité qu’une centrale nucléaire comme Doel 4. Et… les entreprises japonaises sont très actives en Europe, surtout en mer du Nord ! Nous devons continuer à travailler dur en Belgique pour que l’éolien offshore continue à se développer rapidement. Non seulement pour nous, mais aussi pour donner l’exemple dans le monde entier. Les entreprises belges peuvent en bénéficier. C’est donc aussi bon pour notre économie. Et, bien sûr, l’énergie éolienne offshore contribue de manière cruciale à la nécessaire sortie du nucléaire.

La force de Greenpeace réside dans notre coopération internationale. Notre expertise belge en matière d’éoliennes offshore pourra servir au Japon. Dans le même temps, notre expérience sur le terrain à Fukushima démontre concrètement la complexité des conséquences d’une catastrophe nucléaire. Un accident similaire à Doel ou Tihange avec une densité de population 5 fois plus élevée, serait incalculable.

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