Une décision concernant ce qui pourrait devenir le plus grand site de production de plastique d’Europe, dans le port d’Anvers, est attendue dans les deux prochains mois, suite à l’audience de hier devant le Conseil flamand des litiges relatifs aux permis (Raad voor Vergunningsbetwistingen).
Pour la première fois depuis des années, le Conseil a examiné hier après-midi deux recours juridiques contre le « Project One » d’INEOS – portés par une coalition d’ONG, dont ClientEarth, Greenpeace Belgique et Bond Beter Leefmilieu (BBL).
Tatiana Lujan, avocate chez ClientEarth, a déclaré :
« Hier devant le tribunal, nous avons soutenu que le Project One ne devait pas voir le jour. Nous avons présenté des preuves démontrant que l’installation menace les communautés locales par ses impacts prévisibles sur la santé et qu’elle dégraderait davantage la nature environnante, déjà confrontée à des années de pollution industrielle – pour ne citer que quelques exemples. »
« Nous attendons avec impatience la décision du tribunal. Nous espérons en particulier qu’elle permettra de clarifier si l’ensemble des impacts d’un projet sur l’environnement et la santé publique doit être pris en compte dans les demandes de permis. »
« La géopolitique et la crise énergétique croissante d’aujourd’hui démontrent une fois de plus à quel point il est insensé de miser sur une usine de plastique polluante fonctionnant au gaz fossile importé », déclare Joeri Thijs, porte-parole chez Greenpeace Belgique. « Avec l’argent du contribuable flamand, le gouvernement flamand continue de faciliter les plans téméraires du patron d’INEOS, Jim Ratcliffe. Ce faisant, le gouvernement ne met pas seulement en péril le climat et notre cadre de vie, il freine également la transition vers une industrie d’avenir en Flandre. »
Kira Van den Ende, experte en politiques d’économie circulaire chez Bond Beter Leefmilieu, a déclaré :
« INEOS bénéficie d’un traitement de faveur sans précédent, ce qui est en totale contradiction avec les principes de bonne gouvernance. En plus des subventions et des garanties d’État, le gouvernement flamand a également infléchi sa politique d’octroi de permis de multiples façons pour faire du Project One une réalité. Tout cela pour un projet qui ne s’aligne en rien sur l’industrie chimique du futur. Ce futur se doit d’être sans énergies fossiles, circulaire et axé sur la valeur ajoutée. »
Contexte de l’affaire
Depuis 2020, INEOS a déposé demande de permis sur demande de permis pour construire son projet de développement de 4 milliards d’euros, Project One, qui utiliserait du gaz fossile issu de la fracturation hydraulique pour fabriquer les matières premières du plastique.
Malgré l’annulation de l’un des permis en 2023, INEOS a continué d’avancer avec de nouvelles demandes. Dans chaque dossier, les avocats soutiennent que l’entreprise a systématiquement omis d’aborder l’impact total du Project One sur la santé et l’environnement à Anvers et dans les environs.
Au-delà de cette affaire, la santé publique et notre climat croulent sous l’offre excédentaire de plastique. Près d’un quart des substances chimiques présentes dans le plastique ont été liées au diabète, à l’obésité, à certains types de cancer et à d’autres maladies — et la production de plastique devrait consommer 20 % du budget carbone mondial d’ici 2050.
Le jugement imminent fera suite à de récentes décisions de justice favorables en Europe, stipulant que les études d’incidence sur l’environnement (EIE) dans les demandes de permis doivent tenir compte de l’ensemble des émissions d’un projet — un élément qui, selon les plaignants, est manifestement absent des soumissions d’INEOS.
