OTTAWA – Alors que le Canada accuse un retard critique de 11 % sur ses objectifs de protection du territoire pour 2025, Greenpeace Canada publie aujourd’hui un nouveau rapport intitulé Une question d’appartenance : explorer les obstacles, les impacts et les voies d’accès à la nature au Canada, soulignant que la protection de la nature ne peut réussir sans une remise en question profonde du modèle colonial de gestion des terres et des eaux.
Malgré l’adoption du Cadre mondial de Kunming-Montréal en 2022, les progrès réalisés par le Canada demeurent insuffisants : seuls 13,8 % des terres et 15,5 % des océans sont actuellement protégés au pays, loin de l’objectif de 25 % qui devait être atteint à l’horizon 2025. Le rapport souligne que ce fossé n’est pas seulement écologique, mais aussi social. Pour atteindre ses cibles, le Canada doit prioriser la mise en œuvre de solutions fondées sur l’équité pour remédier au fait que, pour les personnes autochtones, noires, racisées, en situation de handicap et à faible revenu, la nature demeure trop souvent un lieu d’exclusion plutôt qu’un espace de guérison et de reconnexion.
Fruit d’une collaboration avec des expertes issues du milieu de la justice pour les personnes en situation de handicap et d’organisations noires et autochtones – Carolynne Crawley, Demiesha Dennis, Judith Kasiama et Karen Lai – le rapport de Greenpeace Canada soutient que le Canada manque à ses devoirs envers la nature, mais également aux personnes qui, à travers le pays, sont exclues des relations réciproques avec le monde naturel.
Le rapport révèle comment le modèle colonial actuel de conservation du Canada nuit à la fois à la nature et aux communautés historiquement marginalisées. En soulignant l’importance de mettre à profit les enseignements écologiques tirés des traditions autochtones et des communautés diasporiques, Greenpeace Canada examine les approches axées sur l’appartenance, montrant comment le Canada peut passer d’une mentalité coloniale extractive à des approches relationnelles et holistiques en matière de politique et de gestion de la nature.
« Le Canada rate ses cibles car il s’accroche à un modèle qui traite la nature comme une marchandise et exclut les communautés en quête d’équité, soutient Salomé Sané, chargée de campagne Nature et Biodiversité chez Greenpeace Canada. Trop longtemps, la conservation au Canada a été un projet colonial d’exclusion fondé sur l’expulsion des peuples autochtones de leurs territoires et de leurs eaux. Cette approche fondée sur l’accaparement des terres a engendré un accès à la nature inégalitaire basé sur des critères sociaux tels que le statut économique, l’origine ou la capacité physique. Pour protéger réellement le monde naturel, nous devons remplacer le modèle des “parcs” par une gouvernance autochtone du territoire, inscrire l’appartenance dans la législation en réintroduisant le projet de loi C-73, Loi sur la responsabilité à l’égard de la nature, promouvoir les solutions communautaires et combler les lacunes statistiques qui occultent les inégalités liées à la nature. »
Demiesha Dennis, consultante indépendante en matière de justice environnementale, d’équité et d’accès, ajoute : « Cette recherche souligne la nécessité de démanteler les pratiques institutionnelles anti-noires et anti-autochtones et de mettre au premier plan les voix et les connaissances de communautés longtemps reléguées aux marges. Elle soulève des questions cruciales et invite les décisionnaires à écouter et à apprendre de ces personnes afin de bâtir un avenir environnemental juste et équitable. »
Le rapport démontre comment les barrières physiques, économiques et raciales s’érigent en obstacles systémiques à l’accès à la nature pour les peuples autochtones, les communautés racisées, les personnes en situation de handicap et les individus à faible revenu. Karen Lai, consultante en accessibilité, précise : « Notre système actuel a été bâti sur l’exclusion. Il ne tient pas compte de nos identités, de nos façons de bouger ou des obstacles que plusieurs doivent franchir pour accéder à la nature. Ce rapport propose enfin des pistes pour éliminer ces barrières par le biais d’une action collaborative. »
Après avoir étudié les impacts sur la santé, la culture et le climat, le rapport Une question d’appartenance préconise les solutions suivantes pour transformer la protection de l’environnement et faire en sorte que l’accès à la nature soit reconnu comme essentiel à la justice et au bien-être :
- Le retour des territoires autochtones et de la gouvernance autochtone : placer la souveraineté autochtone au cœur de la protection de la biodiversité;
- L’adoption du projet de loi C-73, Loi sur la responsabilité à l’égard de la nature : faire de l’appartenance à la nature une réalité pour toutes et tous;
- La mise à l’échelle de solutions élaborées conjointement et dirigées par les communautés : financer et soutenir la mise en œuvre d’initiatives portées par les communautés marginalisées;
- Des mesures visant à combler les lacunes en matière de données qui entravent l’appartenance à la nature : identifier précisément qui est exclu des politiques actuelles pour corriger les iniquités.
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Notes aux éditeur·rices :
Le résumé du rapport est disponible ici;
Le rapport, Une question d’appartenance, de Greenpeace Canada, est disponible ici.
Pour plus d’informations, veuillez contacter :
Sarah Micho, conseillère aux communications, Greenpeace Canada
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