Les entreprises de produits de grande consommation prendraient-elles enfin conscience de leur responsabilité dans la crise de pollution plastique?

À en juger par la couverture médiatique récente, il semblerait que oui. Il ne se passe pas une semaine sans qu’une compagnie annonce sa transition vers un nouveau type d’emballage plus écologique que le précédent : « emballage 100% recyclable », «nouvelle paille en papier», et le fameux «plastique compostable». Même Nestlé Japon s’y est mise avec son nouvel emballage Kit-Kat en papier origami. Mais que signifient réellement ces efforts et sont-ils la solution à la crise de pollution plastique? Mmmm…, c’est compliqué.

Plastic Waste Dump in Dumaguete, Philippines. © Greenpeace

Dépotoir à l’air libre à Dumaguete, aux Philippines. © Greenpeace

Commençons par un bref aperçu de la situation. Notre société de consommation fonctionne dans un système axé sur le tout-jetable. Depuis les années 50, nous avons vu progressivement disparaître la vente en vrac et la consigne des contenants au profit de produits pré-emballés et vendus en portions individuelles.

Pour faciliter la vie des consommateurs, les articles et produits sont conçus pour être utilisés ou consommés sur une très courte période de temps – parfois quelques minutes – avant d’être jetés. Et c’est au nom de cette commodité que nous sommes en train de transformer notre planète en dépotoir. D’ici 2050, on estime que la quantité de plastique dans les milieux naturels atteindra les 12 milliards de tonnes!

Or pour changer la donne, les compagnies ne proposent pas de mettre un frein à leur production d’emballages et à cet incroyable gaspillage de ressources. Elles sont plutôt en train de se tourner vers de nouveaux types d’emballages jetables. Explications :

1. « Le papier, c’est 100% naturel. »

À première vue, cela peut sembler être une bonne solution et un changement relativement facile à effectuer pour les entreprises. Cependant, une transition massive vers les emballages papier engendrera une pression accrue sur les forêts au niveau mondial, et l’impact pourrait être considérable. Davantage d’emballages papier signifie davantage de déboisement. Or, compte tenu du rôle majeur joué par les forêts dans le stockage du carbone, le maintien de la biodiversité et les modes de vie traditionnels autochtones, et considérant également les pressions déjà exercées sur les écosystèmes forestiers, il est clair que les forêts ont une autre utilité que celle de servir de matière première aux emballages jetables.

Illegal Deforestation in North Argentina. © Martin Katz / Greenpeace

Déforestation en Argentine. © Martin Katz / Greenpeace

2. « Le bioplastique, c’est fantastique. »

En fait non, pas vraiment. C’est la nouvelle tendance chez les industriels, et une « solution » qui risque de semer la confusion tant chez les consommateurs et consommatrices qu’au sein des municipalités en charge de la gestion des déchets. En effet, puisqu’il n’existe aucune définition uniformisée du terme « bioplastique », celui-ci peut désigner à la fois les plastiques bio-sourcés (d’origine végétale), les plastiques biodégradables ou compostables, et peuvent inclure des plastiques issus des combustibles fossiles.

La première question qui se pose concerne l’origine des matières premières : la majorité des plastiques d’origine végétale provient de cultures agricoles qui concurrencent les cultures vivrières. Une augmentation de la demande en bioplastique menacerait la sécurité alimentaire en changeant le mode d’utilisation des sols et pourraient aussi avoir un impact sur le climat à travers l’augmentation de la déforestation et des émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole.

Palm Oil Concession in Kubu Raya, West Kalimantan. © Afriadi Hikmal / Greenpeace

Exemple de culture engendrant un changement d’utilisation des sols avec cette concession de palmier à huile, dans le Kalimantan Occidental, Indonésie. © Afriadi Hikmal / Greenpeace

Deuxièmement, comment doit-on s’en débarrasser? Ni dans votre bac de récupération (ils ne sont pas recyclables) ni dans la nature. Contrairement à la croyance populaire, les plastiques biodégradables ne se dégradent que dans des conditions spécifiques de température et d’humidité très élevées qui sont rarement, voire jamais, atteintes dans l’environnement naturel. Les plastiques biodégradables peuvent se fragmenter en petits morceaux (tout comme le plastique ordinaire) qui risquent d’être ingérés par les animaux et d’entrer dans la chaîne alimentaire.

Le plastique compostable, en revanche, se décompose complètement, mais lui aussi sous des conditions spécifiques qui sont remplies soit dans les installations de compostage industriel, soit, moins souvent, dans les systèmes de compostage domestique. La plupart des municipalités au Canada ou ailleurs n’ont pas à l’heure actuelle l’équipement nécessaire pour traiter ces nouvelles matières et ces plastiques sont donc plus susceptibles d’être enfouis ou incinérés. Vu sous cet angle,  ils ne diffèrent pas vraiment du plastique conventionnel.

3. « Fait à 100% de plastique recyclable. » 

Dans un système qui n’a jusqu’ici recyclé que 9% du plastique produit mondialement depuis les années 50, promouvoir un emballage comme étant 100% recyclable pourrait faire sourire, si la situation n’était pas si catastrophique pour l’environnement. Avec un tel volume de déchets plastiques produits quotidiennement, il est évident que le recyclage a atteint ses limites.

Les filières de recyclage sont débordées et les déchets plastiques sont donc beaucoup plus susceptibles de se retrouver dans les sites d’enfouissement, les usines d’incinération ou dans l’environnement comme c’est le cas pour 91% des déchets plastiques au Canada. Une grande partie est aussi exportée à l’étranger, comme en Asie, où il est difficile de savoir ce qu’il advient des matières plastiques. De plus, les déchets plastiques ne sont pas vraiment « recyclés » comme on peut le penser.  La plupart sont plutôt « décyclés », c’est-à-dire transformés en matière de moindre valeur ou de moindre qualité ne pouvant plus être recyclée par la suite. En somme, « recyclable » ne signifie pas nécessairement que l’emballage sera « recyclé ».

Froilan Grate in Navotas, Manila. © Greenpeace

Le Directeur général de la Global Anti Incineration Alliance (GAIA), Froilan Grate, se tient devant un rivage jonché de déchets le long de la baie de Manille à Navotas City, aux Philippines. © Greenpeace

Que font les entreprises?

Pour tenter de masquer les véritables impacts de leurs emballages jetables, des entreprises telles que Nestlé, Coca-Cola, Unilever ou PepsiCo ont sorti l’artillerie lourde. Derrière des termes de marketing confus, des essais pas toujours concluants, des nouvelles techniques de recyclages polluantes et des alliances industrielles pas très nettes, elles espèrent que les consommateurs continueront de croire que le plastique peut être amélioré. Malheureusement, ces stratégies n’abordent pas le fond du problème et le modèle reste le même : utiliser et jeter, en grandes quantités et à l’échelle mondiale. Cette industrie continue ainsi de nourrir la crise de pollution que ni elle, ni les pouvoirs publics ne sont en mesure de gérer.

Quelle est donc la solution ?

Alors que l’industrie fossile prévoit augmenter sa production de plastique de 40 % au cours de la prochaine décennie, il est essentiel que nous appelions les grands fabricants à réduire leur dépendance au plastique et à s’orienter vers des modèles de distribution moins générateurs de déchets. De plus en plus de gens se tournent spontanément vers des solutions que l’industrie a jusqu’à maintenant ignorées, soit l’élimination des contenants de plastique jetables et leur remplacement par des contenants réutilisables et rechargeables. Et c’est sans aucun doute la seule issue possible.

Nous ne verrons de réels changements à l’échelle mondiale que lorsque les grandes entreprises telles que Nestlé, PepsiCo, Unilever et Coca-Cola, ainsi que les chaînes de supermarchés canadiennes, feront l’effort de repenser leur modèle et donneront la priorité à des systèmes qui privilégient la réutilisation. Avec les moyens considérables dont ces grandes entreprises et multinationales disposent, il est grand temps qu’elles investissent dans l’innovation et se dotent d’objectifs de réduction clairs et de plans pour les atteindre.

Loose Carrots on Display. © Isabelle Rose Povey / Greenpeace

L’initiative « Unpacked » de la chaîne de supermarchés britannique Waitrose offre une gamme de produits non emballés, ainsi que des zones dotées de distributeurs de produits et d’aliments permettant à la clientèle de recharger ses propres contenants. © Isabelle Rose Povey / Greenpeace

Ce que vous pouvez faire

Ces entreprises ont besoin de sentir que la pression monte et que les consommateurs et consommatrices ne sont plus dupes et réclament des changements. Aujourd’hui, nous avons publié un rapport et une vidéo dénonçant les fausses solutions mises de l’avant par l’industrie, soi-disant pour enrayer la pollution plastique. Voici comment vous pouvez joindre vos efforts pour renforcer ce mouvement :

  • Identifiez les compagnies qui doivent selon vous faire leur part pour freiner la pollution plastique : @Nestle @TimHortons @CocaCola @PepsiCo, @McDonalds…. en accompagnant votre message des hashtags #PenserRéutilisable et #BreakFreeFromPlastic.

Partagez largement pour que le mouvement mondial grandisse encore davantage!