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Y a-t-il un lien entre la pandémie de la Covid-19 et le dérèglement climatique ?

C’est avant tout l’hypermobilité humaine dans un contexte de mondialisation qui a favorisé la propagation de la pandémie du coronavirus. En effet, si les humains se déplaçaient moins et moins loin, la contagion aurait été plus limitée. C’est d’ailleurs l’objectif du confinement.

Aucune preuve scientifique ne permet de croire que les changements climatiques ont causé l’éclosion ou la transmission de la COVID-19. D’ailleurs, le coronavirus s’est maintenant manifesté des Caraïbes à la Russie. La chaleur ne suffit donc pas à tuer le virus. C’est un mythe que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déboulonné.

Les changements climatiques aggraveront-ils les effets de la COVID-19?

Nous savons que les changements climatiques n’ont pas causé l’émergence de la COVID-19, mais ils peuvent indirectement aggraver les effets de futures pandémies : « les changements climatiques sapent les conditions environnementales dont nous avons besoin pour être en bonne santé – accès à l’eau, à l’air pur, à la nourriture et à un abri – et exercent une pression supplémentaire sur les systèmes de santé », affirme Arthur Wyns, conseiller en matière de changement climatique auprès de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Cependant, d’autres maladies infectieuses qui sont transmises par l’eau, par la nourriture ou par des vecteurs tels que les moustiques et les tiques, sont très sensibles aux conditions météorologiques et climatiques*.

À l’inverse, la destruction de l’environnement par l’Humain contribue-t-elle à la dissémination du coronavirus ?

C’est avant tout l’hypermobilité humaine qui a favorisé la pandémie du coronavirus. En effet, si les humains se déplaçaient moins, et moins loin, la contagion aurait été plus limitée. C’est d’ailleurs l’objectif du confinement. Il y a aussi la réalité de la déforestation, de l’urbanisation, du minage et de la croissance illimitée qui détruisent tous les habitats desquels nous dépendons

Les émissions de CO2 ont-elles vraiment baissé depuis le début de la crise de la Covid-19 ? Et la pollution de l’air ne s’est-elle pas améliorée ?

Oui, les émissions de CO2, responsables du changement climatique, ont nettement baissé dans les pays touchés en premiers par le coronavirus. Ces baisses spectaculaires sont directement liées à la réduction drastique des activités industrielles fortement dépendantes du charbon et du pétrole, de même qu’à la diminution des déplacements et du trafic aérien mondial (un secteur fortement émetteur de gaz à effet de serre). Mécaniquement, cela a entraîné une baisse des émissions de CO2. 

La pandémie du coronavirus est donc bénéfique pour le climat ?

Non. Aucunement. D’abord, ces baisses ponctuelles arrivent après une longue période de hausse continue : les cinq dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées. Cette pollution de l’air coûte d’ailleurs la vie à des milliers de personnes annuellement. Ces baisses drastiques sont temporaires. On parle d’ailleurs de “baisses ponctuelles” parce que lorsque la machine de l’économie globale reprendra, le besoin de rattrapage et de sortie de cette crise pourraient nuire à l’atteinte des objectifs climatiques de l’Accord de Paris. Mettre sur la glace ces objectifs et retarder les plans pour les atteindre représenterait une réelle menace à la lutte contre les changements climatiques. D’ailleurs, si les gaz à effet de serre ont baissé dans certains secteurs, celles du milieu résidentiel elles sont à la hausse en raison de l’isolement que requiert la gestion de crise de la Covid-19. Bref, il serait erroné de penser que le coronavirus est bon pour l’environnement. 

Que faut-il espérer alors ? Il faut agir plus qu’espérer. Sans écarter la compassion, le courage et la solidarité dont nous avons grandement besoin en ce moment, il faut aussi faire preuve de vigilance et agir.  Alors que des premiers plans de relance se dessinent déjà, les industries les plus polluantes, à l’instar des secteurs pétro-gaziers et aériens, s’activent déjà pour bénéficier des efforts de relance, au détriment des normes environnementales et sociales, sous prétexte de redémarrage économique.  La crise actuelle est très difficile pour bon nombre d’entre nous et, tout comme les changements climatiques, elle affecte de façon disproportionnée les personnes les plus vulnérables et marginalisées de nos sociétés. Tout le monde attendra donc avec impatience les plans de relance, mais il nous faut rester lucides.  Ne laissons pas le gouvernement renflouer les compagnies pétrolières au détriment des travailleurs·es et de l’environnement. Misons cette fois-ci sur une aide aux travailleurs·es de cette industrie et tou·tes les Canadien·ne en mettant sur pied un programme de relance à faible émission de carbone, un “New Deal Vert”.

Pourquoi est-ce nécessaire d’avoir des politiques de relance vertes ?

Le Lancet et l’Organisation mondiale de la santé soulignent que les changements climatiques auront probablement des conséquences majeures sur la transmission des maladies infectieuses. Tout comme la Covid-19, les changements climatiques sont un multiplicateur d’inégalités qui touche de manière disproportionnée les personnes les plus vulnérables et les plus marginalisées de nos sociétés. En ces temps de crise, il est essentiel que les fonds publics soient affectés au renforcement des systèmes sociaux et écologiques dont nous dépendons. Penser à l’avenir pour prévenir la prochaine crise de santé publique signifie agir maintenant pour remédier aux injustices existantes et aux crises du climat et de la biodiversité.

Que puis-je faire ?

Fais entendre ta voix pour influencer le type de plans de relance que nous voulons voir se réaliser. Il nous faut sortir du capitalisme fossile et préparer notre prochain système économique en nous inspirant du New Deal Vert. L’annonce du plan de relance est imminente et il est crucial d’envoyer maintenant un message clair à Justin Trudeau. Restons vigilant·es et opposons-nous au renflouement massif de l’industrie des combustibles fossiles. 

Dis à Justin Trudeau d’aider financièrement les travailleuses et les travailleurs, et non une industrie polluante en déclin.

Nous devons veiller à ne pas nous laver les mains des crises et des injustices en cours qui menacent déjà la vie, la santé, le bien-être et les moyens de subsistance des gens, comme la crise actuelle, la crise du climat et la crise de la biodiversité.

*Note :

On nous a demandé s’il y avait un lien entre le changement climatique et la COVID-19 ce virus pouvait ou allait être transmis par les moustiques comme certaines autres maladies infectieuses au fur et à mesure de son évolution. Pour éviter toute confusion, nous avons modifié notre réponse initiale et cette note vise à mieux expliquer les corrélations.

Selon les experts, la transmission du virus COVID-19 se fait d’une personne à l’autre, il n’y a eu aucune information ni preuve suggérant que le coronavirus serait transmissible par les moustiques.

En revanche, d’autres maladies peuvent être transmises par des vecteurs comme les insectes. Les chercheurs ont expliqué comment la propagation de certaines maladies infectieuses est directement influencée par le changement climatique et les insectes. Pour être clair cependant, chaque maladie infectieuse est un cas à part et a une relation distincte avec les changements climatiques.

Les changements climatiques influencent les saisons et leur intensité, rendant les hivers plus doux et les étés plus chauds. Les moustiques peuvent donc élargir leur territoire et propager les maladies infectieuses de façon plus extensive. Le Lancet Countdown (une collaboration scientifique regroupant 35 institutions) a constaté que le dérèglement climatique rendait le climate plus adéquat pour une plus large transmission de maladies comme la dengue, le paludisme et le choléra.