Le gouvernement Trudeau a annoncé sa volonté d’interdire certains plastiques à usage unique en 2021. La liste est longue et se doit d’être exhaustive si…

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Faut-il croire l’industrie du plastique et ses lobbyistes quand ceux-ci nous vantent la prétendue sécurité du plastique jetable pour se protéger de la Covid-19?

La réponse courte: pas si on se fie à la science.

Plus de 125 scientifiques, universitaires et médecins de 18 pays ont signé ce lundi une déclaration visant à rassurer les commerçant·es, détaillant·es, consommateurs et consommatrices sur le fait que l’usage du réutilisable peut se faire en toute sécurité en respectant les mesures d’hygiène de base. Les expert·es notent que les nettoyants ménagers réguliers ont prouvé leur efficacité pour désinfecter aussi bien les surfaces, que les contenants et sacs réutilisables.

Voici ce que vous devez savoir sur les emballages plastiques en ce qui concerne le COVID-19 :

Le plastique jetable : pas plus sécuritaire que le réutilisable

Il existe de nombreuses raisons pour lesquelles le plastique est le matériau de choix pour les équipements de protection individuelle (EPI) utilisés par les travailleurs et travailleuses essentielles pour limiter les risques de contamination. Mais il y a une grande différence entre les EPI et les emballages jetables de produits alimentaires qu’on trouve dans les commerces et supermarchés. 

À moins qu’on ne parle de matériel médical, le plastique à usage unique n’a rien d’intrinsèquement hygiénique. Les bactéries et les virus pathogènes peuvent s’y cacher aussi bien qu’ailleurs, soit en s’installant sous la pellicule de plastique de l’emballage ou sur l’emballage lui-même.

Une étude du New England Medical Journal indique d’ailleurs que le virus responsable de la COVID-19 peut rester viable durant deux à trois jours sur la matière plastique, 24 heures sur du carton.

En fin de compte, que vous achetiez vos fruits et légumes ou d’autres aliments en vrac ou emballés dans du plastique, le meilleur conseil est de toujours bien laver vos produits avant de les consommer.

Il est très peu probable que vous attrapiez le COVID-19 à travers des aliments ou des emballages

Les preuves de contamination documentées à ce jour montrent que le virus de la Covid-19 se propage essentiellement par l’inhalation de gouttelettes respiratoires comme l’indique, entre autres, le Centre de contrôle et de prévention des maladies aux États-Unis. Il est donc très peu probable d’être contaminé·e par contact avec des surfaces si des mesures d’hygiène de base sont employées.

Les épiceries et les supermarchés sont soumis au respect de règles d’hygiène strictes lors de la manipulation des aliments. Il suffit donc de laver vos aliments à l’eau courante et/ou de bien les cuire pour éviter les risques. 

Du côté des cafés, les expert·es de la santé s’accordent à dire que le point essentiel pour prévenir les risques de contamination tient avant tout dans les mesures d’hygiène mises en place. Le nettoyage des tasses réutilisables à l’eau chaude savonneuse ou au lave-vaisselle suffit à détruire toute trace du virus. Il est aussi possible de mettre en place un système de café sans contact, comme on le fait pour les paiements.

Il en va de même pour les sacs d’épicerie en tissu. Un nettoyage en machine à l’eau chaude permet d’éliminer les virus et les bactéries pathogènes, et il est bien sûr possible d’emballer son épicerie soi-même dans son propre sac. 

Un retour du réutilisable est-il envisageable? 

Durant la pandémie, plusieurs projets d’interdiction des plastiques à usage unique ont été mis sur pause au Canada et ailleurs dans le monde. On a aussi pu constater l’augmentation des interdictions visant les produits réutilisables dans les commerces, cafés et restaurants.

Or si on se fie aux meilleures données scientifiques disponibles et aux déclarations des expert·es de la santé, l’usage du réutilisable peut se faire en toute sécurité durant la Covid-19 en appliquant des mesures d’hygiène adéquates. 

Pourtant, chez certaines grandes chaînes bien connues, ces interdictions ne semblent pas sur le point d’être levées. Chez nos voisins, plusieurs États des États-Unis ont été jusqu’à interdire les sacs réutilisables en réponse à la pandémie. Alors d’où vient la désinformation concernant l’usage du réutilisable?

Les compagnies pétrolières et l’industrie du plastique à l’offensive

Depuis le début de la crise de la Covid-19, on a pu voir le secteur industriel de la pétrochimie à l’œuvre pour tenter de rendre le plastique à usage unique à nouveau acceptable, notamment en diabolisant l’usage du réutilisable pour faire tourner la crise sanitaire à son avantage.

Rien d’étonnant quand on sait que certaines des plus grandes compagnies pétrolières du monde – Shell, BP, Saudi Aramco et Exxon –  investissent des milliards de dollars dans la pétrochimie et l’industrie du plastique pour assurer leur avenir, anticipant la baisse de la demande en combustible fossile.

Ainsi dans les dernières semaines, pendant que nous restions confiné·es chez nous, les compagnies pétrolières, pétrochimiques et plastiques (et leurs associations) ont fait état de plus de 400 réunions avec des représentant·es du gouvernement fédéral, soit une moyenne d’environ 5 réunions par jour depuis le début de la pandémie.

Aux États-Unis, la mise sur pause de nombreuses interdictions portant sur le plastique à usage unique a fait suite à une importante campagne de relations publiques initiée par l’industrie du plastique, campagne basée sur d’anciennes recherches elles-mêmes financées par l’industrie pour affirmer que les produits réutilisables sont plus dangereux que les produits jetables pendant la Covid-19.

En Europe, le lobby du plastique a même été jusqu’à demander à la Commission européenne de lever l’interdiction (déjà votée) visant certains articles en plastique jetable pour des raisons de « sécurité publique ».

Pendant ce temps, la crise de pollution plastique n’a pas disparue

Ces allégations ont certes porté un coup à la lutte contre la pollution plastique, mais on peut espérer que ce ne soit que passager. Les répercussions de la production de plastique jetable sur l’environnement, les espèces sauvages et le climat sont toujours bien présentes dans les esprits. Un sondage paru ce lundi indiquait à cet effet que 86% des Canadien·nes étaient toujours en faveur de l’interdiction des plastiques à usage unique.

De l’extraction des matières premières à l’élimination des déchets, nous savons que le plastique pollue à toutes les étapes de son cycle de vie. Nous savons aussi que ce sont le plus souvent les communautés à faibles revenus — notamment dans les pays où nous exportons nos déchets plastiques — qui paient le prix fort de cette dépendance au plastique jetable dans laquelle nous maintiennent l’industrie pétrochimique, les pétrolières et les grands fabricants.

À l’heure de la reprise, il est important que les entreprises et les gouvernements sachent que l’usage du réutilisable peut être déployé en toute sécurité pour protéger à la fois le public ainsi que les travailleurs et travailleuses. Fonder nos décisions sur les meilleures données scientifiques disponibles plutôt que sur les mauvais conseils de l’industrie du plastique est ce qui fera une réelle différence pour l’environnement et les communautés partout sur la planète.