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Se faire passer un sapin est une vieille expression, utilisée dès le milieu du XXe siècle, qui, métaphoriquement, signifie escroquer quelqu’un. En fait, elle tire ses origines du sapin baumier qui a très peu de valeur marchande le plus communément utilisé pour faire le sapin de Noël au lieu de l’épinette, plus feuillue et coûteuse. 

L’IMPORTANCE DE LA BIODIVERSITÉ

Seuls la Colombie-Britannique et le Québec ont dit avoir atteint leur cible de 17% d’aires protégées pour 2020. À minuit moins une, on a vu le gouvernement du Québec se hâter pour atteindre cette cible, pour ensuite se féliciter. Il s’agit d’un beau titre pour la presse, certes, mais au-delà du chiffre, a-t-il réellement atteint l’objectif? 

L’objectif primaire des aires protégées est de redonner un souffle à la biodiversité, elle qui est au cœur de notre survie.  La biodiversité c’est autant les plantes, les animaux, les forêts, que la diversité génétique qui existe en nous. Toutefois, en moins de 50 ans, on a vu 68% des animaux (vertébrés) disparaître de la planète à tout jamais. L’empreinte de nos activités extractives joue un rôle majeur dans cette statistique. L’effondrement des stocks de morue sur la côte Est du Canada, dans les années 90, est un rappel des conséquences de la surexploitation de la nature. Son impact sur la sécurité alimentaire et l’économie régionale est d’ailleurs toujours ressenti aujourd’hui.

La science nous dit qu’il faut protéger, au minimum, 30% des écosystèmes au Québec. Il faut une répartition généreuse pour adresser l’enjeu, mais aussi pour nous permettre un accès à la nature, essentiel à notre bien-être. Ceci dit, à voir comment avance nos gouvernements, ils semblent avoir oublié l’objectif.

LES COMMUNAUTÉS OUBLIÉES 

Ni les neufs communautés innues du Québec, ni les nombreuses communautés vivant dans la zone d’intérêt des grandes forestières n’ont trouvé leur compte dans l’annonce du gouvernement Legault. Les droits ancestraux des premières n’ont pas été respectés dans la désignation des aires protégées. Les demandes spécifiques en matière d’aires protégées des secondes n’ont pas vu le jour. Ces demandes étaient pourtant fondées, et depuis bien longtemps. On parle ici par exemple de secteurs comme le Basilières-Kael, le Parc des Sept-Chutes  dans les Laurentides, ou les secteurs de la rivière Péribonka et du lac Kénogami, au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Ces communautés savent que ces aires permettent de protéger des activités socio-économiques locales (ex: tourisme, cueillettes, et randonnées), de subsistance (ex: chasse et pêche), et servent de zones tampons climatiques (comprendre inondations, canicules etc.).

UNE STRATÉGIE PRÉMÉDITÉE

Même en démontrant la volonté publique et malgré une étude exhaustive des multiples bénéfices pour la région, des propositions comme celle du Mont-Kaaikop se voient donner le revers de la main de la part du gouvernement. Pourquoi ces communautés attendent-elles toujours? Pourquoi la grande part des aires protégées annoncées était-elle principalement dans le nord du Québec? Certainement pour les mêmes raisons que celles ayant motivé Québec a retiré un refuge marin fréquenté par les bélugas de sa liste au Saguenay (un lieu d’intérêt pour le terminal GNL). Déjà en 2018, un document interne du Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) dévoilait une stratégie visant à freiner la création d’aires protégées dans 11 régions administratives. On est pris avec un gouvernement qui se plie aux volontés des gros industriels. 

LE MINISTÈRE DES FORESTIÈRES

On parle de forêt publique, mais nul besoin de regarder plus loin que les récents changements au Régime Forestier pour comprendre que les intérêts du MFFP ne sont pas ceux de l’ensemble de la population. Tout changement au Régime nécessite l’implication des usagers de la forêt – et appeler ceci une simple « modulation », comme le dit le Ministre Dufour, est jouer sur la sémantique et c’est esquiver ses obligations. Ni les communautés autochtones, ni l’ensemble des ingénieurs forestiers, ni la Fédération québécoise des coopératives forestières, ni le Regroupement des communautés forestières de la Fédération québécoise des municipalités, ni vous ni moi n’avons été consulté·es. Seul le Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ) fut réellement invité à la table de discussion. C’est donc dire que quelques gros industriels parlent en notre nom à tous·tes. On comprend mieux  pourquoi le MFFP est surnommé le Ministère des forestières.

Notons que ces modulations du Régime Forestier visent à augmenter de 300% les réserves de récoltes en 2021. Un précurseur pour sa Stratégie nationale de production de bois qui compte doubler les opérations d’ici 2080. Une stratégie qui lors des consultations cherchait à convertir 25% de nos forêts en aires d’intensification de la production ligneuse (AIPL), c’est-à-dire des forêts artificielles. Pour les propriétaires de forêts privées, vous qui gérez mieux la forêt, ne vous étonnez pas non plus si on cherche à vous couper vos forêts, car il y a une stratégie de consolidation pour toujours nourrir les grosses scieries. 

LES INCOHÉRENCES DU GOUVERNEMENT

Partout à travers la Belle Province on entend des histoires où les communautés se font dérober leur coin de nature, leur oasis. Le gouvernement crée des aires protégées pour ensuite les retirer. Le gouvernement subventionne des projets, pour ensuite les couper. Un triste exemple de cette incohérence est celui du sentier Par Monts et Vals. Ce sentier forestier de 65 km, qui reliait 7 villes et villages, s’est vu décimé petit à petit ces dernières années par la coupe forestière. Pourtant, une décennie plus tôt, le gouvernement avait injecté 150,000$ pour la revitalisation de ces sentiers. La grande boucle qui reliait Sainte-Agathe-des-Monts, Ivry-sur-le-Lac, Val-des-Lacs, Lantier, Sainte-Lucie-des-Laurentides, Val-David et Val-Morin, s’est vu perdre des arbres centenaires, les randonneurs et randonneuses, et des petits étangs construits par les architectes de la nature: les castors.

METTRE LES CHOSES EN PERSPECTIVE

Le MFFP se donne le mandat utilitaire de gestionnaire des animaux et des écosystèmes forestiers. À voir le caribou au bord de sa tombe, à voir des projets de conservation mis de côté et à voir le ministère s’endetter annuellement pour subventionner l’industrie forestière, son allégeance ne semble pas être avec la population, ni la planète d’ailleurs.

Protéger nos écosystèmes, c’est protéger ce qui nous protège. Au-delà d’une question morale, on parle de garde-manger, de médecine, d’une diversification des économies en région, de lieux de ressourcement et plus encore. On dépend tous·tes d’un environnement sain et de l’abondance de la nature. La forêt est plus que du simple bois. Pour vous qui cherchez à protéger la forêt, pour vous qui cherchez à mieux la gérer, il faut rester vigilant·e, car la coupe de toutes forêts privées comme publiques fait désormais partie d’une nouvelle stratégie pour nourrir un modèle d’affaires qui reste insoutenable, écologiquement et économiquement.

[Restez à l’affût pour le prochain blogue de cette série, qui traitera d’emplois et d’économie]