Luxembourg, le 30 avril 2026 – Ce vendredi 1er mai, l’accord commercial entre l’Union européenne et les pays du Mercosur entre provisoirement en vigueur, malgré une opposition persistante de la société civile, des organisations environnementales et de défense des droits humains, des syndicats, des peuples autochtones et d’une large partie du Parlement européen. Cette application provisoire, imposée par la Commission européenne sans attendre l’avis de la Cour de Justice de l’Union européenne, constitue selon Greenpeace un déni démocratique sans précédent.

« À partir de ce jour, les ravages causés par le traité ne feront que s’intensifier. Des forêts continueront d’être abattues pour produire du soja et de la viande destinés au marché européen, aggravant encore la crise climatique. Des communautés autochtones verront leurs droits bafoués et leurs territoires menacés. Des petit·es producteur·rices, en Europe comme en Amérique latine, subiront de plein fouet la concurrence d’une agriculture intensive recourant massivement aux pesticides toxiques. Les dégâts hanteront notre santé et nos écosystèmes pendant des décennies, avertit Gauthier Hansel, chargé de campagne à Greenpeace Luxembourg.Ce qui ne suivra pas, en revanche, c’est le moindre bénéfice tangible pour la majorité des citoyens et citoyennes. Seule une poignée de multinationales de l’agrochimie et de l’agro-industrie, telles que JBS, sortiront grandes gagnantes. »

D’autant plus, cette application provisoire se fait dans un contexte particulièrement alarmant. En janvier, l’association brésilienne des industries d’huiles végétales (ABIOVE) a annoncé son retrait du moratoire sur le soja en Amazonie, considéré comme l’un des outils anti-déforestation les plus efficaces au monde. Dans le même temps, le règlement européen contre la déforestation (EUDR), censé garantir que les produits consommés en Europe ne contribuent pas à la destruction des forêts, a été reporté d’une année supplémentaire et fait désormais l’objet d’une révision qui pourrait affaiblir encore davantage le texte. 

« Les garde-fous s’effondrent les uns après les autres, au moment précis où l’accord UE-Mercosur ouvre grand les portes du marché européen, poursuit Gauthier Hansel. Le gouvernement luxembourgeois a pourtant fait son choix : soutenir le traité jusqu’au bout, en cautionnant son application provisoire imposée sans l’aval du Parlement européen ni l’avis de la Cour de Justice. Cette attitude témoigne d’un mépris à l’égard des principes démocratiques et des alertes répétées de la société civile luxembourgeoise. »

L’application provisoire ne constitue cependant qu’une étape. L’accord doit encore être voté par le Parlement européen, où l’opposition reste forte, et la Cour de Justice de l’Union européenne doit toujours se prononcer sur sa compatibilité avec les traités européens. Greenpeace continuera à documenter les effets néfastes de cet accord et à se mobiliser, aux côtés de centaines d’organisations à travers l’Europe et l’Amérique latine, pour que ce traité destructeur ne franchisse jamais l’étape de la ratification définitive.