Il y a quinze ans jour pour jour, un tremblement de terre frappait le Japon et entraînait la catastrophe nucléaire de Fukushima, qui a dévasté cette préfecture du nord-est du pays.  Greenpeace présente ses sincères condoléances aux familles ainsi qu’aux victimes qui souffrent encore des conséquences de cette catastrophe.

« Le 11 mars 2026 marque le 15e anniversaire de l’accident nucléaire de Fukushima Daiichi de la Tokyo Electric Power Company (TEPCO). Aujourd’hui nous rendons hommage à la mémoire de celles et ceux qui ont perdu la vie et exprimons notre profonde sympathie aux survivant·es. Toutes nos pensées vont aux familles et aux populations qui ont tant souffert ces dernières années », déclare Sam Annesley, directeur exécutif de Greenpeace Japon.

C’était un vendredi après-midi, au début du printemps : un séisme majeur au large du Japon a engendré un tsunami, responsable de la catastrophe nucléaire. L’ampleur des dégâts rapportée dans les médias a fait craindre à tout le monde pour la sécurité de leurs proches. Le rejet de quantités considérables de matières radioactives a alors aggravé une catastrophe déjà exceptionnelle, en entravant les opérations d’évacuation, de recherche et de sauvetage, en plus de contaminer de manière irréversible les terres et les réseaux d’approvisionnement en eau. L’accident continue, encore aujourd’hui, de perturber la vie de nombreuses personnes. Greenpeace salue le courage de celles et ceux qui, du jour de la tragédie à aujourd’hui, ont travaillé sans relâche à la mise hors service de la centrale et à la reconstruction de la région. 

Nous devons changer fondamentalement notre système énergétique, qui cause tant de souffrances et de sacrifices. Ces dernières années, le gouvernement japonais a clarifié sa volonté de retour au nucléaire, dans un contexte où de plus en plus d’autorisations sont accordées pour le redémarrage des réacteurs à l’arrêt. La « déclaration d’urgence nucléaire » émise le jour de l’accident n’a toutefois pas été levée, et aucun calendrier pour son annulation n’a été rendu public. Pour atteindre les objectifs du Japon en matière de neutralité carbone, de stabilité de l’approvisionnement électrique et de stabilité des coûts, il faudrait pourtant cesser de miser sur l’énergie nucléaire afin de promouvoir l’efficacité énergétique et de passer au 100 % renouvelable. Si la décarbonisation est une urgence, la construction et la mise en service de nouvelles centrales nucléaires ne sont pas possibles dans les délais dont nous disposons pour éviter la crise climatique.

Le Japon est par ailleurs particulièrement à risque en matière de sécurité, d’une part parce que l’archipel est entièrement dépendante des importations d’uranium, et d’autre part parce que les installations sont vulnérables aux attaques physiques et ainsi qu’aux cyberattaques et menaces physiques. 

Par ailleurs, la remise en service des centrales nippones existantes se heurte à une multitude de défis sans solution à l’heure actuelle : la sécurité physique des équipements, celle des intervenant·es en cas d’accident ainsi que des voies d’évacuation pour les habitant·es afin de les protéger des radiations en cas de catastrophes complexes, telles que séismes et tsunamis. De plus, il n’existe aucune stratégie pour l’élimination des déchets radioactifs, alors même que ceux-là continuent de s’accumuler dans le cadre des activités existantes. Opter pour l’énergie nucléaire est le comble de l’irresponsabilité.

L’énergie nucléaire n’est enfin plus viable financièrement. À l’heure actuelle, c’est l’énergie solaire qui est la plus compétitive au Japon, une source d’énergie à la fois domestique et inépuisable [1]. Si  les panneaux photovoltaïques sont certes principalement produits à l’étranger, environ 70 % des coûts totaux, y compris le raccordement au réseau et la construction, sont pris en charge par des entreprises nationales, contribuant ainsi à l’économie locale.

L’argument selon lequel les centrales nucléaires ou fossiles centralisées à grande échelle sont nécessaires pour répondre à l’augmentation prévue de la consommation d’électricité due aux véhicules électriques et à l’intelligence artificielle est à courte vue et incompatible avec l’objectif de 1,5 °C. Nous devons aller plus loin que ces idées préconçues. Le point de départ doit être l’exploitation d’énergies renouvelables, car elles sont peu couteuses, stables et locales. Elles ne nécessitent aucune importation de combustible et n’émettent ni déchets radioactifs ni gaz à effet de serre ; c’est dans l’intérêt de la compétitivité industrielle et des populations locales.

Le Japon bénéficie d’abondantes ressources renouvelables : le soleil, le vent et l’eau. L’archipel dispose d’un vaste potentiel pour améliorer son efficacité énergétique tout en réduisant les coûts. Greenpeace, au Japon et dans le monde, demande aux gouvernements de développement de l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables durables plutôt que de s’obstiner avec le nucléaire.


Notes :
[1] En 2023, le coût de l’énergie nucléaire était estimé à 11,2 yen/kWh, tandis que le coût du solaire à grande échelle s’élevait à selon le ministère de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie du Japon.