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Forum organisé par la CSN et la Fédération des travailleurs du papier et de la forêt (FTPF–CSN)
Hôtel Universel d’Alma
9 octobre 2007

Bonjour,

Je suis Mélissa Filion, responsable de la campagne Forêt boréale de Greenpeace.

Tout d’abord, j’ai deux questions pour vous.
  1. J’aimerais savoir si y’a des membres de Greenpeace dans la salle ?
  2. J’aimerais savoir combien il y a de gens ici, qui pensent que Greenpeace est arrivé dans le dossier de la protection de la forêt boréale comme un martien dans un bol de soupe?

Je voudrais remercier la CSN pour l’invitation aujourd’hui.
Je suis très contente d’être ici. De pouvoir entendre vos préoccupations. De pouvoir vous expliquer les nôtres. Vous dire pourquoi on arrive en force au Québec pour protéger la forêt boréale.

Pourquoi des coups d’éclats.
Pourquoi on le fait maintenant.
Pourquoi pas avant, pourquoi pas après?
QUI on vise vraiment (surtout pas les travailleurs)?
Et, SURTOUT, pourquoi on pense que la protection de la forêt, c’est la protection des emplois.

Certains d’entre vous estiment que Greenpeace ne comprend pas la réalité dans laquelle l’industrie et le gouvernement vous place.

J’ai une histoire pour vous.

J’ai une collègue chez Greenpeace avec qui je travaille à tous les jours, qui a travaillé pendant de nombreuses années dans une usine de pâte à papier. Elle a travaillé à la même usine que son père, qui y a travaillé 30 ans. Un jour, ils l’ont fait venir dans le bureau du boss. Pis, là, on y a dit « Merci », avec une petite tape sur l’épaule.

Il a été liciencié, avec une maigre compensation. Sa maison, il l’a vendue avec perte. La communauté a pris tout un coup. Le gouvernement, silencieux, s’est fait complice. Pis la compagnie est partie sur la pointe des pieds.

Il y a deux ans, j’étais en Gaspésie, quand la Smurfit-Stone a fermé ses portes. J’ai vu le prix des maisons baisser. J’ai vu des familles accablées par ce sort. Une communauté déchirée. Dans les cafés, les épiceries, les gens disaient : « C’est pas les dirigeants d’entreprise ni les fonctionnaires qui ont permis la surexploitation qui perdent leur job, c’est nous autres ».

Même chose au Saguenay Lac St-Jean. Ça s’est passé comme ça à Port-Alfred. Ça se passe maintenant à Dolbeau-Mistassini. Ça risque de continuer à se passer comme ça ailleurs aussi. Vous trouvez-pas que c’est un peu toujours de la même façon que ca marche?

Je suis allée dans la forêt.
J’ai vu ce qui s’y passait.

Je suis AUSSI allée rencontrer le président d’Abitibi-Consolidated à Montréal, dans le bel édifice de la Sunlife....Le beau Sun Life builiding…ce grand symbole de richesse,
avec ses grosses colonnes et son atmosphère victorienne.

Je suis monté au 8ième étage. C’est là qu’Abitibi-Consolidated a choisi d’avoir ses bureaux. On nous a fait asseoir dans une grande salle, bien décorée, avec des beaux tableaux, de belles grandes vitres, le grand luxe quoi? Puis, là, le président, M. John Weaver est arrivé.

Il nous a parlé, EN ANGLAIS, de ses préoccupations.
Il nous a parlé, EN ANGLAIS, de ses clients,des pratiques de la compagnies, du marché.

Il nous a parlé de ses actionnaires. Il nous a parlé de sa fusion avec Bowater.Mais il ne nous a JAMAIS parlé des travailleurs. Il ne nous a JAMAIS parlé des emplois. C’est pas du tout dans son écran radar.

Comment ça se fait que j’ai l’impression que certaines personnes sont du bord de ces dirigeants-là?

Qu’est-ce qui pensent ces dirigeant-là? Ben, y’a une chose qu’Abitibi a dit sur les travailleurs, le 21 janvier dernier dans le Progrès dimanche… et je cite…. « Abitibi-Consolidated favorise l’embauche de personnes détentrices d’un DEP en pâte et papier
avant les anciens travailleurs de ses usines fermées
 ».

Ça fait deux ans qui a des emplois qui se perdent au Québec. Ça fait deux ans que l’industrie dit qu’elle veut se consolider.
Fermer des usines.
Transférer des caafs.
Qu’elle semble vouloir faire pression sur le gouvernement...

Ça fait juste deux mois que Greenpeace a publié le rapport Destruction en chaîne. Deux mois qu’on dit qu’on commence à parler à des clients. Juste deux mois là. Pis on fait juste PARLER à des clients.

Et puis tout à coup, c’est la faute à Greenpeace. La surexploitation, les pertes d’emplois qui en découlent, c’est la faute à Greenpeace. Le pillage, c’est la faute à Greenpeace. La hausse du dollar canadien, c’est quasiment la faute à Greenpeace. Le bois d’œuvre, c’était sûrement aussi la faute à Greenpeace. La désinformation, c’est la faute à Greenpeace.

Mais pendant qu’on dit ça à qui ça profite?
Aux travailleurs ou aux industriels?
À la forêt ou aux compagnies?

Moi je pense que personne n’est dupe.

On nous demande pourquoi un coup d’éclat au Saguenay?
On nous demande pourquoi maintenant?

Pourquoi pas avant? Pourquoi pas après? On nous dit : « Il y a crise. Vous ne trouvez pas que vous avez l’air de tuer une mouche avec un bazooka? » Oui, il y a une crise. Mais qu’est-ce qu’une crise? Crise, ca vient du grec ancien « krinein ». Ça signifie la croisée des chemins. Ça signifie une bifurcation qui nécéssite un choix. Une décision dans le cours de l’action. Ça signifie qu’il y avait un « avant  ». Et qu’il y aura un « après ». Bref, ça veut dire... « moment.... de... choix ».

C’est là que nous sommes rendus. Nous sommes rendus à définir « l’après ».
Mais il y a des gens qui veulent faire comme « avant ». Des industriels qui veulent faire comme « avant  », sans jamais rien changer de leurs vieilles pratiques. Des pratiques qui ont siphonné le Québec de son bois, de ses richesses, et qui sont en train de nous siphonner de nos emplois.

Et, pourtant, ça fait des années qu’on leur dit, aux gouvernements, aux entreprises,
qu’il faut préparer « l’après ». Ça fait des années qu’ils n’écoutent pas les Québécois
ou qu’ils font semblant de les écouter.

On leur dit qu’il faut protéger notre richesse pour protéger nos emplois. Ils nous répondent en nous saignant de nos usines et de nos emplois.

On leur dit, comme dans le rapport Coulombe, qu’il faut gérer la forêt dans l’intérêt des générations présentes et futures.

Ils nous répondent en niant les problèmes et en refusant de faire des compromis.
Ils nous répondent en vendant le peu qu’il nous reste aux Américains, à commencer par leurs compagnies.

Il est temps que ces dirigeants et ces compagnies changent d’attitude avec le Québec et les travailleurs. Il est temps qu’on dessine un « après » bien à nous. Et qu’on force le changement. Voilà pourquoi on a remonté le Saguenay il y a trois semaines.


On nous demande pourquoi viser les entreprises?
Pourquoi pas le gouvernement?

Il me semble que c’est assez clair. Le gouvernement a fait le choix de ne pas compléter le virage recommandé par le rapport Coulombe. Bien sûr, il y a eu la baisse de 20% de possibilité forestière après le rapport Coulombe. Oui, il y a eu la création du poste de forestier en chef et les derniers calculs de possibilité forestière. Oui, il y a eu le registre sur les aires protégées.

Mais c’est pas vrai que les 81 recommandations du rapport Coulombe ont été mises en œuvre.C’est pas vrai que l’industrie et le gouvernement s’engagent à compléter le réseau d’aires protégées pour atteindre 12% d’ici 2010.

C’est pas vrai qu’on a entamé un virage vers l’aménagement écosystémique. C’est pas vrai qu’on fait une réelle gestion intégrée des ressources. Qu’on protège les espèces menacées comme le Caribou forestier. Ou que le Ministère des Ressources naturelles est prêt à mettre à profit l’expertise et la crédibilité du BAPE pour assurer une gestion transparente de la forêt.

C’est pas vrai que le gouvernement encourage la certification forestière, encore moins la certification FSC. Il lui met plutôt toutes sortes de bâtons réglementaires et légaux dans les roues.

C’est pas vrai que le gouvernement a dévoilé son plan d’action pour mettre en œuvre le reste des 81 recommandations du rapport Coulombe. Il y a un an, il avait pourtant laissé entendre qu’il le ferait. On attend toujours…

C’est pas vrai non plus qu’on a un maintenant un Vérificateur des forêts, qui relève du Vérificateur général du Québec. Un Vérificateur indépendant, pour faire l’état de la situation en forêt. Rappelons que c’est la Vérificatrice générale du Québec qui a mis en relief la surexploitation de la forêt en 2002.

Enfin, c’est pas vrai que la population du Québec fait confiance à l’industrie et au gouvernement pour gérer la forêt. Sondages après sondages, ça se confirme.

Au fond, on se demande bien QUI

Qui bloque l’action du gouvernement?
Est-ce le gouvernement lui-même qui s’autocensure?
Ou bien est-ce les industriels qui pratiquent un fort lobby?

Ça explique peut-être un peu plus pourquoi on est passés à une autre étape. Parce que personne ne passe à l’action.

En tenant cet événement, vous vouliez savoir quelles sont nos craintes environnementales?

Et bien voici...

Une grande partie de nos forêts dans le sud du Québec ont déjà été coupées. Il ne reste plus qu’une petite bande de forêts boréales intactes sous la limite nordique de coupe.

Le Rapport Coulombe affirme qu’environ 15% de la forêt boréale demeure vierge en raison du fait qu’il n’y aucun accès terrestre. Et, en ce moment, moins de 5% de l’ensemble de la superficie du Québec est protégée contre l’exploitation industrielle. Selon le Ministère du développement durable, il y a 6,6% d’aires protégées en forêt boréale. Et 4%, seulement, en zone de forêt boréale commerciale.

Pourtant, je vous le rappelle, le rapport Coulombe recommandait de protéger 12% de la forêt boréale d’ici 2010. On pouvait y lire qu’avec « une volonté ferme de la part du gouvernement, il serait possible rapidement de consolider un réseau d’aires protégées d’envergure ».

Le rapport Coulombe soulignait également l’urgence d’agir en zone boréale. Il nous apparaît donc URGENT que le gouvernement et les industries agissent.. Agissent pour créer des aires protégées. ET agissent pour mettre en place
une gestion écosystémique de la forêt.

Greenpeace dit simplement qu’il faut faire preuve de leadership et de précaution.
Un leadership, qui nous ferait prendre le virage forestier recommandé par Coulombe. Une précaution élémentaire, qui nous verrait mettre en réserve des territoires en forêt intacte avant de couper nos derniers massifs forestiers vierges.

Greenpeace dit qu’il ne faut pas répéter les mêmes erreurs que certains pays scandinaves, qui produisent beaucoup de bois, mais qui ont perdu leur biodiversité. On dit aussi que les compagnies auraient intérêt à se certifier par le FSC.

Greenpeace ne dit pas… qu’il faut arrêter toutes les coupes forestières au Québec. Greenpeace ne dit pas… qu’il faut un moratoire complet.
Greenpeace ne dit pas… qu’il faut que les clients arrêtent d’acheter des produits forestiers d’ici.

On nous dit : « Demandez-vous un boycott? »
On ne demande pas un boycott!

On demande aux clients d’Abitibi-Consol, SFK Pâte, Kruger et Bowater de se doter de politiques d’approvisionnement pour s’assurer qu’ils achètent des produits fabriqués dans le respect de l’environnement. On leur demande aussi de faire pression pour que ces quatre compagnies adhèrent à la certification FSC et collaborent à la création d’un réseau d’aires protégées. On leur demande aussi de leur donner le temps et la chance de le faire. On demande aussi aux clients de songer à cesser temporairement leurs contrats si ces compagnies ne changent pas leurs pratiques, dans quelques mois... Mais on est pas rendus là encore! On ne demande pas aux clients de cesser d’acheter demain matin!!!

Donc, pour que ce soit bien clair, reprenons le fil… Demain matin, si tous les clients d’ACI demandent à ACI de changer ses pratiques et si ACI ignore ses clients comme elle a ignoré Coulombe, comme elle a ignoré le Québec et comme elle ignore le sort de ses travailleurs, alors dans quelques mois, à qui sera la faute si des contrats se perdent? À l’heure actuelle, on ne fait que demander aux clients de communiquer leur préférence. On est pas encore rendus à des ruptures de contrats. On pourrait s’y rendre. Comme on pourrait aussi ne jamais avoir à s’y rendre.

On sait tous combien notre vie à tous serait tellement plus facile aujourd’hui si ces compagnies avaient agi de façon responsable depuis longtemps envers l’environnement, et envers vous aussi…

Mais, comme elles ne semblent pas capable de le faire par elle-même, c’est à nous tous de les forcer à le devenir aujourd’hui et pour demain....

Nos demandes sont tout à fait raisonnables.
Notre position se veut responsable.
Elle s’appuie sur la science.
J’en veux pour preuve, plusieurs rapports scientifiques.

Un premier… du World Ressource Institute… qui dresse un bilan mondial de l’état des forêts et qui démontre que les écosystèmes forestiers intacts sont de plus en plus rares sur la planète.

Un second… de Global Forest Watch… portant celui-ci sur les forêts intactes du Canada, et qui dit que la forêt boréale non seulement comporte la plus grande biodiversité, la plus grande productivité, mais est aussi massivement perturbée par l’activité humaine.

Un troisième rapport… publié celui-là dans le Journal of Wildlife Management… qui établit « une relation importante entre l’éradication du Caribou des bois et leur proximité aux changements apportés aux territoires par l’être humain, en particulier les coupes forestières ». En bref, cette étude confirme que pour protéger le caribou forestier, une espèce vulnérable d’extinction, il faut protéger son habitat. Qu’il faut mettre en réserve des territoires d’environ 9000km2, en forêt intacte, en plus de zone tampon de près de 13km, tout autour.

Une quatrième analyse… publiée par Global Forest Watch… qui se base sur des images satellites, nous apprend que plus de 68 % des territoires sous aménagement d’Abitibi-Consol, Bowater et Kruger, sont coupés ou fragmentés – une superficie équivalant à 200 000 km2, 545 fois la superficie de Montréal… trois fois et demie la taille de la Nouvelle-Écosse…

Une cinquième étude… réalisée par un scientifique de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, et qui porte sur les crises forestières, souligne que «l’augmentation des superficie protégées entre 2002 et 2007 ne saurait pas expliquer les pertes d’emplois, surtout en considérant que l’augmentation des superficies protégées en 1994-1995 est concomitante à une hausse des emplois dans l’industrie forestière au Québec ».

Enfin, la semaine dernière, une nouvelle analyse vient d’être publiée, pour le compte d’un grand média québécois, qui ne veut pas être nommé, mais qui est client d’Abitibi-Consolidated, et qui voulait savoir quelle certification forestière est la plus rigoureuse sur le plan environnemental. Résultat de cette étude indépendante :

Le FSC.

Ce qui m’amène à vous parler d’économie.

L’attitude d’Abitibi-Consolidated, Bowater, Kruger et SFK Pâte pose problème au Québec. Au risque de se répéter : les marchés d’ici et d’ailleurs sont de plus en plus sensible à l’environnement.

Je ne vais nommer que quelques compagnies qui ont déjà adopté la norme FSC parmi les centaines et centaines qui l’ont déjà fait.

  • Le fabricant d’équipement sportif Nike.
  • Le fabricant d’ordinateurs Dell.
  • Le fabricant de meubles IKÉA.
  • Aux États-Unis et au Canada, Home Depot.
  • En Grande-Bretagne, la BBC et toutes ses composantes internationales.
  • Le gouvernement de l’Ontario…

Est-ce que ce sont des extrémistes?
Ce sont plutôt des chefs d’entreprise qui se montrent sensibles à la protection de la forêt.

Actuellement, nous avons besoin de nous assurer de ne pas perdre nos parts de marché. On a besoin de reprendre des forces. Là, on a une porte qui est ouverte devant nous. Une porte qui nous donnerait un avantage concurrentiel devant des compétiteurs peu rigoureux. Qui nous donnerait la chance de se distinguer.

Or, ça fait des années que Québec et les industriels se font dire qu’il faut être à l’écoute de ces marchés sensibles à l’environnement. Et qu’on doit prendre acte.

L’action que nous avons faite au Saguenay n’est pas si différente des autres que nous faisons à travers le monde. Des actions pareilles, pour la protection des forêts, on en a fait en Colombie-Britannique, pour la forêt du Grand-Ours. On mène ou on a mené campagne dans toutes les plus importantes régions forestières du monde. L’Amazonie brésilienne, la forêt du Congo actuellement, les forêts d’Indonésie et de Russie sont l’objet d’actions de Greenpeace. Même chose pour les forêts de Thaïlande, de la Finlande, de la Suède, de la Norvège, du Mexique, du Chili, de l’Argentine et des États-Unis.

Chaque fois que nous menons campagne.
Chaque fois que nous réalisons une action.
C’est toujours contre les compagnies et les gouvernements.
Jamais contre les travailleurs.
Ça fait 35 ans que c’est comme ça.
Ce n’est pas aujourd’hui que ça va changer.

Soyons plus clairs encore : l’objectif de Greenpeace n’est pas de diriger les clients d’Abitibi-Consolidated, Bowater, Kruger et SFK Pâte vers d’autres pays fournisseurs ailleurs dans le monde, mais plutôt d’utiliser leur pouvoir d’achat pour forcer les compagnies forestières exploitant les forêts du Québec à agir de façon plus responsable.

On nous dit qu’on prend en otage les travailleurs forestiers du Québec. Mais ça fait plus de dix ans que les industriels prennent les travailleurs en otage en n’investissant pas assez dans la modernisation et les produits de deuxième et troisième transformation.
Faire monter un bateau dans la rivière Saguenay participe donc à ce « moment de choix ». Publier un rapport sur la Destruction en chaîne participe donc à ce « moment de choix ». Travailler au Sommet sur l’avenir du secteur forestier également. Vous rencontrer. Vous écoutez. Faire valoir les objectifs de protection de la forêt.

Le Québec a devant lui une occasion en or. Il est face à des choix complexes. Il peut choisir de livrer compétition dans un monde très concurrentiel OU il peut choisir de baisser les bras et de fermer ses usines.

C’est SÛR qu’on pourra jamais compétitionner avec le Brésil. C’est pourquoi il est de la plus grande urgence de se doter d’avantages concurrentiels. La protection de la forêt en est un, sur des marchés très sensibles à l’environnement. 12% d’ici 2010, l’aménagement écosystémique, la certification FSC...

J’entends des gens dire que nous arrivons au pire moment, que l’industrie est déjà à terre. Je constate simplement que bon nombre des leaders d’opinion qui disent cela étaient ASSIS à des postes de RESPONSABILITÉ quand l’industrie surexploitait et surexploitait... et que la catastrophe s’annonçait.

J’entends des gens dire : « Êtes-vous prêts, Greenpeace, à mettre de l’argent sur la table ? » Greenpeace a mis 200 M$ dans la forêt du Grand-Ours, en Colombie-Britannique, pour la diversification économique des communautés touchées par la protection! Si on a été capables de travailler à un montage financier là-bas, pourquoi est-ce qu’on ne pourrait pas le faire ici?

Guy Chevrette affirme que Greenpeace est financé par les compagnies qui fabriquent de l’acier, du béton ou du plastique.

Ça me fait rire.

Parce que le CIFQ est tellement désespéré qu’il dit n’importe quoi.

Pour conserver son indépendance, Greenpeace ne sollicite et n’accepte aucune aide financière provenant de gouvernements, d’entreprises ou de partis politiques, depuis plus de 30 ans. Greenpeace compte près de trois millions de donateurs individuels de par le monde, près de 40 000 au Québec.

La grande question c’est : l’industrie forestière, elle, elle est financée par qui?
Elle est financée par tous les Québécois pour qu’elle coupe des arbres dans nos forêts à nous. On paye, nous, pour financer une industrie qui fait défaut à ses responsabilités envers les travailleurs québécois. Si je voulais résumer grossièrement, je dirais : Faut qu’on aide l’industrie, financièrement, à mettre du monde à la porte.

CONCLUSION

Bref, nous sommes rendus à un « moment de choix ».

Devant l’irresponsabilité outrancière de l’industrie, nous devons protéger notre richesse collective pour protéger nos emplois. Pour y arriver, il nous faut débloquer l’inaction du gouvernement, inaction dont les industriels sont responsables. Il faut le faire tout de suite parce que c’est urgent. Parce qu’on perd des emplois. Parce qu’il ne reste plus qu’une petite bande intacte sous la limite nordique de coupe. Pour y arriver, il nous faut mettre des territoires en réserve, le temps de créer un minimum de 12% d’aires protégées. Il faut que les compagnies adhèrent au FSC, pour s’ouvrir des marchés. Il faut moderniser l’industrie. Il faut de la 2ième et 3ième transformation.

Pour y arriver, on doit réaliser qu’on a collectivement une responsabilité. Celle de ne pas laisser les compagnies partir sur le bout des pieds, comme elles l’ont fait pour le père de ma collègue et comme elles l’ont fait en Gaspésie et comme elles entendent le faire ici. C’est notre responsabilité à nous de les bloquer. C’est notre responsabilité de leur faire savoir ce qu’on veut pour notre forêt. De le dire maintenant. Et de prendre toutes les mesures nécessaires pour que les compagnies les plus récalcitrantes nous écoutent enfin.

Greenpeace consent que l’exercice peut apparaître difficile pour les travailleurs. Ceux-ci perdent leur emploi actuellement dû à l’outrancière incurie de l’industrie et au manque de responsabilité du gouvernement. Mais nous gagnons tous à nous faire entendre d’une voix forte.

Enfin, Greenpeace s’est présenté aujourd’hui parce que nous respectons les travailleurs de la forêt. Nous comprenons leurs préoccupations. Nous sommes ici pour écouter. Pour échanger. Pour trouver le moyen d’aider encore davantage dans les limites de nos rôles et prérogatives.

On pense que les préoccupations des travailleurs sont importantes.

Je constate seulement que Guy Chevrette et Claude Béchard ont, aujourd’hui, d’autres priorité.

Et je ne parle même pas de John Weaver…