Va-t-on enfin passer de “parler” à “faire” dans la lutte contre la crise climatique ? Du 24 au 29 avril à Santa Marta, en Colombie, s’ouvre la première conférence internationale sur une ère sans énergies fossiles. Une « coalition des volontaires » composée de plus de 50 pays y travaillera. Leur objectif : identifier les solutions prioritaires qui vont plus loin que les  traditionnelles négociations climatiques et qui accélèrent les actions concrètes.

L’urgence est évidente. Lors de la COP28 à Dubaï, les pays ont convenu que pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C, deux choses essentielles étaient nécessaires : « des réductions profondes, rapides et soutenues des émissions de gaz à effet de serre » et une « transition hors des énergies fossiles de manière juste, ordonnée et équitable, pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 ». Pourtant, depuis lors, ça traîne. Le problème ne réside plus dans l’ambition décidée sur papier, mais dans la mise en œuvre.

En amont de la conférence de Santa Marta, des activistes de Greenpeace Espagne ont déployé une image géante de Donald Trump vomissant du pétrole sur une fontaine noircie de la Plaza de Colón à Madrid, accompagnée du message en anglais : « No oil, no war ».
© Pablo Blazquez / Greenpeace

La question clé est donc la suivante : cette coalition fera-t-elle réellement la différence ?

Il y a un clair potentiel pour cette coalition. Durant la dernière COP au Brésil l’an dernier, au moins 85 pays ont réaffirmé leur ambition d’aboutir à l’élimination progressive des combustibles fossiles. Parmi eux, de grandes économies telles que l’Allemagne, le Royaume-Uni, la France, l’Espagne, ainsi que le Brésil et le Mexique. Ensemble, ces pays représentent un PIB cumulé de 33 300 milliards de dollars, supérieur à celui des États-Unis et dépassant de loin celui de la Chine. Un tel poids économique peut influencer les marchés financiers, les politiques gouvernementales et les stratégies d’entreprise à l’échelle mondiale. Si Santa Marta aboutit à une feuille de route crédible, les répercussions pourraient être considérables.

L’histoire montre que des coalitions de volontaires peuvent contribuer à sortir d’une impasse. Dans les années 90, frustrés par l’enlisement des négociations à l’ONU, des pays ont lancé un processus parallèle accéléré pour interdire les mines terrestres. Il en a résulté la Convention d’Ottawa, signée par 125 pays, interdisant leur production, leur transfert et leur utilisation. Même les pays qui ne l’ont pas signée, comme les États-Unis, se sont par la suite alignés sur ses principes fondamentaux.

La Belgique pourrait-elle faire la différence ?

La Belgique fait partie de cette coalition, et cela compte. En soutenant rapidement tant de la feuille de route mondiale que la tenue de cette conférence, la Belgique s’est positionnée du bon côté de la transition. Le ministre fédéral du Climat, Jean-Luc Crucke, participera aux négociations à Santa Marta.

Mais il existe un fossé entre le positionnement international et l’action nationale. La Belgique ne dispose toujours pas d’un plan crédible pour sortir progressivement des énergies fossiles. Les politiques énergétiques actuelles sont insuffisantes, la consommation de gaz a moins diminué que dans de nombreux autres pays européens, et les énergies renouvelables représentent moins de 15 % du mix énergétique, faisant de la Belgique le pire élève de l’Union Européenne après Malte, loin derrière des pays comme la Suède (66%), la Finlande (48%) et le Danemark (42%).

Si la Belgique veut jouer un rôle de premier plan sur la scène internationale, elle doit agir chez elle. Une sortie juste et équitable des énergies fossiles nécessite un plan national clair et concret. Chez Greenpeace, nous avons déjà identifié 27 mesures qui pourraient réduire rapidement la dépendance au pétrole et au gaz.

Les résultats de la conférence de Santa Marta permettront de voir si les pays sont prêts à passer des paroles aux actes. Pour la Belgique, le message est simple : la crédibilité à l’étranger commence par l’action chez soi.