L’accord international visant à protéger 30 % des océans d’ici 2030 exige que les pays s’accordent à court terme sur des réserves marines. La désignation de zones protégées isolées ne garantira cependant pas une protection adéquate des écosystèmes interconnectés et des espèces migratrices. Celle-ci ne sera assurée que si un réseau cohérent de zones protégées en haute mer est mis en place. Ce n’est qu’ainsi que des espèces telles que les baleines à bosse et les tortues luths pourront être véritablement protégées. C’est ce qui ressort de Well Connected, le nouveau rapport de Greenpeace International.
Ce rapport paraît alors que s’ouvre, en Arménie, la conférence des Nations unies sur la biodiversité, la COP17 de la CDB. Il y sera dressé un premier bilan officiel des progrès réalisés par rapport aux objectifs convenus à l’échelle mondiale en matière de biodiversité. L’objectif de protection de 30 % des océans d’ici 2030 sera notamment évalué.
“Notre rapport montre qu’au rythme actuel, il faudra 265 ans avant que 30 % des océans soient protégés” déplore Ruth-Marie Henckes, chargé de campagne océan chez Greenpeace Belgique. “Depuis trop longtemps, les eaux internationales sont une sorte de Far West, dans lequel la pêche industrielle et le transport maritime évoluent sans entrave. Cela a provoqué des dégâts considérables. Les gouvernements nationaux doivent créer un réseau de réserves marines contiguës et entièrement protégées. C’est la seule manière d’éviter aux espèces migratrices d’être tuées par les filets des pécheurs industriels ou d’être percutés par les navires de fret. Ces espèces doivent pouvoir migrer, se nourrir et se reproduire en toute sécurité.”
La Belgique peut elle aussi contribuer à la protection des baleines et des tortues en appelant à la création d’un réseau de zones protégées dans l’océan Atlantique dans le cadre du Traité sur les océans.
Le nouveau rapport de Greenpeace a estimé que les navires de pêche industrielle ont, pêché au total 1,6 million d’heures dans l’océan Atlantique en 2025, soit plus de 180 ans. Ils ont pu le faire en raison de l’absence de zone entièrement ou strictement protégée dans Atlantique. Dans cet océan, aucun endroit n’est actuellement préservé de la pêche industrielle ou du trafic maritime.
Notes à l’attention de la rédaction :
- Rapport : « Well Connected. Protecting the Atlantic High Seas through an ocean-wide sanctuary network »
- Le rapport retrace les routes migratoires atlantiques des tortues luths et des baleines à bosse à travers des zones présentant un risque élevé, respectivement, de prises accessoires et de collisions avec des navires, afin de cartographier les « zones de danger » migratoires pour ces espèces.
- Le rapport identifie 17 sites de réserves marines potentielles.
- Un site regroupe toutes les zones protégées existantes de l’océan Atlantique, qui doivent être reclassées pour bénéficier d’une protection totale. Cinq sites – la mer des Sargasses, la zone de convergence canarienne-guinéenne, Banana Hole, la dorsale des baleines et la zone de fracture équatoriale atlantique – font déjà l’objet d’études menées par les pouvoirs publics, les scientifiques et les ONG en vue de leur protection. Parmi les 11 autres sites nouvellement identifiés, huit sont déjà classés comme zones marines d’importance écologique ou biologique (EBSA).
- Dans ce rapport, le terme « sanctuaire marin » (sanctuary) est utilisé conformément aux normes relatives aux AMP (aires marines protégées) « entièrement » ou « strictement » protégées, telles que définies par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Il recommande d’interdire les activités industrielles dans les zones protégées.
- Seuls 3,5 % des océans du monde sont entièrement ou strictement protégés, ce qui signifie qu’il existe un « déficit de protection marine » de 26,5 % qu’il faut combler pour atteindre l’objectif de 30 %. Au cours des 34 années qui se sont écoulées depuis le sommet de Rio en 1992, lorsque les pays se sont engagés pour la première fois à mettre en place des réseaux d’aires marines protégées afin de préserver la biodiversité marine, la part des zones entièrement et strictement protégées dans l’océan n’a augmenté que de 0,1 % par an. À ce rythme, il faudrait environ 265 ans à la communauté internationale pour atteindre les 26,5 % restants nécessaires à la protection totale de 30 % des océans.


