Luxembourg, le 08 mai 2026La Commission européenne a publié ce lundi les conclusions de son réexamen du règlement européen contre la déforestation (EUDR), confirmant que la loi pourra entrer pleinement en application d’ici le 30 décembre 2026. Après plusieurs reports successifs, Greenpeace Luxembourg, natur&ëmwelt et Fairtrade Lëtzebuerg saluent cette confirmation, mais dénoncent fermement la proposition d’exempter les produits en cuir du champ d’application de la loi. Le gouvernement luxembourgeois et les eurodéputé·es du Grand-Duché ont désormais un rôle clé à jouer pour défendre l’intégrité de ce texte. 

L’EUDR constitue l’un des outils les plus puissants dont dispose l’Union européenne pour lutter contre la destruction des forêts dans le monde et protéger les droits des populations qui en dépendent. Après des années d’incertitude, sa confirmation envoie enfin un signal clair aux entreprises et aux autorités compétentes, qui ont pour beaucoup déjà engagé des efforts considérables pour se mettre en conformité. 

La proposition d’exempter les produits en cuir constitue cependant une brèche préoccupante dans le texte. Le cuir est intrinsèquement lié à la chaîne d’approvisionnement bovine, l’une des principales causes de déforestation à l’échelle mondiale. Entre 2001 et 2022, l’expansion des pâturages a été responsable de 42% de la déforestation agricole mondiale. Exempter le cuir au nom de la simplification, c’est céder aux lobbys de l’industrie au détriment des forêts et des droits humains.

Cette exemption créerait par ailleurs une incohérence flagrante au cœur même du règlement : la viande d’un bovin élevé sur une terre déboisée serait interdite à la vente sur le marché européen, tandis que la peau de ce même animal pourrait y être commercialisée librement. Au-delà de cette absurdité, la démarche est dangereuse car elle cherche à vider partiellement le texte de sa substance. Le Parlement européen et les gouvernements nationaux, y compris le Luxembourg, ont désormais le pouvoir et la responsabilité de la rejeter. 

Le Grand-Duché porte par ailleurs une part de responsabilité dans les pressions qui ont conduit à ces propositions d’affaiblissement. L’année dernière, la ministre de l’Agriculture Martine Hansen s’était placée en tête des États membres réclamant davantage de simplification, fragilisant ainsi la crédibilité d’une loi pourtant essentielle. Les trois organisations appellent aujourd’hui le gouvernement luxembourgeois à changer de cap et à soutenir sans réserve une mise en œuvre stricte et dans les délais de l’EUDR, en refusant notamment toute nouvelle exemption sectorielle.