Par Amanda Larsson – Responsable de campagne pour l’Agriculture, Greenpeace Aotearoa

Lorsqu’on parle de la crise climatique, ce sont généralement les géants des énergies fossiles comme Shell ou Exxon qui occupent le devant de la scène. Mais il existe pourtant un autre géant de l’industrie, qui joue un rôle majeur dans la destruction climatique et vise actuellement une expansion massive en Afrique.

Découvrez JBS : la plus grande entreprise de viande au monde, et probablement l’une des plus grandes menaces climatiques dont vous n’avez peut-être jamais entendu parler.

Pour saisir son ampleur, quelques chiffres suffisent : elle a la capacité d’abattre environ 76 000 bovins, 14 millions de poulets, 147 000 porcs et 23 500 agneaux chaque jour. Ses émissions de méthane dépasseraient les émissions de l’élevage en France, en Allemagne, au Canada et en Nouvelle-Zélande réunies.

Depuis des décennies, JBS domine le marché du bœuf au Brésil, un secteur qui constitue le principal moteur de la destruction de la forêt amazonienne. En plus d’être directement impliquée dans des scandales de corruption, l’entreprise a, à travers sa chaîne d’approvisionnement, été liée à de graves violations des droits humains et à l’élevage illégal de bétail sur des terres autochtones. Aujourd’hui, pour remplir les poches de ses actionnaires milliardaires, la multinationale exporte ce modèle toxique d’extraction vers une nouvelle frontière : l’Afrique subsaharienne.

élevage bovin et déforestation en Amazonie lié à JBS
Élevage bovin dans une zone déboisée de Querência, dans l’État du Mato Grosso. L’élevage bovin est le principal facteur de destruction de la forêt en Amazonie brésilienne. Près de 80 % de la superficie totale déboisée en Amazonie est occupée par des pâturages. © Rodrigo Baléia

Un secret d’entreprise à 2,5 milliards de dollars

La moitié de l’expansion mondiale de JBS, estimée à 6 milliards de dollars, est destinée au Nigeria. L’entreprise a signé un accord avec le gouvernement nigérian pour construire six gigantesques usines de transformation de viande. Au moins 1,2 million d’hectares de terres ont déjà été alloués au projet, soit une superficie plus grande que certains petits pays, destinée à être convertie en agriculture industrielle à grande échelle.

Le problème ? Une opacité totale entoure ce projet. 

JBS n’a pas rendu publiques des informations essentielles concernant ses projets, qu’il s’agisse de l’accord conclu avec le gouvernement nigérian ou des évaluations d’impact environnemental et social. Dans une région où le pastoralisme traditionnel fait vivre plus de 20 millions de personnes, il ne s’agit pas simplement d’un projet économique. C’est une menace directe pour la souveraineté alimentaire, la dignité humaine et les moyens de subsistance locaux. 

Au Nigeria, les communautés locales et les organisations de la société civile s’organisent et résistent. Elles demandent de la transparence et alertent sur les risques, notamment l’accaparement des terres, les déplacements massifs de population et la disparition des modes de vie pastoraux.

Greenpeace Afrique a récemment saisi la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples. Cette démarche met en lumière les projets opaques de JBS et rappelle que les États comme les entreprises ont l’obligation, en vertu de la Charte africaine, de prévenir les atteintes, de garantir la participation du public et d’assurer l’accès à l’information. Les États doivent également pouvoir tenir les entreprises responsables des actes de leurs filiales.

Greenpeace Afrique a déposé un mémoire d’amicus curiae devant la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (AfCHPR), dans lequel l’organisation fait valoir que la destruction du climat constitue une violation systématique et persistante des droits des populations à travers tout le continent africain.

Nous ne resterons pas les bras croisés à regarder cela se produire.

Les multinationales comme JBS prospèrent dans l’ombre. Elles développent leurs activités à l’abri des regards, tandis que les communautés locales subissent les conséquences, avec une pollution accrue, des ressources en eau qui s’épuisent et un climat de plus en plus instable.

Pourquoi ce qui se passe au Nigeria nous concerne toutes et tous

Vous lisez peut-être ces lignes depuis Madrid, Mexico ou Auckland, en pensant que le Nigeria est loin. Pourtant, les stratégies de l’agro-industrie et leurs impacts sont mondiaux, et notre résistance doit l’être tout autant.

L’industrie mondiale de la viande et des produits laitiers est dominée par une poignée de géants industriels, qui en faussent les règles du jeu. Les arrêter nécessite une véritable solidarité internationale.

  • Freiner l’urgence climatique. Le méthane est plus de 80 fois plus puissant que le CO2 à court terme. JBS considère le Nigeria comme une porte d’entrée pour déployer son modèle d’agriculture industrielle à travers tout le continent africain et au-delà. En nous tenant aux côtés de la société civile nigériane, nous pouvons empêcher notre climat commun d’être poussé au-delà de points de bascule irréversibles.
  • Créer un précédent en matière de responsabilité. Partout dans le monde, les lobbies agro-industriels utilisent leur poids économique pour affaiblir les réglementations environnementales, en sacrifiant la santé publique au profit des intérêts privés. Stopper l’expansion de JBS en Afrique enverrait un signal fort. Aucune entreprise n’est trop puissante pour rendre des comptes, et aucune communauté ne peut être expulsée dans le secret.

Exigeons de la transparence de la part de JBS

Nous avons déjà constaté les dégâts causés par des entreprises comme Shell sur le climat, l’environnement et les droits humains. JBS s’apprête aujourd’hui à suivre une trajectoire similaire.

L’histoire montre que les grandes entreprises n’évoluent que sous la pression citoyenne. Le modèle de l’agro-industrie repose sur l’influence politique, le greenwashing, la corruption et l’opacité pour maintenir un système de surproduction industrielle, qui génère des profits pour quelques-uns au détriment des populations et de la nature.

Mais nous nous battons pour un autre avenir. Un avenir où l’alimentation sert les populations, pas les profits des multinationales. 

Un système alimentaire juste suppose de mettre un terme à cette expansion et de garantir que les communautés locales conservent la maîtrise de leurs terres. Au Nigeria, elles se mobilisent déjà. 

Aujourd’hui, nous avons besoin de vous pour faire la lumière sur les projets de JBS et empêcher une nouvelle vague de destruction avant qu’elle ne commence.