Bruxelles/Luxembourg, le 19 mars 2026 – Une projection lumineuse aux couleurs dorées et au message « Trump Tower – Resist Trump’s Agenda » a transformé ce matin le siège de la Commission européenne à Bruxelles en réplique d’un gratte-ciel de Donald Trump [1]. L’action vise les chef·fes d’État réuni·es aujourd’hui pour un sommet européen, accusé·es de céder aux exigences de l’administration américaine [2]. Le Luxembourg n’est pas épargné : le gouvernement a lui-même reconnu avoir été contacté par des représentant·es diplomatiques et des entreprises américaines pour l’inciter à assouplir des textes législatifs européens sur le climat et la durabilité.

« Trump veut dominer l’Europe, et jusqu’ici la plupart des dirigeant·es européen·nes semblent le laisser faire », déclare Ariadna Rodrigo, chargée de campagne politique à Greenpeace EU. « Au lieu de résister, l’Europe démantèle ses propres protections sanitaires et environnementales, et s’enchaîne au pétrole et au gaz américains pour satisfaire Trump et ses alliés milliardaires. Quand des responsables politiques parlent de “simplifier les règles pour la compétitivité”, cela signifie en pratique autoriser davantage de produits chimiques toxiques dans nos vêtements et notre alimentation, ou laisser les géants de la tech envahir notre vie privée. Passer à 100 % d’énergie renouvelable et à une agriculture écologique briserait cette dépendance tout en protégeant le pouvoir d’achat des ménages. L’UE doit résister à l’agenda du chaos de Trump et défendre ses citoyen·nes plutôt que les grandes entreprises et les ultra-riches. »
À l’ordre du jour du sommet figurent la réaction européenne aux tensions au Moyen-Orient et à la hausse des prix de l’énergie qui en découle, la poursuite de la guerre en Ukraine et le prochain budget de l’Union, mais aussi les propres initiatives de déréglementation des protections environnementales, sanitaires et numériques. C’est précisément sur ces dernières que le gouvernement américain et ses lobbyistes font pression, cherchant à démanteler des textes comme le règlement européen sur la déforestation (RDUE), la réglementation sur le méthane et la taxe sur les services numériques.
« Les ministres luxembourgeois ont eux-mêmes reconnu, en réponse à des questions parlementaires récentes, avoir été approchés par des entreprises et par l’ambassade américaine pour orienter la position du Grand-Duché sur des textes clés comme le RDUE, la directive sur le devoir de vigilance ou encore les plans de transition climatique des entreprises », ajoute Gauthier Hansel, chargé de campagne à Greenpeace Luxembourg. « Des intérêts américains frappent à la porte de nos ministères, et le gouvernement a la responsabilité de ne pas y céder. »
Ces pressions s’inscrivent dans un rapport de force plus large. Dans le cadre d’un accord commercial visant à réduire les droits de douane, la présidente de la Commission Ursula von der Leyen s’est engagée à importer 750 milliards de dollars d’énergie américaine d’ici fin 2028, principalement du pétrole et du gaz. En 2025, les États-Unis fournissaient déjà 27 % des importations gazières de l’UE, une part qui pourrait atteindre 40 % d’ici 2030. La commission du commerce du Parlement européen doit prochainement se prononcer sur l’accord, avant un vote en séance plénière probablement fin mars. Greenpeace appelle les eurodéputé·es à le rejeter : accroître la dépendance énergétique de l’Europe vis-à-vis de Washington, c’est lui offrir un levier supplémentaire sur nos choix politiques et exposer davantage les ménages à la volatilité des prix.
Par ailleurs, la plupart des dirigeant·es européen·nes ont jusqu’ici évité de condamner fermement les menaces et actions militaires de l’administration Trump contre le Venezuela, Cuba et l’Iran, malgré les préoccupations qu’elles soulèvent au regard du droit international. Greenpeace appelle l’ensemble des gouvernements à défendre ce droit et à protéger les populations civiles, et l’UE à exiger un arrêt immédiat des hostilités et la levée des blocus empêchant l’acheminement de l’aide humanitaire.
Notes
[1] Des photos de l’action en haute résolution sont téléchargeables ici.
[2] Un briefing médias sur les pressions américaines visant à démanteler les règles européennes de protection des personnes et de la nature est accessible via ce lien.


