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Kuala Lumpur, Malaisie, 27 mai 2020 –  Greenpeace Malaisie publie de nouvelles conclusions sur les effets à long terme d’un système de recyclage déficient, plus connu sous le nom de commerce international des déchets plastiques. Dans son dernier rapport, The Recycling Myth 2.0 (ndlr : Le mythe du recyclage 2.0), l’organisation lève le voile sur les substances et produits chimiques – potentiellement dangereux pour l’humain et l’environnement – découverts dans des échantillons d’eau et de sol prélevés sur quatre sites malaisiens, dans les États de Selangor et de Kedah [1]. 

Le déversement illégal de déchets plastiques en provenance de pas moins de 19 pays a laissé une marque indélébile sur la Malaisie et ses voisins d’Asie du Sud-Est. La pandémie de Covid-19 n’est pas le seul ennemi invisible que doivent affronter les habitants de Selangor et Kedah :  ils font également face aux contaminants chimiques qui subsistent dans l’environnement, avec la possibilité que ceux-ci contaminent la chaîne alimentaire.” regrette Heng Kiah Chun, responsable de campagne pour Greenpeace Malaisie.

Les analyses des échantillons prélevés sur les sites d’incinération des déchets plastiques ont révélé que le sol, sur de très vastes zones, était composé de plastiques broyés plutôt que de terre. Les examens ont également exposé une très haute concentration en métaux lourds, notamment de cadmium et de plomb, qui peuvent s’accumuler dans l’organisme au fil du temps.

Entre 2019 et 2020, le gouvernement malaisien a fait fermer 218 usines de recyclage illégales [2]. Les efforts de collaboration internationale entre la Malaisie et d’autres pays à travers le monde se sont également soldées par le rapatriement de 150 conteneurs totalisant 3,737 tonnes de déchets plastiques illégaux [3] (soit un tiers du poids de la Tour Eiffel). Mais nous devons toujours nous attaquer à la source du problème.

Les pays exportateurs comme l’Allemagne doivent assumer la responsabilité de leurs déchets. Des réglementations plus strictes sont nécessaires pour réduire considérablement la production d’emballages plastiques à usage unique par des multinationales comme Nestlé, de sorte que les déchets n’aient, en premier lieu, plus besoin d’être exportés. » estime Manfred Santen, responsable de campagne pour Greenpeace Allemagne.

Nous devons maximiser le taux de recyclage et mettre fin à toutes les exportations non-transparentes de déchets. Une grande partie de ces derniers, sous couvert de “recyclabilité”, entre illégalement en Malaisie. C’est la raison pour laquelle les pays exportateurs doivent contribuer aux mesures de réduction et assumer les coûts nécessaires à l’élimination des déchets – les leurs ! – déversés dans des pays comme la Malaisie. » ajoute-t-il.

La bataille acharnée de la Malaisie contre les déchets plastiques a pris une tournure dramatique avec l’interdiction chinoise des importations de déchets plastiques en janvier 2018 [4]. Ceux-ci provenaient principalement de pays comme les États-Unis, le Japon, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Australie et l’Italie.


NOTES

Le rapport “The Recycling Myth 2.0” peut être téléchargé ici (en anglais).

Le rapport technique est disponible ici.

Vous pouvez retrouver d’autres images ici.

[1] Les sites revisités à Selangor sont situés à Pulau Indah et Kapar dans le district de Klang, ainsi qu’à Kampung Sri Cheeding dans le district de Kuala Langat ; le site de Kedah était une décharge non réglementée située au bord de la rivière Sungai Muda. Les résultats ont révélé que plusieurs décharges démantelées n’ont été assainies que de façon superficielle, puisque des restes de déchets plastiques brûlés et broyés ont été laissés en tant que couche arable, contenant métaux lourds et métalloïdes. Des contaminants chimiques ont de plus été trouvés dans les sols et sources d’eau à proximité. 

[2] D’après le gouvernement malaisien, certains recycleurs sans scrupules dissimulent également leurs importations ou les falsifient sous un code de  douanes erroné – HS 3915 étant le code pour les déchets plastique. Avec l’augmentation de la répression par l’État de Selangor et du ministère de l’environnement, les importations de déchets plastiques se sont déplacées vers les États du nord de la Malaisie, à Kedah et Penang, en submergeant le port de Penang.

[3] La Malaisie renvoie 150 conteneurs de déchets plastique vers leurs pays d’origine

[4] Entre 2016 et 2018, la région de l’Asie du Sud-Est a vu augmenter les importations de déchets plastiques de 171%, passant de 836,529 à 2,265,962 tonnes. L’équivalent d’environ 423 544 conteneurs standards de 20 pieds.