Nous écrivons une page de notre histoire aujourd’hui. Enfin, La Haye ne peut plus nous ignorer. Aujourd’hui, le tribunal trace une ligne dans le sable. Nos vies, notre culture et notre pays sont pris au sérieux. L’État ne peut plus détourner le regard.
Onnie Emerenciana, plaignante dans l’affaire climatique de Bonaire
Ce 28 janvier, les habitant·es de Bonaire – une des îles des Antilles néerlandaise – ont remporté une victoire historique. Une victoire pour leur communauté, mais aussi pour toutes celles et ceux, dans le monde entier, qui luttent pour la justice climatique.
À travers un jugement inédit, le tribunal a estimé que les Pays-Bas violaient les droits humains des habitant·es de Bonaire en ne les protégeant pas suffisamment contre la crise climatique. L’État néerlandais ne peut traiter les habitant·es de Bonaire comme des citoyen·es de seconde zone et doit les protéger efficacement contre les effets de la crise climatique.

La lumière au bout d’années de combat
L’île de Bonaire est frappée de plein fouet par la crise climatique. La vie quotidienne de l’île est directement impactée par les vagues de chaleur extrême, par la mort des récifs coralliens et par l’élévation du niveau de la mer. Alors que le gouvernement néérlandais protège ses citoyen·nes en territoire européen, cette protection semble absente à Bonaire.
Cette inégalité criante est au cœur de cette affaire.
En janvier 2024, les habitant·es de Bonaire se sont associé·es à Greenpeace pour saisir la justice. Ils ont fait valoir que la politique climatique de l’État ne respectait pas ses obligations en matière de droits humains et que la population de Bonaire en payait le prix.
Le juge leur a donné raison. Dans son jugement, il a reconnu ce que les habitant·es de Bonaire savent depuis longtemps : la crise climatique est une menace réelle et croissante pour leur vie et leur sécurité. Le juge a explicitement déclaré que “l’État a l’obligation légale de protéger le droit des habitant·es de Bonaire à la vie, à la santé, au bien-être et à la jouissance de leur propre culture contre les effets négatifs du dérèglement climatique.”

Une affaire qui s’inscrit dans un mouvement mondial
Partout dans le monde, des communautés se battent devant les tribunaux pour obtenir une justice climatique. Avec succès.
Des personnes de tout âge contestent l’insuffisance des politiques climatiques. Des communautés autochtones défendent leurs terres, leur culture et leurs traditions. Des États insulaires exigent que leurs dommages climatiques soient reconnus. Partout, le message qui passe est de plus en plus fort. Les gouvernements et les entreprises ne peuvent plus ignorer la crise climatique sans en subir les conséquences juridiques.
Le verdict rendu dans l’affaire Bonaire s’inscrit dans cette dynamique mondiale. Il montre que les juges sont de plus en plus à l’écoute des communautés vulnérables à la crise climatique, qu’ils prennent la science au sérieux et reconnaissent que l’absence d’action climatique constitue une violation des droits humains fondamentaux.
Chaque affaire s’appuie sur la précédente et renforce la suivante. Chaque victoire envoie un signal clair : l’action climatique est une obligation juridique et morale envers les êtres humains et la planète.

Force citoyenne
Les habitant·es de Bonaire se sont exprimé·es au sujet de leur vie : au sujet de leurs maisons, de leur santé et de l’avenir de leurs enfants.
Greenpeace Pays-Bas les a soutenus et accompagnés à chaque étape du processus. Nos collègues néerlandais ont également commandé une étude sur l’aggravation des risques climatiques dans le cadre de la politique actuelle. Les équipes juridiques des cabinets d’avocats Kennedy Van der Laan et Prakken d’Oliveira, Greenpeace International et des alliés stratégiques ont apporté leur expertise cruciale et ont aidé à transformer les expériences des habitants de Bonaire en force juridique.
Et maintenant ?
Cette décision est une étape importante, mais l’histoire n’est pas finie pour autant. L’État néerlandais doit désormais respecter immédiatement et pleinement ses obligations. Cela implique une politique climatique plus forte, une réduction plus rapide des émissions et un plan d’adaptation qui protège les habitants de Bonaire contre les conséquences croissantes de la crise climatique.
Cette affaire montre que le changement est possible. Lorsque les communautés s’organisent, lorsque leurs récits et les conclusions scientifiques parviennent jusqu’aux tribunaux, et lorsque les citoyen·nes refusent d’accepter l’injustice, même les puissants peuvent être tenus responsables et contraints de changer.
Et d’autres verdicts sont attendus partout dans le monde.
En Belgique, Hugues Falys, un agriculteur, a assigné TotalEnergies en justice pour sa responsabilité dans la crise climatique qui a lourdement impacté son travail d’agriculteur. Il est soutenu dans son combat par Greenpeace Belgique et d’autres associations. Le verdict est attendu d’ici fin avril.


