L’été vient à peine de commencer que nous avons déjà connu une vague de chaleur. Au cours des prochains mois, la crise climatique va d’ailleurs encore s’aggraver en raison d’un phénomène El Niño particulièrement intense. L’Europe peut s’attendre à une nouvelle période de violents feux de forêt. Et pourtant, nous sommes toujours mal préparés pour faire face à ce risque qui augmente chez nous aussi.
Depuis de nombreuses années, Greenpeace analyse les causes, les lieux et l’impact environnemental des feux de forêt dans les régions riches en forêts primaires, comme l’Amazonie, le Canada, la Sibérie et l’Indonésie. Les causes de ces incendies peuvent varier considérablement d’une région à l’autre, mais leur ampleur, leur fréquence et leur intensité augmentent rapidement à l’échelle mondiale, en raison de la crise climatique. L’année dernière, l’organisation américaine World Resources Institute a estimé que le feu était devenu la principale cause de la destruction et de la dégradation des forêts.

Cette année encore, les prévisions sont inquiétantes. Les climatologues mettent en garde contre un El Niño très puissant. Il s’agit d’un phénomène récurrent caractérisé par le réchauffement des eaux de l’océan Pacifique. À l’échelle mondiale, il entraîne une hausse des températures, une modification des régimes pluviométriques et, dans de nombreuses régions, un risque accru d’incendies de grande ampleur.
En Europe, le nombre d’incendies augmente aussi
En 2025, les incendies ont ravagé plus d’un million d’hectares en Europe, un triste record. La plupart de ces incendies ont frappé l’Espagne et le Portugal, mais on en voit de plus en plus souvent se déclarer dans des régions moins habituelles, comme les Pays-Bas, le Royaume-Uni, l’Allemagne et le centre de la France. Ce ne sont pas que des forêts qui brûlent, mais aussi des landes, des tourbières et des prairies. C’est pourquoi les experts utilisent le terme plus général de « feux de végétation » (ou « wildfires » en anglais).
Les scientifiques prévoient une aggravation considérable de la crise climatique au cours des prochaines décennies, ce qui entraînera également une augmentation de la fréquence et de l’intensité des feux de forêt. On s’attend à ce que le nombre d’incendies soit décuplé en Europe du Sud, mais aussi en Europe occidentale, centrale et du Nord.
La commissaire européenne chargée de la gestion des crises, la Belge Hadja Lahbib, a déclaré le mois dernier que la Commission européenne considérait les feux de forêt comme une « nouvelle réalité » pour l’Europe. La lutte contre les incendies relève de la compétence des États membres de l’Union européenne, mais la Commission européenne joue un rôle de coordination.

© Pedro Armestre/Greenpeace.
La Belgique n’y échappe pas non plus
Heureusement, nous n’associons pas encore notre pays à des incendies de forêt dévastateurs et de grande ampleur, comme ceux que l’on peut voir en Espagne, en Grèce ou en Californie.
En effet, la plupart de nos réserves naturelles et de nos forêts sont relativement petites et morcelées, surtout en Flandre, ce qui fait que les grands incendies y sont rares.
Mais ce morcellement comporte également des risques : nos espaces naturels se trouvent souvent juste à côté de zones urbanisées. En cas de problème, nous risquons d’être rapidement confrontés à des dommages économiques aux habitations et à un danger pour la santé publique causé par les fumées.
Dans une récente analyse de risques, le Centre national de crise a identifié les feux de forêt comme un risque « à forte probabilité ». Les scientifiques s’attendent à ce que les feux de forêt se multiplient et gagnent en intensité au cours des 15 à 20 prochaines années. De plus, le Centre prévoit que les incendies se déclareront plus fréquemment à plusieurs endroits en même temps. Dans un tel scénario, les effectifs et le matériel dont nous disposons pour lutter contre les incendies risquent très vite d’atteindre leurs limites. Un récent rapport du Centre d’analyse des risques liés au changement climatique (CERAC) conclut également que notre pays n’est pas bien préparé à cette nouvelle réalité.
En Belgique, ce sont surtout les landes et les forêts de pins adjacentes situées sur les sols sableux secs de la Campine et du Limbourg, ainsi que les tourbières, qui sont les plus « sensibles aux incendies ». Une partie importante de notre superficie forestière est constituée de monocultures, c’est-à-dire de forêts composées d’arbres d’une même espèce, principalement l’épicéa commun dans les Ardennes et le pin sylvestre en Campine. Ces forêts présentent souvent moins d’intérêt pour la biodiversité et sont également très vulnérables aux maladies, aux tempêtes, à la sécheresse et aux incendies.

© Kevin McElvaney/Greenpeace (Massif du Harz, Allemagne, mai 2021)
Jusqu’à récemment, très peu de recherches étaient menées dans notre pays sur les causes, l’ampleur et la fréquence des feux de forêt. C’est pourquoi, l’année dernière, les universités de Gand et de Liège ont fondé le Belgian Wildfire Network (BWN). Outre la coordination des connaissances existantes, ce nouveau réseau souhaite également contribuer à sensibiliser davantage la population aux risques d’incendie. En effet, les départs de feux de forêt dans notre pays sont pratiquement tous dus à une activité humaine : qu’il s’agisse d’une cigarette jetée par négligence, d’un barbecue qui a mal tourné ou d’un exercice de tir militaire imprudent. Mais en raison d’une sécheresse persistante, de la chaleur et d’un vent qui s’intensifie, de petits feux peuvent se transformer très rapidement en incendies incontrôlables.
Il est grand temps d’adopter une approche structurelle : restauration de la nature et prévention
Nous ne pouvons plus empêcher la crise climatique de se manifester chez nous. Dès lors, il est logique que nous investissions davantage dans la prévention et la lutte contre les incendies. Mais pour limiter autant que possible l’aggravation des vagues de chaleur, des inondations et des feux de forêt, nous devons abandonner au plus vite les combustibles fossiles. Dans le cas contraire, nous ne ferions qu’aggraver encore davantage la crise climatique.
Pour éviter les conséquences les plus graves de la crise climatique, la nature est notre meilleure alliée. Nous appelons à :
- Mettre en place une gestion forestière plus respectueuse de la nature : transformer les grandes monocultures d’épicéas communs et de pins sylvestres en forêts mixtes composées d’un mélange d’essences feuillues indigènes, plus favorables à la biodiversité et capables de réduire considérablement le risque d’incendies.
- Créer davantage d’espaces verts urbains : les arbres et les parcs apportent un rafraîchissement indispensable lors des vagues de chaleur. Nous devons donc les protéger et les étendre en désimperméabilisant autant que possible les espaces publics.
- Donner plus d’espace aux rivières et aménager des zones inondables : ceci permet de mieux retenir l’eau et d’éviter les inondations.
Une étude récente de l’Université de Gembloux et l’Institut flamand de recherche technologique (VITO) a montré que les bénéfices financiers de la restauration de la nature dans notre pays sont bien supérieurs aux coûts. Il est donc incompréhensible que notre gouvernement tarde autant à agir et fasse preuve d’aussi peu d’ambition pour mettre en œuvre la Loi européenne sur la restauration de la nature.



