À moins d’être passionné·e de plongée, il y a de fortes chances que vous n’ayez jamais entendu parler de Raja Ampat. Pourtant, cet archipel situé dans la province indonésienne de Papouasie du Sud-Ouest est un véritable paradis sur terre. Les biologistes vont même jusqu’à décrire cette région comme « l’épicentre de la biodiversité marine ».

Raja Ampat compte plus de 1 500 îles, bancs de sable et récifs coralliens et s’étend sur plus de 4,6 millions d’hectares de terres et de mers, dont un réseau de 1,7 million d’hectares de zones marines protégées.

Une photo aérienne de l’île emblématique de Wayag, dans l’archipel de Raja Ampat, au sud-ouest de la Papouasie. © Jurnasyanto Sukarno / Greenpeace

Voilà bien des années que Raja Ampat est considéré comme un exemple exceptionnel de réussite en matière de préservation de la nature. Aujourd’hui, cet écosystème d’importance mondiale est toutefois confronté à une pression croissante de la part des industries extractives. L’expansion rapide de l’extraction du nickel menace désormais les forêts, les récifs coralliens et les communautés qui ont fait de cet archipel l’un des plus grands trésors de biodiversité au monde.

Voici cinq choses à savoir absolument pour comprendre l’importance de Raja Ampat, et pour mesurer combien la protection de ce lieu extraordinaire nous concerne tous.

1. Raja Ampat est le cœur du Triangle de corail

Un récif de corail à Raja Ampat. © Paul Hilton / Greenpeace

Les eaux de Raja Ampat comptent parmi les zones marines les plus riches en biodiversité de la planète. Situé au cœur du Triangle de corail, une vaste région reconnue comme le centre mondial de la biodiversité marine tropicale, l’archipel abrite environ 75 % des espèces de coraux du monde et quelque 2 500 espèces de poissons. Sous ses eaux turquoise, des récifs coralliens aux couleurs éclatantes offrent un refuge aux raies mantas, aux tortues de mer, aux requins de récif et à d’innombrables autres espèces, faisant de Raja Ampat l’un des écosystèmes sous-marins les plus extraordinaires au monde.

2. Sa biodiversité ne s’arrête pas au rivage

Si Raja Ampat est célèbre pour ses récifs coralliens, ses forêts n’en sont pas moins extraordinaires. Abritant des mammifères endémiques, des oiseaux de paradis et des mangroves luxuriantes, ces forêts sont indissociables des mers qui les entourent. Mers et forêts forment ensemble un écosystème vivant dans lequel les forêts protègent les récifs coralliens, les mangroves abritent la vie marine et où prospèrent encore des espèces que l’on ne trouve nulle part ailleurs sur Terre. Raja Ampat abrite 47 espèces de mammifères, dont le cuscus tacheté de Waigeo, une espèce endémique, et 274 espèces d’oiseaux, dont six ne se trouvent nulle part ailleurs sur Terre.

Le paradisier républicain ne vit que dans les forêts tropicales de Raja Ampat.
©  Bernard Van Elegem / Greenpeace.

3. Les populations autochtones ont fait de Raja Ampat un exemple de réussite en matière de conservation

Bien avant que Raja Ampat soit connu dans le monde entier, les communautés autochtones de Papouasie occidentale prenaient soin de ces mers et de ces îles de génération en génération. Leurs cultures, leurs moyens de subsistance et leurs identités sont indissociables des forêts, des mangroves et des récifs qui font vivre l’archipel tout entier.

Au fil des ans, les communautés autochtones, les organisations locales, les associations de défense de l’environnement et les pouvoirs publics ont uni leurs efforts pour protéger Raja Ampat. Ces efforts collectifs ont contribué à en faire l’une des réussites les plus célèbres au monde en matière de préservation de la nature. En 2023, une grande partie de l’archipel a été classée géoparc mondial de l’UNESCO, et de vastes zones terrestres et maritimes sont désormais protégées par les mesures de conservation indonésiennes. En septembre 2025, portée par une mobilisation populaire massive autour de la campagne #SaveRajaAmpat, l’UNESCO a reconnu la région comme réserve de biosphère, lui conférant ainsi un double statut.

Raja Ampat s’est aussi imposée comme un modèle international, prouvant que la protection de l’environnement et le tourisme local peuvent bénéficier conjointement à la nature et aux populations autochtones.

4. La course mondiale aux minéraux menace Raja Ampat

Pendant des décennies, Raja Ampat est resté largement préservé d’un développement industriel à grande échelle. Mais aujourd’hui, l’archipel subit une pression croissante de la part des industries extractives. 

Une photo aérienne montre les dégâts causés par l’exploitation minière du nickel dans le Sud-ouest de la Papouasie. © Jurnasyanto Sukarno / Greenpeace

Une enquête de Greenpeace Indonésie publiée en juin 2025 a recensé 16 licences d’exploitation minière de nickel, actives ou plus anciennes, dans la région de Raja Ampat. Ces conclusions ont fait craindre que l’un des plus importants réservoirs de biodiversité de la planète devienne le nouveau terrain d’affrontement de la course mondiale aux minéraux critiques. Or, l’exploitation minière du nickel n’est pas essentielle. Ce qui est essentiel, ce sont les écosystèmes qui assurent la vie sur Terre et nous protègent de la crise climatique. Ce qui est essentiel, ce sont les moyens de subsistance, les savoirs et la sagesse de ceux qui vivent en harmonie avec la planète depuis des millénaires.

5. Malgré une victoire majeure, la menace persiste

À la suite d’une enquête menée par Greenpeace et d’une large mobilisation citoyenne dans le cadre de la campagne #SaveRajaAmpat, le gouvernement indonésien a révoqué, en 2025, quatre des cinq permis d’extraction de nickel en vigueur dans la région. Ce fut une victoire majeure, mais l’un des permis d’exploitation minière reste en vigueur, et la pression n’a pas disparu pour autant. 

Dans un rapport publié ces jours-ci, Greenpeace Indonésie révèle qu’au moins trois entreprises minières concoctent de nouveaux projets d’extraction de nickel dans l’est de Waigeo, la plus grande île de l’archipel de Raja Ampat, alors que l’exploitation du charbon et l’expansion des activités pétrolières et gazières se poursuivent dans toute la région.

© Nita / Greenpeace

Il n’est pas trop tard pour protéger le dernier paradis sur Terre

Les victoires remportées ces dernières années ont montré que la pression de l’opinion publique peut faire la différence. Mais la protection de cet archipel extraordinaire nécessite un travail de longue haleine pour empêcher les industries extractives destructrices de s’étendre à des endroits comme ceux-ci, tout en reconnaissant et en renforçant les droits, les territoires et le rôle de premier plan des peuples autochtones qui en prennent soin depuis des temps immémoriaux.

Alors que le monde entier cherche des solutions aux crises climatiques et de la biodiversité, Raja Ampat nous rappelle que les solutions les plus efficaces existent déjà. Elles commencent par la protection de la nature, la reconnaissance des droits et du rôle moteur des peuples autochtones, et la vigilance pour que des endroits comme celui-ci ne soient jamais sacrifiés au nom du développement économique.