Dans un monde qui subit les conséquences des catastrophes climatiques, de la Covid-19 et de l’injustice sociale systémique, les gouvernements n’ont pas à soutenir les industries polluantes avec de l’argent public. 

Pourquoi les dirigeants politiques sauveraient-ils l’industrie aérienne alors qu’ils pourraient plutôt investir dans des emplois verts et un avenir durable ? Cela n’a aucun sens, d’autant plus que dans certains pays, les vols ont chuté de 90 % lors de la pandémie. Nous devons construire un monde meilleur pour nous tous, y compris pour les dizaines de milliers de travailleurs du secteur de l’aviation qui ont perdu leur emploi rien qu’en Europe. Nous devons transformer nos transports.

Un vol direct pour la crise climatique

Il ne fait aucun doute que l’aviation est un facteur majeur de la crise climatique. Par exemple,  en Autriche (le chiffre exact dépend du mix électrique du pays) prendre l’avion génère jusqu’à 30 fois plus de CO2 par passager et par kilomètre que prendre le train, et si l’on tient compte de tous les effets néfastes de l’avion sur le climat, c’est jusqu’à 77 fois pire. Il s’agit également de l’une des rares sources majeures d’émissions de CO2 qui continuent de croître dans l’Union européenne, avec une hausse de 26 % en 2018 par rapport à 2013. Avant l’arrivée de la Covid, le nombre de passagers en Europe était également en augmentation, plus de 30 % au cours des cinq dernières années.

L’aviation doit prendre ses responsabilités !
Fini les chèques en blanc pour les compagnies aériennes

Un vol aller-retour Lisbonne-New York génère à peu près autant de CO2 que le chauffage d’un logement dans l’Union européenne pendant une année entière. Le CO2 ne représentant qu’un tiers de l’ensemble des émissions liées aux avions, leur impact climatique est bien plus important encore. 

Cet impact peut également être attribué à un groupe relativement limité de personnes qui prennent souvent l’avion. Par exemple, à peine 1 % de la population mondiale est responsable de pas moins de 50 % des émissions totales de l’aviation.

Les gouvernements favorisent l’aviation, au détriment du rail 

Tout en prônant publiquement le mantra capitaliste du marché libre, les gouvernements de l’Union européenne ont mis en place des mesures qui profitent à ceux qui détraquent le climat et qui désavantagent les solutions plus écologiques. Les compagnies aériennes continuent de bénéficier de privilèges importants qui faussent le marché, comme l’exemption de taxes sur le kérosène et de la taxe sur la consommation (TVA) sur les billets internationaux. Avec des offres à 9,99 euros pour voler de Londres à Majorque, le coût de la catastrophe climatique dans laquelle les dirigeants des compagnies aériennes nous entraînent est totalement absent du prix du billet. Les compagnies de chemin de fer paient quant à elles des taxes élevées sur l’énergie et des péages ferroviaires. Des faits difficiles à comprendre après trente ans de discussions mondiales sur le climat.

Fini les chèques en blanc pour les compagnies aériennes

Pour faire face à la crise climatique, l’Europe doit réduire considérablement ses vols. Certains espèrent que la baisse des vols cette année pourrait être une tendance durable, en prévoyant que le nombre de vols ne reviendra pas aux niveaux d’avant le coronavirus puisque les réunions virtuelles se sont imposées comme une alternative aux voyages d’affaires. Mais la façon dont les choses se passent politiquement en Europe ne confirme pas cette hypothèse, bien au contraire.

Trente milliards d’euros d’argent public ont déjà été accordés aux compagnies aériennes européennes pour les maintenir à flot, que ce soit sous forme de soutien direct ou de garanties de prêts. Bien que les mouvements écologiques aient exigé que les sauvetages soient conditionnés au respect de critères climatiques et sociaux stricts, presque aucune condition n’a été incluse dans les chèques que les dirigeants européens ont remis aux compagnies aériennes. L’Autriche a négocié un accord avec les compagnies aériennes pour éliminer progressivement les vols intérieurs ultra-courts et la France a annoncé qu’elle suivrait, mais il reste à voir ce que la législation dictera réellement. Il s’agit peut-être d’un petit pas dans la bonne direction, mais les changements dans le domaine des transports doivent aller plus loin et plus vite pour répondre à l’urgence climatique créée par les grands pollueurs.

Protégeons les gens et la planète, pas l’aviation

Espérons que ces changements arrivent rapidement. La deuxième vague de la Covid-19 en Europe a de nouveau cloué au sol la plupart des avions. Comme les revenus s’amenuisent, les compagnies aériennes et les aéroports vont de nouveau demander aux gouvernements une autre série de renflouements financiers massifs.

Fini les chèques en blanc pour les compagnies aériennes

Saisissons ensemble cette occasion. Comment ? En mettant la pression sur nos gouvernements, nous voulons éviter qu’ils signent d’autres chèques en blanc pour le secteur de l’aviation. Nos gouvernements doivent plutôt veiller à ce que les compagnies aériennes réduisent considérablement leurs émissions de CO2, par exemple en supprimant progressivement les vols court-courriers. Avec les syndicats, exigeons qu’ils prennent des mesures pour protéger les travailleurs et assurent une transition juste. Par exemple en mettant fin à la pratique du « dumping salarial » dans le secteur et en proposant des programmes de requalification de haut niveau pour le personnel qui pourrait perdre son emploi.

Concrètement, nous voulons que l’argent soit investi là où il fera le plus de bien pour les gens et la planète, aujourd’hui et demain. Pour cela, nous demandons que les investissements n’aillent plus à l’extension d’aéroports (ou d’autoroutes), mais qu’ils soient réorientés vers le soutien du trafic ferroviaire local, régional et continental et vers le soutien à des alternatives dans les zones urbaines, comme le vélo, la marche et les transports publics.

L’aviation ne peut pas revenir à la normale. La normalité était déjà une crise.

Elodie Mertz, Responsable de la campagne Qualité de l’air et Mobilité, Greenpeace Belgique

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