Tundra in Alaska. © Markus Mauthe / Greenpeace
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Le rapport du GIEC souligne la nécessité urgente d’une réponse nationale et internationale plus forte à la crise climatique.

Luxembourg, 9 août 2021Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) [1] a présenté aujourd’hui un compte rendu traitant des éléments scientifiques au sujet du changement climatique. Ce rapport est le premier des trois que publiera le GIEC au cours de l’année dans le cadre de son 6e rapport d’évaluation. Le document synthétise les dernières connaissances scientifiques sur l’état de notre système climatique et nous met en garde contre la direction que nous prenons si aucune action urgente n’est entreprise. À la lumière des conclusions du GIEC, Greenpeace appelle le gouvernement luxembourgeois à faire enfin de la protection du climat sa priorité absolue. À l’approche de la prochaine conférence des Nations Unies sur le changement climatique (COP26) en Écosse, le Luxembourg doit adopter des mesures de protection du climat ambitieuses et contraignantes pour tous les secteurs de notre économie et de notre société. 

Inondations, vagues de chaleur, sécheresses, tempêtes – ces dernières semaines, les évènements climatiques extrêmes à travers le monde ont fait la une des journaux. Des personnes sont mortes ou portées disparues, d’autres ont perdu leurs biens, des maisons ont été détruites et des quartiers entiers vont devoir être reconstruits : ces drames, que nous avons nous-même vécu, au Luxembourg, se multiplient et prouvent à nouveau que la protection du climat doit figurer en priorité absolue de l’agenda politique et qu’une action immédiate et décisive est nécessaire. 

« Les inondations dans notre pays doivent servir de signal d’alarme pour la société toute entière. Nos responsables politiques doivent enfin se débarrasser de leurs œillères et reconnaître l’urgence de la situation dans laquelle nous nous trouvons », explique Frank Thinnes, chargé de campagne Climat et énergie pour Greenpeace Luxembourg. « Il n’est pas encore trop tard, mais la fenêtre d’action pour prévenir les pires conséquences du changement climatique se referme vite. » 

Copyright: Fred Meys

Depuis la publication du précédent rapport d’évaluation (WG1/AR5) il y a 8 ans, la température à la surface du globe s’est encore réchauffée. Les taux d’élévation du niveau de la mer et de la fonte des glaces se sont accélérés. Selon le rapport AR6, l’influence humaine est sans équivoque responsable du réchauffement de l’atmosphère, de l’océan et des terres. Au vu de ces résultats dramatiques, le Luxembourg doit faire pression pour des objectifs plus stricts en matière de climat et d’énergie, tant au niveau national qu’européen. Le mois dernier, la Commission européenne a proposé un ensemble de mesures visant à réduire les émissions nettes de gaz à effet de serre de l’UE d’au moins 55 % d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 1990 [3]. Cependant, afin de pouvoir encore atteindre l’objectif de limitation du réchauffement de la planète à 1,5°C, les Nations unies estiment que les émissions mondiales de gaz à effet de serre doivent être diminuées d’au moins 7,6 % par an [4], soit une réduction absolue d’au moins 65 % pour l’UE d’ici 2030 [5]. 

Les objectifs nationaux en matière de climat et d’énergie doivent également devenir nettement plus ambitieux. À la mi-juillet, dans le cadre de la législation nationale, le gouvernement a adopté en Conseil des ministres des plans de réduction des émissions pour cinq secteurs (énergie et industries manufacturières, construction, transports, bâtiments résidentiels et tertiaires, agriculture et sylviculture, traitement des déchets et des eaux usées), qui visent à réduire de 55 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030. Toutefois, on peut se demander dans quelle mesure ces objectifs pourront être atteints, en raison des mécanismes de flexibilité qui permettent de reporter les réductions annuelles d’un secteur sur un autre ou sur les années suivantes. 

Les secteurs responsables des émissions nationales doivent bien sûr assumer leurs responsabilités en matière de protection du climat, mais l’industrie de la finance luxembourgeoise n’est pas en reste. Le fait est que des milliers de milliards d’euros transitent par la place financière du Grand-duché pour être injectés dans l’économie mondiale, où les activités économiques sont à l’origine de plusieurs fois les émissions nationales de gaz à effet de serre. Mais jusqu’à présent, le gouvernement luxembourgeois n’a pas soumis l’industrie financière aux obligations de protection du climat, quand bien même cela serait aussi bien nécessaire qu’urgent, au vu des risques financiers liés aux investissements dans les combustibles fossiles et autres secteurs à forte intensité d’émissions.

« L’industrie financière luxembourgeoise doit cesser de financer la crise climatique et aligner ses décisions d’investissement sur les objectifs de l’accord de Paris », précise Martina Holbach, chargée de campagne Justice climatique et finance pour Greenpeace Luxembourg. « Dans les années à venir, l’économie mondiale va devoir subir une transformation profonde vers des produits et processus de production durables et faibles en émission. Le secteur financier a un rôle clé à jouer à cet égard. »

Déjà dans son dernier rapport [6] sur les impacts du réchauffement climatique en 2014, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat prévenait que l’augmentation de la température globale – à l’heure actuelle à plus de 1,2°C au-dessus des niveaux pré-industriels – entraînerait une multiplication des évènements climatiques extrêmes. Les scientifiques prévoient que, dans le pire des scénario, les inondations seront 14 fois plus fréquentes d’ici 2100 [7], tandis que les économistes estiment que le coût annuel de la crise climatique s’élèvera à 1 700 milliards de dollars américains d’ici 2025 [8] ; cela sans parler des pertes humaines qui affecteront principalement les plus vulnérables de la société.

« Il s’agit déjà du sixième rapport du GIEC qui souligne la nécessité urgente d’agir », déplore Frank Thinnes. « Le gouvernement doit regarder la réalité en face. Nous devons nous mesurer à la crise climatique avec la même détermination dont nous avons fait preuve au cours de la pandémie de Covid-19. Autrement, les évènements climatiques extrêmes des dernières semaines ne serviront que d’avant-goût à ce à quoi nous devons nous attendre pour l’avenir. »


[1] La mission du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) est de fournir des rapports réguliers sur l’état actuel des connaissances en matière de changement climatique afin de fournir aux gouvernements à tous niveaux des informations qu’ils peuvent utiliser pour élaborer leurs politiques climatiques. Le 6e rapport d’évaluation du GIEC, rédigé par d’éminents climatologues du monde entier, résume les données scientifiques les plus récentes sur ce qui arrive à notre système climatique et sur la direction que nous prenons, en fonction de l’ampleur et de la rapidité des mesures prises.

[2] IPCC Assessment Report 6, WG1

[3] Commission européenne, « Green Deal européen : la Commission propose de transformer l’économie et la société de l’UE afin d’atteindre les ambitions climatiques », 14 juillet 2021.

[4] UNEP, Rapport 2019 sur l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions. Résumé analytique. Programme pour l’Environnement des Nations unies, 2019.

[5] Greenpeace Unité Européenne, « Des activistes en montgolfière dénoncent les promesses gonflées de l’UE » , 10 décembre 2020.

[6] Changement Climatique 2014 Résumé à l’intention des décideurs

[7] Damian Carrington, « Les inondations catastrophiques pourraient frapper l’Europe bien plus souvent, selon une étude », The Guardian, 21 juillet 2021.

[8] Les Échos, « Climat : l’inaction coûte plus cher que des mesures fortes » , 30 mars 2021.