Luxembourg, le 29 juillet 2026 – À la veille du Jour du dépassement de la Terre (Earth Overshoot Day), des représentant·es de Votum Klima [1] et de Seniors for Climate se sont rassemblé·es à l’aéroport du Findel, symbole d’une croissance jugée incompatible avec les exigences d’un développement durable. Pour dénoncer cette orientation, les organisations ont dévoilé leur propre version du tableau des départs. Les grands objectifs et réalités climatiques y étaient mis en scène comme autant de vols en embarquement, programmés, retardés ou annulés, rendant visible la contradiction entre le projet d’expansion de l’aéroport et le respect des engagements climatiques.

Le Jour du dépassement désigne la date à partir de laquelle l’humanité a consommé l’ensemble des ressources que la planète peut régénérer en une année, qu’il s’agisse de production ou d’absorption des déchets comme le CO2. Cette date, calculée selon une méthode scientifique, ne cesse de reculer. Presque à l’équilibre au début des années 1970, elle se situait alors en décembre. Elle oscille désormais, depuis 2010, entre fin juillet et début août, illustrant un déséquilibre devenu considérable entre les ressources disponibles et notre consommation.
« Selon les calculs du Global Footprint Network, le Luxembourg fait partie des pays les plus consommateurs de ressources par tête au monde », rappelle David Hoffmann de l’ASTM. Calculé à l’échelle du pays et par habitant·e, le Jour du dépassement luxembourgeois a cette année été atteint le 17 février : à cette date, les habitant·es du pays avaient déjà épuisé la part de ressources qui leur reviendrait dans une logique durable. À ce déséquilibre s’ajoute une profonde injustice entre le Nord et le Sud : les pays aisés courent après la croissance quand les populations du Sud global en subissent les conséquences écologiques et sociales. « Plutôt que de miser sur une croissance insoutenable, le Luxembourg devrait prendre ses responsabilités et accélérer sa transition vers un modèle de production et de consommation durable, d’autant plus qu’il en a les moyens », conclut David Hoffmann.
Pour Votum Klima, il ne s’agit évidemment pas de s’opposer au développement, mais de questionner la poursuite d’une croissance matérielle dans les pays qui surconsomment déjà largement, comme le Grand-Duché. C’est précisément pour dénoncer symboliquement cette fuite en avant que le réseau a choisi le trafic aérien au Findel, que le gouvernement souhaite étendre au point d’envisager la construction d’un second aéroport. « Les dérèglements climatiques nous rappellent que l’humanité, et surtout sa partie la plus aisée, s’est envolée bien trop haut, et risque de connaître le sort d’Icare, perdant ses ailes et entamant une chute mortelle », met en garde Léonard Andersen de CELL. « Le transport aérien fait partie des secteurs contribuant à l’effet de serre dans lesquels très peu a été entrepris pour réduire les émissions. À lui seul, le fret aérien représente une empreinte de 0,49 planète, une part considérable de l’empreinte écologique totale du Luxembourg, estimée entre 7 et 8 planètes. Planifier sa croissance, comme le fait la ministre de la Mobilité Yuriko Backes, c’est planifier une aggravation de la crise climatique. »

Votum Klima rappelle enfin que les effets problématiques du Findel et du trafic aérien ne se limitent pas aux émissions de CO2. Depuis de nombreuses années, des initiatives locales et des ONG environnementales dénoncent le lourd impact écologique de l’aéroport du Luxembourg : pollution, bruit de jour comme de nuit, ou encore trafic routier lié au fret aérien. À leurs côtés, Votum Klima estime que le gouvernement, plutôt que de miser sur l’essor du transport aérien, devrait œuvrer au déploiement rapide des alternatives, à commencer par les liaisons ferroviaires.
Notes :
[1] Votum Klima est une plateforme regroupant 15 associations luxembourgeoises sans but lucratif qui militent pour plus d’action collective et politique contre la crise climatique. Membres de Votum Klima : Amnesty, Aide à l’Enfance de l’Inde et du Népal (AIEN), ASTM, CELL, Cercle de Coopération, Etika, Eurosolar Lëtzebuerg, Fairtrade Lëtzebuerg, Frères des Hommes, Greenpeace, natur&ëmwelt, Partage, ProVelo, SOS Faim, Vereenegung fir Biolandwirtschaft Lëtzebuerg a.s.b.l.


