Luxembourg, le 3 juin 2026 – Le Ministère de l’Environnement, du Climat et de la Biodiversité organise du 3 au 5 juin les International Climate Finance Days (ICFD), une conférence internationale réunissant représentant·es gouvernementaux, expert·es, chercheur·ses, acteur·rices du secteur financier, et délégué·es d’organisations internationales autour des enjeux de la finance climatique. À l’occasion de la cérémonie d’ouverture, la coalition Votum Klima se rassemblera devant le Cercle Cité afin d’appeler les participant·es à adresser les importants déficits structurels et politiques de la finance climatique en matière de justice, de transparence et de responsabilité. Les invité·es seront accueilli·es avec une bannière portant le message : « All that glitters is not green – #StopGreenwashingFinance ».
La justice climatique exige que les pays historiquement les plus responsables des émissions de gaz à effet de serre et de l’exploitation des énergies fossiles assument une plus grande part des efforts et des coûts nécessaires pour faire face aux dérèglements climatiques. Ils doivent à ce titre transférer des ressources économiques et financières aux pays à faible revenu, qui ont le moins contribué à la crise climatique mais en subissent pourtant les conséquences les plus graves. Comme l’a rappelé l’avis consultatif historique rendu en juillet 2025 par la Cour internationale de Justice, le financement climatique est une obligation juridique liée aux responsabilités des États en matière de climat, de droits humains et de réparation des préjudices climatiques.
Alors que ces trois jours de conférence appellent à trouver des solutions pour « un financement climatique innovant et à fort impact », Votum Klima rappelle que la justice climatique ne dépend pas uniquement du montant des financements annoncés, mais aussi de la manière dont ces fonds sont mobilisés et répartis. Si la finance privée peut jouer un rôle limité dans certaines mesures de réduction des émissions, elle reste généralement inadaptée aux politiques d’adaptation, qui ne génèrent pas de profits, et totalement insuffisante pour répondre aux pertes et préjudices climatiques.
Selon un récent rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la mobilisation des financements privés a fortement augmenté en 2024. Toutefois, ces investissements restent concentrés dans quelques grands projets du secteur de l’énergie et bénéficient peu aux pays les plus vulnérables. Ils prennent également souvent la forme de prêts à taux d’intérêt élevé, aggravant l’endettement des pays bénéficiaires. Non seulement le recours à la finance privée et aux marchés financiers est inadéquat par rapport aux besoins, qui ne peuvent être couverts par les mécanismes de croissance et de rentabilité, mais d’autres moyens de financement existent au niveau mondial.
Par ailleurs, le choix du Luxembourg d’accueillir cette conférence témoigne du rôle central de sa place financière, qui affiche depuis des années son ambition de devenir une place « verte ». Pourtant, dans les faits, les investissements dans des entreprises climaticides sont plus la norme que l’exception, à commencer par le secteur des fonds d’investissement. Une étude publiée en 2021 démontre que les 100 plus grands fonds domiciliés au Luxembourg sont associés à environ 39 millions de tonnes d’émissions de gaz à effet de serre, et suivent des trajectoires correspondant à un réchauffement de +4°C d’ici 2050, bien loin des objectifs de l’Accord de Paris. Ce constat est renforcé par le Europe Sustainable Development Report 2026 : son indice de spillover, qui mesure l’impact d’un pays sur le développement durable des autres, classe le Luxembourg 29e sur 31 pays européens évalués, révélant l’empreinte particulièrement néfaste de son modèle économique au-delà de ses frontières.
Pour Votum Klima, la crédibilité du Luxembourg en matière de finance climatique doit impérativement s’accompagner d’une régulation transparente, renforcée et robuste du secteur financier. Sans quoi, les ICFD ne seront qu’une opération de greenwashing de la place financière. Il est essentiel que les acteurs du secteur financier soient soumis à un devoir de vigilance renforcé en matière de droits humains et d’impacts sociaux et environnementaux, et qu’ils excluent tout investissement dans des actifs écocides, tels que les entreprises pétrolières et de l’armement.
Haut lieu de l’optimisation fiscale internationale, le Luxembourg a la responsabilité supplémentaire de veiller à ce que son modèle économique ne prive pas les États des ressources publiques dont ils ont besoin pour financer leurs politiques climatiques et sociales, à commencer par les plus vulnérables au changement climatique. Il faut mettre fin à ce mécanisme cynique fondé sur l’extraction et la privatisation des ressources financières mondiales.
La réflexion sur le financement climatique lancée par le ministère soulève aussi la question de l’additionnalité. Le Luxembourg s’est fixé un objectif de budget d’aide publique au développement (APD) d’un pour cent du revenu national brut (RNB). Ce budget, sous la responsabilité du ministère des Affaires étrangères, ne comptabilise pas d’autres dépenses comme celles pour l’accueil de réfugiés ou le financement climatique. Votum Klima se félicite de cette approche, fondée sur le principe de l’additionnalité. Cette séparation entre APD et financement climatique contribue à reconnaître la lutte contre le changement climatique comme une priorité transversale qui nécessite un financement additionnel, particulièrement pour les pays du Sud global. Or, le gouvernement vient de remettre en question ce principe lors du débat sur la politique de coopération au développement en mars 2026. Votum Klima appelle les ministres Serge Wilmes et Xavier Bettel à œuvrer au maintien de ce principe, afin notamment d’éviter une réduction de l’APD.
Les ICFD s’inscrivent dans la volonté du Luxembourg de se positionner comme acteur central et solidaire de la finance climatique internationale. Pour Votum Klima, les réponses à la crise climatique ne peuvent provenir des mêmes logiques économiques qui en ont amplifié les causes. Si le Luxembourg veut incarner une finance climatique crédible et solidaire, comme ces ICFD le prétendent, il doit réguler rigoureusement son secteur financier, garantir la primauté des financements publics sur les capitaux privés et peser de tout son poids dans les négociations internationales, notamment en soutenant la UN Framework Convention on International Tax Cooperation pour plus de justice fiscale internationale.
Notes :
Votum Klima est une plateforme regroupant 15 associations luxembourgeoises sans but lucratif qui militent pour plus d’action collective et politique contre la crise climatique. Membres de Votum Klima : AEIN, Amnesty, ASTM, CELL, Cercle de Coopération, Etika, Eurosolar Lëtzebuerg, Fairtrade Lëtzebuerg, Frères des Hommes, Greenpeace, natur&ëmwelt, Partage, ProVelo, SOS Faim, Vereenegung fir Biolandwirtschaft Lëtzebuerg a.s.b.l.


