Donald Trump à la Maison blanche est un pas en arrière pour le climat, voilà qui est sûr et certain. Mais pourrait-il aller jusqu’à mettre l’accord de Paris en péril ? Si  l’Europe et les Etats membres comme la Belgique cessent enfin de faire l’autruche, cela n’arrivera pas.

Ces temps étaient derrière nous, croyions-nous – on parle de ces longues années pendant lesquelles la problématique climatique et ses causes humaines étaient encore questionnées sur l’agenda politique. Depuis quelque temps, le consensus scientifique établi et les conséquences de plus en plus ravageuses du réchauffement climatique semblait avoir réglé le procès. Ainsi tout le monde est d’accord : pour régler ce problème planétaire, une action mondiale est nécessaire. Malgré des climatosceptiques tenaces, cette conviction s’est également imposée aux Etats-Unis, « grâce » notamment aux tempêtes et aux inondations ravageuses qui ont frappé jusqu’au cœur de Manhattan. Le rôle des Etats-Unis dans la réalisation de l’accord climatique de Paris a été l’actuel point d’orgue de cette évolution.

Se pourrait-il dès lors qu’un climatosceptique notoire, et ses amis portés sur le fossile, puissent tout balayer d’un seul coup ?

Rhétorique anti-climat de Trump est un pas en arrière

Aux Etats-Unis, il ne fait aucun doute que la rhétorique anti-climat du futur président Trump représente un pas en arrière par rapport aux mesures climatiques implémentées par le président Obama ces dernières années.

Mais il y a des matières légales que même le président des Etats-Unis ne peut changer. Le changement climatique frappera de plus en plus fort, y compris dans de nombreux Etats américains.  Trump sera également confronté à d’autres acteurs importants, comme le ministère de la Défense US et le Pentagone, qui considèrent le changement climatique comme un risque important pour la sécurité nationale et un potentiel facteur aggravant de conflits internationaux.

Et si Trump était tenté de tendre la main à ses amis du secteur fossile, la réalité est que, sur le marché, l’éolien et l'énergie solaire sont déjà moins chers que le charbon. Or si Trump peut bien dire aux producteurs d’énergie où ils doivent investir, ce sera le marché qui aura le dernier mot. En outre, il a été accordé à la fin de l’année dernière, avec le soutien tant des Démocrates que des Républicains, encore cinq ans d’avantages fiscaux aux énergies solaires et éoliennes. En tant qu’homme d’affaires, Trump devra admettre tôt ou tard que le modèle économique de l’énergie fossile est désormais proche de la banqueroute.

Se retirer de Paris est juridiquement compliqué

Au niveau international, également, Trump peut s’attendre à une douche froide. Un de ses slogans de campagne était de retirer les Etats-Unis de l’accord de Paris. Cela sera juridiquement compliqué, car maintenant que l’accord est entré en vigueur, il faudra attendre au moins quatre ans avant que cela ne soit possible. Sous Trump, les négociations internationales pour le climat subiront cependant certainement un sérieux coup d’arrêt. Ce fut en effet principalement sous l’impulsion d’un tandem entre les deux grands pollueurs mondiaux, la Chine et les Etats-Unis, que l’accord de Paris a été mis sur pied et ratifié si rapidement. Mais ce tandem risque de ne plus avancer ces quatre années à venir.

Heureusement, il reste de nombreux pays, dont la Chine, à avoir annoncé, lors du  sommet climatique de Marrakech, qu’ils veilleraient à la  mise en oeuvre de Paris, même sans le soutien des Etats-Unis. De plus en plus de chefs de gouvernements ne savent que trop bien que cet accord va dans leur propre intérêt national également.

L'Europe manque d'ambition

Il est toutefois nécessaire que de nouveaux leaders climatiques se réveillent. L’Europe l’a longtemps été, mais a peiné ces dernières années à faire preuve de réelle ambition. Ainsi y a-t-il aujourd’hui un gouffre gigantesque entre le plan d’action climatique européen et ce que l’Europe – et aussi la Belgique – en tant que gros pollueur, doit faire pour maintenir le réchauffement climatique sous les 1,5°C. Et pourtant l’Europe maintient un silence assourdissant sur une hausse de ses ambitions climatiques. En ne prenant pas leur rôle dans le combat climatique au sérieux, nos ministres ne nient-ils pas de facto les dangers du changement climatique ? Sont-ils dès lors vraiment meilleurs que Donald Trump ?

A propos de climat: écoutez ici l'interview de Thomas Leroy, attaché de presse chez Greenpeace, à Marrakech.