Sans aucun doute, le sommet sur le climat fin de cette année à Paris aboutira à de nouveaux appels pour des actions urgentes. Néanmoins, dans l’intervalle, nos représentants politiques manquent de détermination. Après six ans de négociations, on attend toujours un accord belge sur la répartition des tâches en termes d’objectifs climatiques pour 2020. L’heure est peut-être venue pour la population de prendre les choses en main ?

Flashback. Le 23 avril 2009, il y a donc plus de six (!) ans, le premier plan d’action européen pour le climat et l’énergie était approuvé. Cela impliquait, pour notre pays, trois objectifs contraignants d’ici 2020 :

1) 15 % de gaz à effet de serre en moins par rapport à 1990
2) 13 % d’énergies renouvelables
3) 20 % d’économie d’énergie

Entre-temps, un autre plan a déjà été approuvé pour l’horizon 2030, mais nos ministres compétents ne sont pas encore parvenus à se mettre d’accord sur l’approche commune indispensable et sur la répartition des efforts d’ici… 2020.

Vous avez bien lu, 2020. Tandis que le reste du monde étudie les actions climatiques pour l’après 2020 en prélude au sommet de Paris, nos gouvernements, eux, tergiversent depuis maintenant six ans sur nos obligations à remplir d’ici 2020, et une politique climatique coordonnée digne de ce nom se fait toujours attendre. Ces dernières années, le dossier est revenu à plusieurs reprises sur la table des négociations, mais à chaque fois, les divergences entre les différents niveaux de pouvoir ont semblé trop profondes.



Absence de volonté politique

Je veux bien croire qu’il ne s’agit pas de discussions faciles. Il faut entre autres trouver un accord sur la répartition des efforts entre les régions en termes d’énergies renouvelables, mais aussi sur celle des revenus générés par l’échange des droits d’émission, et savoir si ces revenus sont réinvestis dans, par exemple, le financement climatique international ou des mesures internes.

J’ai toutefois la vive impression que la volonté politique fait défaut en Belgique. Les initiatives visant à lutter contre le changement climatique restent toujours perçues comme une charge plutôt qu’une opportunité. D’autres pays, eux, voient le potentiel des investissements dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique. Ceux-ci permettent non seulement une réduction des émissions mais aussi davantage d’emplois non délocalisables.

L’absence d’un accord climatique est en outre invoquée à l’envi comme excuse afin de ne rien devoir entreprendre. Plus fort encore : le mois dernier, la Wallonie a fait marche arrière sur ses ambitions précédemment établies en termes d’énergies renouvelables d’ici 2020 ! Le ministre wallon de l’Énergie Paul Furlan lance-t-il ainsi la course à la médiocrité ? Le débat sur la politique climatique belge devient-il une discussion sur "qui s’en sort avec le moins d’efforts" ? La ministre fédérale de l’Énergie et de l’Environnement Marie-Christine Marghem a déjà voulu mettre les choses au clair et a annoncé la semaine dernière qu’elle défendrait ardemment l’énergie nucléaire lors du sommet sur le climat à Paris...

La pression du bas

Aujourd’hui, 88 % des Belges demandent un plus grand soutien aux énergies renouvelables de la part des pouvoirs publics, et 7 sur 10 d’entre eux jugent insuffisante l’approche du changement climatique de la Belgique. [1] Près de 9 000 citoyens ont même assigné en justice les quatre niveaux de pouvoir belges car ces derniers n’arrivent pas à mettre sur pied une politique climatique ambitieuse. La mauvaise volonté pour conclure enfin un accord belge sur le climat, l’incertitude quant à la sortie du nucléaire et l’approche chaotique des choix en matière d’énergies renouvelables nous font courir le risque de rater le train du climat.

Dès lors, chers représentants politiques, comme l’a dit le négociateur de Papouasie-Nouvelle-Guinée aux États-Unis lors du sommet sur le climat de 2008 : "If you can’t lead, get out of the way."

[1] Sondage IPSOS sur les énergies renouvelables (2015)