Cette année a mal débuté pour la forêt amazonienne. Le 5 janvier dernier, l’association des plus grands négociants en soja du Brésil (l’ABIOVE) a annoncé son intention de se retirer du moratoire sur le soja. Cet accord, considéré comme un des boucliers les plus efficaces pour protéger la forêt tropicale, risque soudainement de disparaître.

Le moratoire sur le soja en Amazonie n’est pas seulement une promesse de durabilité faite par les entreprises. Il est souvent considéré comme l’un des accords les plus efficaces jamais conclus pour lutter contre la déforestation en Amazonie.

© Greenpeace/Ricardo Beliel. Une plantation de soja dans la forêt amazonienne.

En 2006, Greenpeace a révélé comment le soja issu de la déforestation de la forêt tropicale était utilisé pour nourrir le bétail et revendu à de grandes marques telles que McDonald’s et d’autres chaînes internationales de supermarchés dans le monde entier. L’indignation publique a été grande et a conduit à une avancée historique : des commerçants, des entreprises et des organisations sociales, sous la houlette de Greenpeace, ont instauré un moratoire sur le soja. Cet accord révolutionnaire a mis un terme à la culture du soja sur les terres nouvellement déboisées de la forêt amazonienne.

L’effet a été impressionnant. Avant le moratoire, jusqu’à 30 % des nouvelles cultures de soja étaient plantées en défrichant la forêt tropicale primaire. Aujourd’hui, ce chiffre est inférieur à 4 %. Dans le même temps, le Brésil a pu tripler sa production de soja sans déforestation massive. La preuve que l’agriculture est possible sans détruire les forêts.

Les lobbies à l’origine de la crise actuelle

La crise qui a lieu aujourd’hui a été déclenchée par l’arrivée d’une nouvelle loi dans l’État brésilien du Mato Grosso, centre de la production de soja. Depuis le 1er janvier 2026, les entreprises perdent leurs avantages fiscaux si elles participent à des accords environnementaux volontaires qui vont au-delà de la législation nationale, comme le moratoire sur le soja.

Cette loi a été adoptée sous la pression du puissant lobby agroalimentaire brésilien. Et avec succès : l’ABIOVE a annoncé son intention de se retirer du moratoire. Entre-temps, les logos de grandes multinationales telles que ADM, Bunge, Cargill et Louis Dreyfus ont disparu du site web officiel de l’accord.

En privilégiant les avantages fiscaux au détriment de leurs engagements en matière de durabilité, ces entreprises sapent l’un des principaux mécanismes de protection de la forêt amazonienne. L’ABIOVE affirme que ses membres continuent à surveiller leurs chaînes d’approvisionnement. Mais quand bien même les engagements individuels à contrôler les chaînes d’approvisionnement seraient louables, ils atteindront rarement le niveau d’un accord commun et transparent.

Qu’est ce qui est en jeu ?

La fin du moratoire aurait des conséquences dans le monde entier. Sans lui, les producteurs sont uniquement tenus de respecter la loi forestière brésilienne. Cette dernière autorise les producteurs à déboiser 20 % de leurs terres en forêt amazonienne, et parfois même plus. Selon les estimations, cela pourrait entraîner une augmentation de la déforestation de 30 % d’ici 2045.

Perroquets à Mato Grosso au Brésil
© Markus Mauthe / Greenpeace

Les conséquences sont également importantes pour les entreprises et les consommateur·rices du monde entier. Le moratoire sur le sujet permettait aux entreprises de garantir à leurs client·es que leurs produits ne contribuent pas à la déforestation en Amazonie. Beaucoup de grandes marques soutiennent le moratoire depuis des décennies. Récemment, une douzaine de grandes chaînes de supermarchés européennes, dont Lidl, Aldi et Tesco, ont d’ailleurs réitéré publiquement leur soutien.

Les scientifiques avertissent : la forêt amazonienne approche d’un point de bascule. Si la couverture forestière diminue de quelques % encore, l’ensemble de l’écosystème pourrait bien se transformer en une savane sèche, sensible aux incendies. Cela libérerait des milliards de tonnes de CO₂ et rendrait impossible la réalisation des objectifs climatiques mondiaux. Les enjeux sont donc énormes.

Comment agir ? 

Greenpeace Brésil soutient une procédure judiciaire contre la loi du Mato Grosso devant la Cour suprême brésilienne. Nos collègues estiment qu’il est inconstitutionnel de sanctionner les entreprises qui font plus pour l’environnement que ce que prévoit la législation. Mais les actions en justice ne suffisent pas : la pression internationale est cruciale.

La majeure partie du soja est utilisée comme aliment pour le bétail et finit ainsi indirectement dans nos assiettes. À une époque où les gouvernements ne parviennent pas à protéger suffisamment la nature et les populations contre les intérêts commerciaux, il est plus important que jamais que les citoyen·nes fassent entendre leur voix. Nous devons faire clairement comprendre aux négociants en soja et aux marques internationales que nous n’accepterons pas les produits liés à la destruction de la plus grande forêt tropicale du monde.

L’Amazonie n’est pas la propriété privée de l’agro-industrie. C’est un écosystème vital, d’importance mondiale. Si sa protection disparaît, nous serons tous perdant·es. Veillons à ce que cela ne se produise pas.

Exigez avec nous une meilleure protection de la forêt amazonienne

Je partage sur Facebook Je partage sur Twitter Je partage sur Whatsapp