Dans sa lutte pour protéger le climat, notre gouvernement accroît le recours aux agrocarburants. C’est absurde, car l’augmentation des agrocarburants menace la sécurité alimentaire et entraîne une augmentation de la déforestation et des violations des droits humains. 

Que faut-il entendre par agrocarburant ? 

Les agrocarburants (l’industrie préfère le terme biocarburants) sont généralement fabriqués à partir de matières végétales « fraîches ». Ils sont censés réduire la part des combustibles fossiles, comme l’essence et le diesel. Ils sont fabriqués entre autres à partir d’huile de colza, d’huile de palme ou d’huile de soja (pour le biodiesel), et de blé, de maïs ou de betterave sucrière (pour le bioéthanol). Les agrocarburants de première génération sont basés sur des cultures alimentaires et entrent donc en concurrence directe avec notre production alimentaire. Les biocarburants de deuxième génération, dits  “avancés”, utilisent des matières végétales non alimentaires, comme l’huile de friture usagée. 

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Un mélange livré à la pompe

Dans notre pays, les agrocarburants sont mélangés aux combustibles fossiles. Pour le consommateur à la pompe, ce mélange est invisible et inévitable. Très peu de Belges savent qu’ils roulent en partie au agrocarburant.

La valse-hésitation européenne

Dans un premier temps, la Commission européenne a imposé l’utilisation d’agrocarburants de première génération (voir la directive sur les Énergies renouvelables de 2009). Heureusement, l’Europe a progressivement appris de ses erreurs et les États membres ne sont plus obligés de recourir à des agrocarburants de première génération (voir la directive européenne révisée), bien que ce soit toujours autorisé. C’est un problème, car les agrocarburants à base de cultures vivrières sont souvent plus néfastes pour le climat que les combustibles fossiles.

Aujourd’hui encore, de vastes zones de forêt tropicale sont encore défrichées pour y produire de l’huile de palme et du soja, notamment pour les transformer en agrocarburants. Cette activité libère de grandes quantités de gaz à effet de serre. La culture européenne du colza destiné aux agrocarburants a également un impact négatif sur la biodiversité et stimule indirectement la déforestation. Le colza, le soja et l’huile de palme sont des cultures interchangeables. Si davantage de colza rentre dans la production d’agrocarburant, une plus grande part de soja et d’huile de palme peut rentrer dans l’industrie alimentaire, et vice-versa.

Le problème se déplace de l’huile de palme vers le soja

Le déploiement de nouvelles plantations de palmiers à huile détruit les forêts tropicales humides en Malaisie et en Indonésie. La Commission européenne admet enfin ce problème et a décidé de mettre fin, dans une large mesure, à l’utilisation de l’huile de palme comme agrocarburant d’ici 2030. 

Malheureusement, la Commission européenne n’a pas encore pris de mesure comparable pour l’utilisation du soja comme agrocarburant. Pourtant, la culture du soja en Amérique latine est également un facteur important de déforestation. Ces dernières années, l’utilisation du biodiesel à base d’huile de soja a fortement augmenté dans notre pays.

Déforestation pour permettre la culture de soja en Argentine / ©  Martin Katz / Greenpeace

La déforestation ne fait pas que causer une grande perte de biodiversité dans des écosystèmes précieux. Elle conduit également à des conflits sociaux: la population est souvent violemment dépouillée de ses terres agricoles par l’agro-industrie. Les personnes qui osent protester sont menacées, arrêtées ou même assassinées.

Pas de nourriture dans mon réservoir

Dans un récent rapport, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) plaide pour une restriction de l’utilisation des agrocarburants en raison de son impact négatif sur le climat, du danger de dégradation des sols et d’une concurrence croissante avec l’agriculture pour la production alimentaire. Le rapporteur des Nations Unies sur le droit à l’alimentation a également attiré l’attention sur le fait que les agrocarburants pouvaient menacer la sécurité alimentaire. En 2018, pas moins de 800 000 tonnes de cultures vivrières ont été transformées en agrocarburants pour le marché belge. Les céréales et l’huile végétale que nous transformons en agrocarburant en Belgique pourraient nourrir des millions de personnes dans l’hémisphère Sud. La production de tous ces agrocarburants en Belgique nécessiterait une surface agricole d’environ 5 000 km2, soit une zone aussi vaste que les provinces d’Anvers et du Brabant flamand réunies.

Le surréalisme à la belge

En dépit des nombreux rapports scientifiques et des avis des organes politiques nationaux et internationaux, la Belgique a néanmoins choisi de continuer à maximiser l’utilisation des agrocarburants de première génération dans son Plan national Énergie-Climat (2021-2030). Notre pays veut incorporer jusqu’à 7 % de agrocarburants de première génération entre 2020 et 2030, bien que la Commission européenne n’impose plus l’utilisation de agrocarburants basés sur des cultures alimentaires. Dans une récente évaluation de sa politique en matière d’agrocarburants, le gouvernement belge occulte presque complètement l’impact social et environnemental négatif de ces carburants. 

Mettre fin à la promotion des agrocarburants 

Les agrocarburants sont une fausse solution aux problèmes climatiques causés par notre secteur des transports. Au sein d’une coalition d’organisations environnementales et de développement, Greenpeace demande à la Belgique de cesser au plus vite d’utiliser des agrocarburants à base de cultures vivrières. Les agrocarburants “avancés” ou de deuxième génération ne sont acceptables que moyennant le respect de critères de durabilité stricts. Toutefois, leur disponibilité est limitée, de sorte qu’ils n’apporteront jamais de véritable solution.  

Greenpeace veut mettre fin d’ici 2028 à la vente de voitures propulsées par des moteurs à combustion interne, y compris les véhicules hybrides classiques. Déployer aujourd’hui une politique de promotion des agrocarburants n’a donc aucun sens. Cela ne fait qu’accroître notre dépendance aux moteurs à combustion interne. 

L’électricité est beaucoup plus efficace

© Transport & Environment

Pour faire face aux problèmes climatiques causés par notre circulation automobile, de meilleures solutions existent : il faut une politique urbaine qui encourage la mobilité active, développe des transports publics modernes et favorise le passage de la possession d’une voiture individuelle à des voitures électriques moins nombreuses, plus petites et partagées (ainsi qu’au vélo). Pour propulser une voiture, l’électricité est beaucoup plus efficace que le moteur à combustion interne

Ces mesures permettront également au secteur des transports d’atteindre le plus rapidement possible son objectif de passer à une énergie entièrement renouvelable… 

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