Un groupe belge engrange actuellement des millions d’euros avec du gaz russe en provenance de l’Arctique. Greenpeace Belgique lui demande de mettre fin à ce business climaticide. Ce groupe, c’est Fluxys Belgium, spécialiste d’infrastructures de transport de gaz. Alors qu’il insiste sur son rôle dans la sécurisation énergétique de l’Europe et menant aussi la transition vers de l’énergie verte (l’hydrogène), il omet de dire qu’il est devenu un tremplin en or pour l’un des gaz les plus polluants au monde, venu de l’Arctique et destiné aux marchés non-Européens. Aujourd’hui, nous demandons donc à Fluxys et aux municipalités qui en sont actionnaires de rompre leur contrat avec le groupe russe Yamal LNG.

Zeebrugge terminal – energy port of the future – Promotion video Youtube Octobre 2022 © Fluxys

La Belgique et la Russie – partenaires en Arctique

Le partenariat entre la Belgique et la Russie autour du gaz polaire remonte à près de 10 ans. Quand, en 2013, la Russie a annoncé son intention de développer un nouveau terminal de Gaz Naturel Liquéfié (GNL – mais LNG en anglais) à Sabetta, dans l’Arctique, Greenpeace et d’autres organisations environnementales ont interpellé le président Poutine pour l’enjoindre de renoncer à ses plans. Ceux-ci allaient causer des dommages catastrophiques à l’environnement, au climat et aux populations locales. 

Le projet s’est néanmoins poursuivi, avec la contribution d’argent public belge couvrant Jan De Nul et DEME pour leurs activités de dragage donnant naissance au nouveau terminal. Là encore, Greenpeace a lancé une campagne pour cesser ce soutien public. Non seulement le soutien ne s’est pas affaibli, mais il a été scellé par un contrat pharaonique de 1 milliard d’euros en 2015 entre Fluxys LNG et Yamal LNG, qui a transformé le port de Zeebruges en plaque tournante du business russe de GNL vers l’Asie. Fluxys a dépensé 64,8 millions d’euros pour construire un 5ième réservoir uniquement dédié au GNL arctique. La Belgique allait devenir la route d’hiver de l’exportation du gaz arctique vers les marchés non-européens.

Zeebrugge plaque-tournante pour le gaz russe

Via le site spécialisé MarineTraffic, nous avons monitoré les cargos de GNL arrivés à Zeebruges depuis mars 2022. Entre mars et septembre, près de la moitié (48%) des cargos venaient de l’Arctique russe, de loin le premier client en termes de créneaux. Ces cargos transportaient 1,4 million de tonnes métriques de GNL, soit l’équivalent de toute la consommation finale de gaz du Danemark en 2020.

Selon la plateforme Bloomberg, en termes de quantités, la Russie est le deuxième fournisseur de GNL de Zeebruges (après le Qatar), représentant un quart des importations de GNL à Zeebruges entre mars et septembre 2022. Par ailleurs, Zeebruges est le troisième plus gros importateur européen de GNL russe, représentant 17% des exportations russes vers l’Europe entre mars et septembre 2022. Un rapport de IEEFA montre que 89% des transbordements de Yamal LNG à Zeebruges étaient destinés aux marchés non-européens et que 35% des exportations de Yamal vers ces marchés avaient transité par Zeebruges (chiffres pour 2021). En d’autres termes, Zeebruges est cruciale pour faire parvenir le GNL russe à ses clients partout dans le monde.

Fluxys fait du bon business sur le gaz arctique

Ce business florissant va de pair avec des profits historiques. Les chiffres de Fluxys ont fait la Une récemment. Le contrat russe s’est révélé extrêmement favorable pour Fluxys et ses actionnaires : les communes belges, détenant 77,5% des actions de Fluxys. Alors qu’en 2016, le terminal de Zeebruges tentait de garder la tête hors de l’eau avec un taux d’utilisation de 11% (calculé en comparant les importations nettes et la capacité du terminal), il est ensuite devenu une plaque tournante gigantesque de gaz russe.

Les municipalités belges gonflent leur budget avec des dividendes venant d’énergies fossiles arctiques. Alors que nous devrions mitiger les effets de la flambée des prix énergétiques en décrochant du gaz fossile, Fluxys fait transiter massivement le gaz le plus intense en émissions carbone (avec le gaz venant des Etats-Unis) vers les marchés non-européens, facilitant le business global du plus grand fuiteur de méthane au monde.

Nous demandons à Fluxys de mettre fin à son business climaticide et de résilier le contrat avec Yamal LNG. Dans une interview donnée au magazine Knack, Fluxys prétend qu’il ne ressort pas de sa responsabilité de terminer son contrat. Elle refile la patate chaude au gouvernement. Il existe cependant de nombreux exemples d’entreprises qui n’attendent pas un embargo gouvernemental pour agir. Aussi, les municipalités belges actionnaires de Fluxys pourraient être des représentants publics responsables en demandant également une telle résiliation.

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