Anti Oil Protest at WEC in Montreal. © François  Pesant / Greenpeace
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Luxembourg, 8 février 2021 – À l’occasion de la présentation de la Luxembourg Sustainable Finance Strategy (stratégie de finance durable du Luxembourg) qui aura lieu demain, Greenpeace appelle le gouvernement et les acteurs financiers à aligner les investissements du secteur financier luxembourgeois avec les objectifs de l’accord de Paris. Si l’ONG salue le concept d’une stratégie de financement durable, celle-ci est toutefois vouée à l’échec si elle ne vise pas à aligner l’industrie financière sur les objectifs de l’accord de Paris.

Lors de sa participation à la consultation publique sur le projet de stratégie fin 2020, Greenpeace Luxembourg avait souligné que celle-ci se concentrait principalement sur les produits financiers dits durables, bien qu’ils ne représentent qu’une petite partie des activités d’investissement réalisées au Luxembourg. L’ONG avait en outre indiqué que la stratégie ne contenait pas d’objectifs ni de mesures ou de délais précis pour mettre l’ensemble du secteur financier en conformité avec les objectifs de protection du climat.

Une étude publiée par Greenpeace fin janvier a révélé les effets néfastes des actuelles pratiques d’investissement de l’industrie luxembourgeoise des fonds d’investissement sur l’environnement. Le rapport a montré que les 100 plus grands fonds d’investissement du pays, dont ceux de Blackrock, Goldman Sachs et JP Morgan, financent des émissions de gaz à effet de serre qui pourraient amener le réchauffement climatique à plus du double de la limite fixée par l’accord de Paris [1].

En réaction à l’étude de Greenpeace, l’Association luxembourgeoise des fonds d’investissement (ALFI) a notamment fait valoir que le problème ne pouvait être résolu qu’à l’échelle mondiale et que « la transition vers une économie climatiquement neutre et résistante est un long voyage, et que nous n’en sommes qu’au début de ce processus » [2].

Or, le temps presse. « Il ne nous reste qu’une dizaine d’années pour prévenir un changement climatique catastrophique », déclare Martina Holbach, chargée de campagne Climat et finances de Greenpeace Luxembourg. « L’industrie luxembourgeoise des fonds d’investissements, la deuxième au monde, doit relever ce défi. Le Luxembourg pourrait ainsi apporter une contribution globale à la protection du climat ».


En plus d’alimenter l’urgence climatique, le financement des secteurs à forte intensité d’émissions représente un risque important pour la place financière luxembourgeoise. Compte tenu de la baisse prévisible de la demande du marché pour ces actifs, il est prévu qu’ils perdent de la valeur dans un avenir proche. Les acteurs financiers qui ignorent cette tendance risquent de se retrouver avec des « actifs échoués » [3].


«Nous espérons que la stratégie de financement durable du Luxembourg n’ignore pas les enjeux auxquels notre centre financier est confronté », ajoute Martina Holbach. « Attendre des solutions globales n’est pas seulement une perte de temps dans la lutte contre le changement climatique, cela signifie également que le Luxembourg raterait l’occasion d’acquérir un avantage concurrentiel par rapport aux autres marchés financiers en matière de solutions pour une finance verte ».


[1] Retrouvez le rapport et les pièces complémentaires ici.

[2] Source : ALFI

[3] Un actif échoué est une ressource dont la valeur ou le revenu s’est effondré, généralement à la suite d’un changement externe, notamment de technologie, dans les habitudes sociales et ou/de consommation. Le terme est surtout utilisé à l’heure actuelle pour décrire les ressources pétrolières et gazières qui n’ont pas encore été extraites, mais qui apparaissent comme des actifs dans les livres comptables des entreprises. Les compagnies pétrolières et gazières subissent une pression croissante pour “laisser le pétrole dans le sol” et éviter de le brûler. Les scientifiques affirment que la combustion de ces réserves dépasserait largement le budget carbone du monde, c’est-à-dire la quantité de gaz à effet de serre qui peut être émise tout en restant dans les limites acceptables du réchauffement climatique.