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Luxembourg, 18 juin 2020 Au-delà des plans de sauvetage controversés des entreprises, une enquête de Greenpeace montre que tout un éventail de mesures économiques, comme la politique macroéconomique, les mécanismes d’allégements fiscaux, la réduction des droits d’accises ainsi que des changements dans les cadres de réglementations profitent aux secteurs des énergies fossiles et à haute intensité de charbon. 

Le 19 juin, les chefs d’État se réuniront au Conseil européen où il sera de leur devoir de veiller à ce que les mesures économiques et les fonds de relance soient utilisés uniquement à des fins vertes et socialement justes.

L’UE a proposé d’investir environ 4 trillions d’euros (4 000 000 000 000) dans l’économie européenne afin de se remettre de la crise sanitaire. 3.4 trillion ont déjà été approuvés et la Commission de l’UE vient d’en proposer 750 billions (750 000 000 000) supplémentaires pour la relance. Soit plus de 25% du PIB de l’Europe et presque 9000 d’euros par citoyen. 

Plus de la moitié de cette somme sera sans doute consacrée aux aides d’État. Si ces investissements ne sont pas assortis de conditions vertes obligatoires ni de garantie de conformité à l’accord de Paris, c’est toute l’industrie fossile qui risque de bénéficier de cet argent, par le biais de plans de sauvetage toxiques et de mesures économiques supplémentaires.

Le renflouement de l’industrie aéronautique est l’exemple le plus rapporté de ce soutien, puisque les investissements en aides d’État atteignent à l’heure actuelle près de 33 milliards d’euros. Cependant – et il s’agit là d’un problème bien moins visible que les chercheurs ont exploré – une série de mesures dans les programmes de relance permettent aux gouvernements nationaux d’aider l’industrie des combustibles fossiles. Quatre différents canaux de soutien aux entreprises de combustibles fossiles liés au Covid-19 ont été étudiés : taxation, soutien fiscal hors taxe, outils monétaires et plusieurs types d’aide de réglementation. Dans chacune de ces quatre catégories, des signes de soutien volontaires ou fortuits aux combustibles fossiles et aux entreprises connexes ont été exposés.

“Nous avons constaté que les gouvernements prennent en douce de nouvelles mesures économiques qui garantissent une seconde chance aux gros pollueurs, ce qui risque de nous mettre pour de bon sur les rails de plusieurs décennies d’émissions de gaz à effet de serre supplémentaires. Le gouvernement luxembourgeois a aussi décidé de suspendre de façon indéterminée certaines accises déjà prévues sur l’essence et le diesel. Que ce soit intentionnel ou accidentel, les gouvernements qui utilisent de l’argent public pour quoi que ce soit d’autre qu’une reprise verte et juste sont inexcusables.” affirme Frank Thinnes, chargé de campagne Climat et Énergie pour Greenpeace Luxembourg.

L’organisation exhorte la Commission européenne à mettre en oeuvre un observatoire pour une relance durable et écologique, chargé de surveiller les programmes économiques de toute l’Union Européenne, au niveau national et international, et de s’assurer qu’ils soient conformes aux objectifs de l’accord de Paris, qui exclut le secteur des combustibles fossiles des prêts publics subventionnés. Ces fonds ne doivent pas alimenter les pollueurs ni les profits individuels, au dépend de la planète et de la santé publique. Greenpeace demande aussi à ce que les mesures protègent les moyens de subsistance de chacun et préservent les droits humains fondamentaux.

Dix-neuf gouvernements nationaux à travers l’Europe ont soutenu publiquement l’importance d’une relance écologique et sociale. Ils continuent pourtant de jeter l’argent public dans les industries toxiques et de déployer des filets de sécurité qui permettent à l’industrie pétrolière, gazière et charbonnière de survivre. Demain, nos dirigeant·es nationaux se rencontrent pour discuter de la relance européenne à long terme : ils doivent sans tarder mettre en place des garanties environnementales sur l’argent qui est investi en ce moment-même. Nous ne pouvons pas nous permettre de voir un seul euro gaspillé dans les responsables de la crise climatique, quand nous sommes déjà en train de foncer vers le point de non-retour.” conclut Frank Thinnes.