Alors que le Conseil de l’UE adopte aujourd’hui l’interdiction des importations de gaz russe, des activistes de Greenpeace avertissent : le gaz de Poutine ne peut être remplacé par celui de Trump. Une structure gonflable de 10 mètres de long représentant Poutine et Trump assis sur un méthanier a été installée par l’organisation environnementale devant le Conseil européen, afin de symboliser la dépendance énergétique de l’Europe vis-à-vis des deux autocrates.

©Eric de Mildt – Greenpeace / Les photos de l’action sont à retrouver ici.

“Plus l’Europe dépend des États-Unis pour sa sécurité énergétique, plus elle est vulnérable aux pressions politiques de Trump”, déclare Nadia Cornejo, porte-parole de Greenpeace Belgique présente sur place. “Cette dépendance est un piège dangereux. Chaque euro dépensé pour le gaz américain renforce le programme autoritaire de Trump dans son pays et ses ambitions impérialistes à l’étranger. La seule façon pour l’Europe de renforcer son autonomie stratégique et d’atteindre une véritable sécurité énergétique est d’accélérer la transition vers un système énergétique entièrement renouvelable.”

Greenpeace salue l’interdiction d’importation de gaz russe qui est aujourd’hui adoptée par le Conseil européen. “Nous demandions cette interdiction depuis longtemps. Elle est fondamentale pour ne plus soutenir le trésor de guerre de Poutine et son agression de l’Ukraine”, poursuit Nadia Cornejo. “Mais l’Europe ne peut pas se réjouir de s’être affranchie de Poutine tout en s’enfermant dans une nouvelle dépendance au gaz fossile de Trump.” 

Depuis la deuxième investiture de Trump le 20 janvier 2025, les pays de l’UE ont importé pour environ 28 milliards d’euros de gaz américain. Malgré les menaces répétées de Trump à l’encontre de l’Europe, plus de soixante navires transportant du gaz américain sont arrivés dans les ports européens depuis le début de l’année 2026 seulement. [1]

Si l’UE ne change pas de trajectoire, cette dépendance croissante devrait encore s’accentuer : en 2025, les pays de l’UE ont importé 57 % de leur GNL des États-Unis, une part qui pourrait atteindre 80 % d’ici 2030, selon une analyse récente de l’IEEFA.

Or, toujours selon l’IEEFA, nous pourrions réduire les importations de gaz et de GNL de l’UE de 25 % entre 2024 et 2030. La demande pourrait être satisfaite sans importations supplémentaires de gaz ni infrastructures supplémentaires. Pourtant, de nouvelles décisions d’investissement sont prises tant aux États-Unis qu’en Europe afin de développer les infrastructures gazières.

Greenpeace exige :

  • Le retrait définitif de l’engagement à importer pour plus de 750 milliards de dollars d’énergie américaine, principalement du gaz fossile, d’ici 2028.
  • L’arrêt immédiat de toutes les négociations relatives à de nouveaux accords d’achat avec les fournisseurs américains de GNL.
  • Une feuille de route pour mettre fin à la dépendance vis-à-vis du GNL américain et résilier plus tôt les contrats d’approvisionnement en GNL à long terme existants.
  • Des mesures supplémentaires pour réduire radicalement la demande européenne en gaz et accélérer la transition vers les énergies renouvelables dans l’UE.

La Belgique, loin d’être sur la bonne voie

“La semaine dernière à Davos, Bart de Wever a cherché à se profiler comme défenseur d’une Europe forte et indépendante face aux Etats-Unis” conclut Nadia Cornejo. “C’est un beau discours, mais la réalité c’est que nos gouvernements – aussi bien fédéral que régionaux – sont très loin de faire le nécessaire pour conduire notre pays vers l’indépendance énergétique, pourtant indispensable pour tenir tête à Trump”. Les récentes tergiversations du ministre de l’énergie Mathieu Bihet par rapport à la zone princesse Elizabeth entravent le développement rapide de nos capacités en énergies renouvelables. Les régions quant à elles ont décidé de faire des économies sur le dos des politiques d’aide à la rénovation de nos bâtiments

Note

[1] Selon les données de Refinitiv Tanker Tracker du 23 janvier 2026, 61 méthaniers américains au total sont arrivés dans les pays de l’UE entre le 1er et le 23 janvier 2026. Entre le 20 janvier 2025 (date de la deuxième investiture de Trump) et le 20 janvier 2026, les pays de l’UE ont importé pour environ 28 milliards d’euros de gaz américain.