Greenpeace International a analysé 37 mesures gouvernementales adoptées depuis le 28 février 2026 en réponse au choc pétrolier lié à la guerre contre l’Iran. Bon nombre d’entre elles risquent d’aggraver la dépendance aux énergies fossiles qui est à l’origine de la crise.

La guerre contre l’Iran et le choc pétrolier mettent en évidence la vulnérabilité des énergies fossiles

Il ne s’agit pas simplement d’une nouvelle flambée des prix. C’est un avertissement sur la vulnérabilité réelle d’une économie reposant sur les énergies fossiles. L’Agence internationale de l’énergie a déclaré que cette guerre «provoque la plus grande perturbation de l’approvisionnement de l’histoire du marché mondial du pétrole», et c’est précisément ce qui se produit lorsque les pays dépendent du pétrole et du gaz. Lorsqu’une si grande partie de l’économie mondiale dépend d’une ressource centralisée et inflammable acheminée via des goulets d’étranglement stratégiques, la guerre se traduit rapidement par une hausse des prix des denrées alimentaires, des factures d’énergie, des coûts de transport et une instabilité économique plus générale.

C’est pourquoi cette crise ne concerne pas seulement les émissions de carbone ou les objectifs climatiques. Elle concerne la résilience, la sécurité et la survie. La guerre a mis en évidence la vulnérabilité inhérente des systèmes énergétiques basés sur les combustibles fossiles, car toute perturbation des routes maritimes ou des chaînes d’approvisionnement peut se répercuter sur la vie quotidienne en quelques jours. Les gouvernements et les décideurs politiques du monde entier réagissent à ce choc, mais bon nombre de leurs réponses risquent de renforcer le système même qui a rendu cette crise si dévastatrice au départ.

Une famille fait ses courses dans un supermarché à Jakarta, en Indonésie.
© Donang Wahyu / Greenpeace

Ce que les gouvernements devraient faire face à une crise des prix du pétrole

La réponse la plus efficace n’est pas de miser davantage sur le pétrole et le gaz. C’est de réduire la dépendance à leur égard. Si vous essayez de régler un problème d’approvisionnement en baissant les taxes, vous finirez par avoir tout de même des prix hauts, mais en plus un gros trou dans votre budget. L’avenir et la raison font tendre vers le renouvelable. Et alors qu’en Belgique, des discussions sur les aides ou solutions à apporter patinent, le président sud-coréen Lee Jae-myung l’a clairement exprimé, pensant au futur et non à l’urgence : « Je pense que ce serait une bonne occasion de passer rapidement et massivement aux énergies renouvelables. »

Les pays qui produisent davantage leur propre énergie à partir de l’éolien et du solaire sont effectivement moins exposés aux chocs des prix du pétrole, aux perturbations des voies maritimes et au chantage géopolitique. Plus votre gouvernement investit dans les énergies renouvelables, plus votre pays et votre portefeuille seront en sécurité. C’est pourquoi les énergies renouvelables doivent être considérées non seulement comme une solution climatique, mais aussi comme une stratégie de sécurité et un rempart contre la crise du coût de la vie.

Une bonne réponse à la crise doit remplir deux objectifs à la fois. Elle doit protéger les populations des difficultés immédiates et accélérer la transition vers des systèmes énergétiques résilients, axés sur les énergies renouvelables. Cela implique une réduction de la demande, des gains d’efficacité, un soutien aux ménages vulnérables et un déploiement plus rapide d’une énergie propre et décentralisée, plutôt que de nouvelles subventions, des allègements fiscaux ou des infrastructures qui prolongent la dépendance aux énergies fossiles.

La coupole Canopéa a d’ailleurs réfléchi aux mesures pour limiter la hausse des prix sans hypothéquer l’avenir. Et chez Greenpeace Belgique, nous avons listé les 27 mesures qui permettraient de sortir rapidement de notre dépendance au pétrole et au gaz

Ailleurs, comment les gouvernements réagissent-ils au choc énergétique lié à la guerre contre l’Iran ?

Depuis le début de la guerre, le 28 février 2026, Greenpeace a recensé et analysé 37 mesures mises en place à travers le monde en réponse à ce choc. Certaines contribuent à atténuer les difficultés à court terme sans enfoncer davantage les pays dans la dépendance aux énergies fossiles, d’autres renforcent cette dépendance, et d’autres encore envoient des signaux contradictoires.

Quelques gouvernements prennent des mesures qui vont dans la bonne direction.Aux Philippines, les administrations publiques sont passées à la semaine de quatre jours, les ordinateurs ont reçu l’ordre d’être éteints pendant les pauses déjeuner et la climatisation a été limitée à 24 °C, avec pour objectif déclaré de réduire la consommation d’énergie du gouvernement d’un cinquième. Le Pakistan a combiné la fermeture des écoles et les consignes de télétravail avec un boom solaire existant, lié à une économie estimée à 6,3 milliards de dollars US sur les importations de combustibles fossiles en 2026 aux prix actuels. 

Le Vietnam a également misé sur des mesures de télétravail, tandis que son développement solaire existant devrait permettre d’économiser des centaines de millions de dollars en importations de charbon et de gaz évitées cette année. En Égypte, le gouvernement affirme qu’il accélère les projets d’énergies renouvelables, notamment la centrale solaire d’Abydos 2 et 2,5 GW de nouvelle capacité renouvelable intégrée au réseau, afin de réduire les importations d’énergie coûteuses et de faire baisser la facture énergétique de l’État.

© Greenpeace. Mars 2026 : Des militants de Greenpeace Pologne ont brandi des affiches dans le centre de Varsovie, sur lesquelles figuraient les présidents Trump et Poutine, accompagnées du message : « Le pétrole et le gaz sont synonymes de guerre, de souffrance, de prix élevés, de chaos et de danger. »

D’autres gouvernements se sont concentrés sur les économies d’énergie plutôt que sur l’augmentation de l’approvisionnement en combustibles fossiles. L’AIE suit actuellement ces mesures à l’échelle mondiale. La Thaïlande a demandé aux fonctionnaires d’utiliser les escaliers plutôt que les ascenseurs, de réduire la climatisation et de porter des chemises à manches courtes plutôt que des costumes. Le ministre danois de l’Énergie a exhorté la population à réduire sa consommation d’énergie et à moins utiliser la voiture. Sur le plan politique, le président du Conseil européen, António Costa, a présenté la crise comme un argument en faveur de l’accélération de la production énergétique locale et de la transition énergétique. Au Royaume-Uni, le secrétaire d’État au Commerce, Peter Kyle, a déclaré que l’éolien offshore et le solaire devaient être développés plus rapidement afin de réduire la dépendance vis-à-vis du pétrole et du gaz provenant de régions politiquement instables.

Pourquoi le verrouillage des énergies fossiles aggrave la crise

Trop de gouvernements continuent de réagir par des politiques qui maintiennent en vie le système des énergies fossiles. Ces mesures peuvent apporter un soulagement politique à court terme, mais elles aggravent la vulnérabilité à long terme.

La Corée du Sud a imposé un plafonnement des prix des carburants, tout en levant le plafond national sur la production d’électricité à partir du charbon et en envisageant de relancer les importations de pétrole brut et de naphta russes. Le Japon a plafonné les prix à la pompe et libéré du pétrole brut de ses stocks, tandis que la Malaisie a augmenté ses dépenses de subventions pour l’essence à environ 510 millions de dollars américains afin de contenir les prix des carburants. Le Brésil a ramené la taxe fédérale sur le diesel à zéro.

C’est là la contradiction au cœur de nombreuses réponses actuelles. Les gouvernements affirment vouloir protéger la population du choc énergétique, mais beaucoup choisissent des politiques qui prolongent la dépendance qui a causé ce choc au départ.

Cela met en évidence une injustice plus profonde dans les systèmes dominés par les combustibles fossiles : les milliardaires et les grandes entreprises en tirent profit tandis que les gens en paient le prix de leur vie, avec des conditions météorologiques plus extrêmes et des factures plus élevées. Chaque centime dépensé pour la guerre et les combustibles fossiles est un centime volé à un avenir juste et vert, et l’argent public devrait servir à construire une planète viable plutôt qu’à financer la destruction.

© Greenpeace. Mars 2026 : des militants de Greenpeace Australie-Pacifique ont perturbé la conférence Australian Domestic Gas Outlook à Sydney, en déployant une banderole de 3 mètres de long dans le hall principal à l’extérieur de la salle de conférence, sur laquelle on pouvait lire : « Les dirigeants du gaz s’enrichissent, nous en payons le prix ».

Les énergies renouvelables sont la véritable solution

Certains pays peuvent estimer qu’ils n’ont pas les moyens de se tourner vers les énergies renouvelables en pleine crise actuelle. Mais c’est précisément pour cela que l’énergie propre est la solution : elle implique des coûts initiaux moins élevés, moins d’investissements massifs dans les infrastructures et peut être déployée beaucoup plus rapidement.

L’alternative se développe déjà rapidement. Selon les statistiques 2025 de l’IRENA sur les capacités renouvelables, les énergies renouvelables représentaient 92,5 % de toutes les nouvelles capacités électriques mondiales ajoutées en 2024, avec 585 GW ajoutés en une seule année. Le solaire à lui seul a atteint un record de 452 GW. En d’autres termes, les énergies renouvelables constituent déjà la majeure partie des nouvelles capacités électriques installées dans le monde.

Dans le contexte d’une guerre à grande échelle, Greenpeace Europe centrale et orientale et Atmosfera, spécialiste ukrainien de l’énergie solaire, ont lancé la formation « Installateur de centrales solaires », qui vise à donner aux femmes la possibilité d’apprendre un nouveau métier et à accroître la représentation des femmes dans le secteur vert.
© Greenpeace / Kusmartsev Vladimir

Cela est important car les énergies renouvelables offrent bien plus qu’une simple réduction des émissions. Les systèmes décentralisés basés sur l’éolien et le solaire sont plus difficiles à saboter, moins vulnérables aux blocus et aux perturbations du transport maritime, et mieux à même de maintenir le fonctionnement des foyers, des écoles et des hôpitaux en temps de crise. La véritable sécurité ne vient pas d’un surcroît de dépenses consacrées à la militarisation et à la dépendance aux énergies fossiles, mais d’investissements dans des systèmes qui protègent réellement les populations, notamment les énergies propres, les soins de santé et les services publics.

Nous avons besoin de politiques qui réduisent la dépendance aux combustibles fossiles et développent des systèmes énergétiques centrés sur les énergies renouvelables, car c’est ainsi que les communautés deviennent plus résilientes, que les économies gagnent en stabilité et que les risques de conflits futurs sont réduits. La meilleure politique en matière de coût de la vie pour les populations et la planète est un système énergétique sûr, stable, rentable et propre.

Mettons fin à notre dépendance aux énergies fossiles