La crise climatique entraîne avec elle un nombre croissant et effrayant de violences basées sur le genre. Leurs cibles principales? Les femmes et les minorités de genre (*) à la tête de mouvements de résistance environnementale. La Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, le 25 novembre prochain, est l’occasion de rappeler une fois de plus que justice de genre et justice climatique sont indissociables.

Fikile Ntshangase, Berta Cáceres, Murielle Franco, Nora Apique, Jennifer Tonag. Ces cinq femmes courageuses ont deux choses en commun: elles ont consacré une grande partie de leurs vies à se battre pacifiquement pour une planète saine et habitable et elles ont été brutalement assassinées. 

(*) Les personnes qui ne se reconnaissent pas dans le cadre de la norme binaire et hétérosexuelle dominante.

Un phénomène mondial

De tout temps, l’opposition aux pollueurs et aux extracteurs d’énergies fossiles a provoqué des violences, partout dans le monde. Mais ces dernières années, les attaques envers des défenseurs et défenseuses de l’environnement et des droits territoriaux ont pris une tournure particulièrement inquiétante. Le dernier rapport de Global Witness parle de 227 meurtres signalés rien qu’en 2020. Il s’agit du chiffre officiel le plus élevé jamais atteint. Et il est sans aucun doute largement en-deçà de la réalité. 

Les victimes ont des profils divers. Il s’agit d’agriculteur.trices , d’avocat.es, de journalistes, d’activistes, de médecins, de membres d’ONG, mais aussi de simples citoyen.nes préoccupé.es qui mobilisent leurs communautés locales contre l’agriculture intensive et les sociétés de forage, d’exploitation forestière et minière. 

Un tiers des attaques cible des personnes provenant de communautés indigènes, bien que celles-ci ne représentent que 5% de la population mondiale. Les communautés de MAPA (Most Affected People and Areas) sont en effet beaucoup plus exposées à la violence systémique causée par l’exploitation qui découle du colonialisme néolibéral. La résistance indigène actuelle et historique joue pourtant un rôle central dans la protection de la terre et du sol. 

La recherche menée par Global Witness démontre que ces attaques restent impunies dans 95% des cas. Non seulement les puissant.es  industries et représentant.es politiques ne sont pas tenus responsables du dommage matériel qu’ils causent au climat et à la biodiversité, mais ils bénéficient également d’une protection juridique étendue à leurs faits de violence. Cela crée un cercle vicieux de violence perpétuelle. 

Le même rapport démontre que 90% des victimes de ces attaques létales sont des hommes. Cependant, la violence envers les femmes et les minorités de genre qui résistent activement à la destruction de l’environnement est en pleine expansion. Durant la dernière décennie, des centaines de femmes, qui appartiennent principalement à des communautés MAPA, sont devenues la proie principale de toutes sortes de violence. En plus du meurtre, d’autres tactiques pour intimider les défenseuses de l’environnement ont été observées : viol, emprisonnement, ’extorsion… Dans un blog précédent, nous présentions la façon disproportionnée dont la crise climatique impacte les femmes et les minorités de genre. 

Les sociétés patriarcales ont tendance à ignorer, minimiser et réduire au silence les voix des femmes et des minorités de genre. Quand ces groupes se rebellent contre les projets d’extraction d’énergies fossiles, leur prise de parole publique constitue déjà un acte de rébellion, souvent réprimé. C’est encore plus le cas pour les femmes et les minorités de genre qui subissent plusieurs niveaux d’oppression simultanément, quand par exemple elles sont à la fois femmes et noires. Malgré cette violence, les femmes et les minorités de genre restent en première ligne de la résistance environnementale dans le monde entier. Leur critique remet en question en profondeur une dynamique de pouvoir existante, forçant les acteurs destructeurs à rendre des comptes. 

Pas de justice climatique sans justice sociale

De nombreuses preuves démontrent la responsabilité disproportionnée des pays du Nord, et de leur histoire coloniale, dans la crise climatique. Il nous incombe d’une part de tenir les personnes occupant des positions de pouvoir pour responsables des dommages qu’elles ont causés et continuent d’imposer aux communautés marginalisées, et d’autre part, d’empêcher cette violence de s’intensifier. 

En Belgique aussi, les structures patriarcales et la montée des mouvements conservateurs renforcent la violence contre les femmes et les minorités de genre. Depuis le début de l’année, au moins 18 féminicides ont été signalés dans notre pays, et de nouveaux scandales comme #BalanceTonBar mettent également en évidence un problème social majeur.

Le dimanche 28 novembre, une manifestation nationale est organisée par le groupe d’action belge Mirabal à l’occasion de la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. En solidarité avec les femmes, les minorités de genre et les défenseuses et défenseurs de l’environnement du monde entier qui sont systématiquement confrontés à une répression violente, nous vous invitons à nous rejoindre à partir de 12h30 au Monts des Arts à Bruxelles. Nous comptons sur votre présence !

Une planète verte et pacifique n’est envisageable que si toutes les personnes qui y vivent sont respectées et traitées de manière équitable. La destruction de l’environnement ne peut être combattue sans combattre le sexisme et les violences associées à celui-ci. En route vers une révolution écoféministe !

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