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La crise du coronavirus à laquelle la Belgique et une grosse partie du monde font face nous affecte chacune et chacun dans notre quotidien, soit parce que nous continuons de travailler pour prendre soin des autres et assurer leurs besoins essentiels, soit parce que nous sommes confiné·e.s, parfois dans des conditions éprouvantes. Dans la difficulté, notre force réside aussi dans notre capacité à rester lucides et à ne pas accepter n’importe quelle réponse politique lorsque nous parlerons de la crise du coronavirus au passé. Des premiers plans de relance se dessinent déjà. À nous de faire en sorte que cette relance soit écologique, équitable et citoyenne. Aujourd’hui, focus sur les liens entre le coronavirus, notre système alimentaire et la déforestation générée par les activités industrielles.

Coronavirus, agriculture et déforestation : on vous dit tout !

Y a-t-il un lien établi entre coronavirus et destruction de la biodiversité ?

Dans le cas précis de l’épidémie de Covid-19, le lien avec la destruction d’un écosystème n’est pas avéré. En revanche, il est indéniable que la dégradation des écosystèmes et de la biodiversité favorise le développement de maladies infectieuses d’origine animale. En effet, certaines activités humaines, comme la déforestation ou l’agriculture industrielle, détruisent des écosystèmes naturels. Ce faisant, elles favorisent la mise en contact des êtres humains avec les animaux sauvages et les virus qu’ils sont susceptibles de porter, augmentant ainsi le risque de contagion des humains. La déforestation, si elle n’est jusqu’à présent pas mise en cause dans l’épidémie de Covid-19, a toutefois contribué au développement de nombreuses maladies infectieuses, comme la malaria ou Ebola.

La solution n’est évidemment pas d’éradiquer la faune sauvage, mais bien de la protéger, tout comme  son habitat naturel. Car plus la biodiversité et les écosystèmes naturels seront protégés, moins il y aura de risques d’épidémies. C’est une raison de plus pour mettre un terme à la déforestation avec des politiques publiques.

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Y a-t-il un lien avéré entre coronavirus et élevage industriel ?

Jusqu’à présent, non. Mais le Covid-19 est une zoonose : c’est une maladie provoquée par un virus ayant été transmis à l’être humain par un animal. Il a été prouvé que l’élevage industriel, poussé par notre surconsommation de viande, d’œufs et de produits laitiers, a contribué à la propagation de maladies zoonotiques telles que la grippe aviaire. On estime que 73 % de toutes les nouvelles maladies infectieuses ont pour origine des animaux. L’élevage industriel, en particulier d’animaux comme les poules et les porcs qui sont élevés en très grand nombre dans un espace confiné et commercialisés sur de grandes distances, est susceptible d’accroître la transmission des maladies.

Si l’élevage n’est pas à mettre en cause ici, cette crise nous rappelle tout de même qu’un modèle basé sur la production intensive, gourmande en intrants, de produits destinés à l’exportation est fragile. Notre système alimentaire belge doit évoluer vers plus d’autonomie et de résilience face aux crises.

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Cette crise sanitaire modifie-t-elle nos habitudes alimentaires ?

Au niveau de nos habitudes alimentaires, le bilan est contrasté. Pour les ménages les plus défavorisés, la réduction de revenu potentielle imputable à cette crise va rendre plus difficile encore l’accès à une alimentation saine et équilibrée. L’arrêt de la restauration scolaire pose un vrai problème pour certains enfants pour lesquels les menus servis à la cantine constituent parfois les seuls repas équilibrés de la journée.
Et en même temps, les circuits courts ont le vent en poupe : la vente directe sur les lieux de production ou en livraison est une solution plébiscitée en ces temps de crise sanitaire. C’est peut-être l’occasion pde prendre de nouvelles habitudes de consommation, vertueuses socialement et écologiquement, mais aussi de renforcer les liens entre agriculteurs et agricultrices et leurs client·es.

L’intérêt porté à la cuisine maison n’a jamais été aussi fort, comme le montrent ces tendances de recherche en ligne. Or cette pratique est essentielle pour retrouver une alimentation saine et durable. Profitons du temps que nous avons pour expérimenter de nouvelles recettes!

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L’épidémie de Covid-19 impacte-t-elle notre système agricole ?

Oui, et pas qu’un peu. L’impact du coronavirus sur notre agriculture est déjà perceptible sur plusieurs fronts . La fermeture des restaurants, des lieux de restauration collective, la suspension des événements publics  et le ralentissement des exportations entraînés par la crise génèrent une perte de débouchés pour de nombreux producteurs et productrices, en particulier pour la viande, le lait et les pommes de terres, filières en surproduction dépendantes des exportations. De plus, la récolte de fruits et légumes au pic de la saison, habituellement assurée par une main d’œuvre majoritairement étrangère et aujourd’hui absente, est un vrai problème.

Cette liste non exhaustive des problèmes occasionnés par cette crise sanitaire montre la vulnérabilité de notre production agricole, qui n’est ni suffisamment autonome, ni suffisamment localisée

Que nous révèle la crise du coronavirus de notre système agricole et alimentaire ?

Cette crise nous montre à quel point  notre système alimentaire repose sur le commerce international et sur une production de type industriel, et cela le rend particulièrement vulnérable. Les chaînes d’approvisionnement fonctionnent en effet au ralenti : les restrictions de circulation de marchandises prises pour contrer l’épidémie ne permettent plus à l’agriculture wallonne de se fournir et d’écouler sa production normalement. La mondialisation de notre système agricole, qui repose sur le transport de nourriture et d’animaux sur de longues distances, montre toute sa fragilité. Cette crise expose également la vulnérabilité de l’organisation du travail au sein de notre agriculture, qui dépend d’un fort recours à une main d’œuvre étrangère aujourd’hui dans l’impossibilité de rejoindre notre territoire. Et face à l’épidémie, les systèmes de distribution ne sont pas traités également : des mesures sanitaires très restrictives ont été mises en place concernant les marchés qui, pour certains, ont été dans l’obligation de fermer. Un véritable coup porté aux petits producteurs.

Cette épidémie rappelle enfin que l’agriculture industrielle repose sur un système qui nous expose à l’émergence de zoonoses. En effet, l’importation de certaines denrées pour alimenter notre système agricole et alimentaire, comme le soja pour l’alimentation animale, contribue à la déforestation. Or la destruction d’habitats naturels peut favoriser l’apparition de zoonoses, comme nous l’avons souligné précédemment. Et si on faisait évoluer notre système agricole et alimentaire aux bénéfice de tous  ?

Continuer sur la voie de l’industrialisation et de la libéralisation de notre agriculture serait un non-sens. Il est temps de doter la Belgique d’une agriculture résiliente, capable de mieux absorber les chocs sanitaires, mais aussi d’assurer une production alimentaire durable tant socialement qu’écologiquement, garantissant l’accès à une alimentation saine pour tout·es. Les politiques publiques doivent orienter l’agriculture dans cette voie.

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