Alors que, chez nous, nous sommes toujours à la recherche de deux containers de bois suspect, il y a du nouveau pour les forêts d’Amazonie brésilienne : ce 25 novembre, le moratoire sur la déforestation au profit des cultures de soja a été prolongé jusqu’au mois de mai 2016. Cet accord crucial pourrait servir d’exemple au secteur de l’huile de palme qui lui aussi, fait des démarches pour mettre un terme à la déforestation. C’est du moins ce que montre la nouvelle charte de l’Alliance belge pour une huile de palme durable.

Je ne suis jamais allée dans ce vaste pays, le Brésil, où la déforestation massive au profit de monocultures de soja était monnaie courante jusqu’en 2006. Puis, suite à une campagne mondiale de Greenpeace, les grands exportateurs de soja ont accepté un moratoire sur la déforestation dans l’Amazonie brésilienne. Aux côtés de grands négociants de soja, comme Cargill et ADM, et du mouvement environnemental et social, ils ont érigé un groupe de travail qui a prolongé à plusieurs reprises déjà ce fameux moratoire. La pression exercée par une série d’entreprises progressistes, menée par McDonald’s, a joué un rôle important ces dernières années pour maintenir cette interdiction de coupe.

De son côté, le lobby agro-industriel, très conservateur et qui a déjà réussi à affaiblir la loi forestière brésilienne en 2012, préfèrerait enterrer ce moratoire une fois pour toutes. Et ce, même si, selon des experts, ce moratoire a contribué à freiner fortement la déforestation dans l’Amazonie brésilienne.

L’industrie de l’huile de palme a beaucoup à apprendre

C’est précisément cette dernière donnée qui  explique pourquoi l’industrie de l’huile de palme a beaucoup à apprendre de cet accord. Suite aux récentes annonces d’IOI, pratiquement tous les grands commerçants d’huile de palme sont à présent à bord.

Les entreprises favorables à une huile de palme « libre de déforestation » sont elles aussi nombreuses. IKEA vient de rejoindre le club la semaine dernière et cette semaine, l’Alliance belge pour une huile de palme durable publie une nouvelle charte comprenant un engagement fort en faveur d’une huile de palme « libre de déforestation ». C’est une évolution importante pour inciter des entreprises plus petites à s’engager à leur tour dans une trajectoire de durabilité pour préserver notamment l’habitat du tigre de Sumatra.

Situation alarmante en Indonésie

Malgré ces différents engagements, les derniers chiffres en matière de déforestation en Indonésie restent préoccupants et le tigre doit toujours craindre pour sa vie. Et cette situation alarmante en Indonésie, j’ai pu la constater de mes propres yeux.

Il y a clairement encore du pain sur la planche. Du côté des autorités indonésiennes bien sûr mais pas seulement. Les entreprises doivent elles aussi redoubler d’efforts pour faire en sorte que la déforestation cesse définitivement. Pratiquer des contrôles est essentiel mais il est tout aussi important de fixer des normes sévères et de définir une fois pour toutes les espaces forestiers à protéger.

L’Alliance belge aurait dans ce sens pu adopter une attitude plus claire pour ainsi éviter toute ambiguïté. D’un point de vue conceptuel, la charte doit encore être travaillée. Il est par exemple étrange que la Belgique soit perçue comme étant un marché isolé et ce, même en comparaison d’autres pays européens avec lesquels notre pays forme un marché unique.

Mais avant toute chose, nous espérons que l’Alliance s’adressera à ceux qui ne sont pas encore membres. Et surtout, à ceux qui n’ont encore pris aucun engagement pour éliminer la déforestation de leurs chaînes d’approvisionnement.

A qui le tour ?

Suite à notre campagne, Delhaize et Carrefour se sont engagés, au début de cette année, pour une huile de palme « libre de déforestation ». Continuez à nous suivre si vous voulez connaître le nom de la prochaine marque connue qui prendra un engagement similaire. Colruyt peut-être ? Les paris sont ouverts !